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Jacques Cartier questions de calendrier civil et ecclésiastique [microforme]

Les voyages de Jacques Cartier provoquent de nouveau l'attention, grâce aux travaux intéressants et très sérieux qui ont été publiés depuis un an ou deux. Cependant, le dernier mot sur les découvertes du navigateur malouin n’a pas encore été dit et ne le sera peut-être pas avant quelques années, tant sont nombreux les éléments dont il faut tenir compte pour le bien interpréter.

Un de ces éléments est la chronologie : la chronologie qui fixe la date des années, et celle qui nous aide à retrouver le quantième des mois et des semaines. En nous servant des données de cette science, nous pourrons arriver à é-laircir les points obscurs, et à rectifier les inexactitudes qui se sont glissées dans l'impression de ces voyages.

C'est ce que je vais tâcher de faire dans ce mémoire.

Tous ceux qui ont voulu étudier les documents qui se rapportent à Cartier, ont été embarrassés par la difficulté de concilier certaines dates avec les événements: les uns, comme M. Ferland,! ont cru à une erreur de copiste, et ils ont cherché à la rectifier ; les autres, avec M. Faillon * et M. d'Avezac, * plaçant les dates d'après notre calendrier, ont été forcés d’intervertir l'ordre des pièces et d'introduire une prolongation de temps qui constitue également une erreur. Tout cela provient de ce qu'on a négligé ou oublié un fait chronologique qu'il ne faut pas perdre de vue, quand on étudie l’histoire documentaire de la Frañce antérieure à 1564 Ce fait chronologique, c’est l'usage où l’on était alors de fixer à Pâques le commencement de l’année. Nous sommes tellement habitués à le mettre au premier jour de janvier, que nous ne songeons pas même à nous assurer s’il en a toujours été ainsi. Cependant, il est certain que, depuis l'ère chrétienne, le commencement de l'année a varié d'un peuple à l’autre, et que dans quelques pays — comme en France — il a varié avec les époques ou encore avec les provinces, ‘

1 Cours d'histoire du Canada, Québec, 1861, t, ler, p. 38.

? Histoire de la colonie française a Canada, t. 1, p. 41.

% Bref récit .... de la navigation faite en 1535 et 1536 par le capitaine Jacques Cartier, ete., ete., Paris, Tross, 1863, Introduction, p. XILL, verso.

4 On rencontre le style florentin sous la première race principalement, et le style romain sous Charlemagne, à la fin du 8e siècle, Le style français paraît presque général au 126 siècle, (Dom Vaines, Dictionnaire diplomatique, seconde édition.) Cependant l'Angoumois, le Quercy, la Guyenne, la Provence et le Limousin auraient continué, après le 13e siècle, à commencer l’année le 25 mars. (Revue des questions historiques, t, IV, p. 326) L'Angleterre longtemps suivi le style florentin. Voir note A,

Sec. I, 1890, 15.

On compte trois principaux systèmes ou styles : le syle romain datait l'année à partir de Noël ou du 1er janvier; le style florentin, Au 25 mars, et le style français, du jour de Paques. Le dernier, cependant, malgré son nom, ne fut pas universeliement employé en France, comme je viens de le dire.

Des trois styles, c'est le style français qui déroute plus facilement le lecteur, même attentif.

La fête de Pâques étant mobile, le commencement de l'année variait continuellement; par suite, l’année civile était tantôt plus longue, tantôt plus courte que l’année astronomique ; les mois de janvier et de février, qui sont les premiers dans le style romain, se trouvaient les derniers dans le style français; enfin, on était souvent obligé d'y compter deux fois un certain nombre de jours des mêmes mois: ceux de mars et d'avril.

Le tableau suivant fera mieux comprendre ces difficultés. Je choisis à dessein l’époque de Cartier.

1534, Le ler jour de l'an est Pâques, 5 avril; le dernier, 27 mars—357 jours.

1535. « “e L A 28 mars; le dernier, 15 avril—385 jours, ? 1536. : « “ (LE “ 16 avril; le dernier, 31 mars—350 jours. 1540. ® L “6 “ “ 28 mars; le dernier, 16 avril—386 jours. 1541. L ‘s L & 16 17 avril; le dernier, 8 avril—357 jours. 1542. ü fé fé di ‘ 9 avril; le dernier, 24 mars—350 jours. 1543. L " d “e ‘e 25 mars; le dernier, 12 avril—385 jours, * 1544. “6 « “ se se 13 avril; le dernier, 4 avril—357 jours,

On voit qu'en 1535, les 28, 29, 30, 81 mars, 1, 2, 8, .…… 14, 15 avril, revenaient à la fin de l’année. Il sn est de même en 1534, et en 1543, à quelques jours près.

Disons tout de suite, que nos ancêtres avaient cependant un moyen d'empêcher la confusion que cette répétition des mêmes quantièmes aurait pu occasionner ; ils se servaient des expressions après Pâques, avant Päques ; la première, pour le commencement de l’année et la seconde pour la fin. Ainsi, la formule de chancellerie : “ Donné à... le cinquième signifierait simplement le 5 avril 1535,

LE

jour d'avril l'an de grâce 1535, après Päques, tandis que cette autre: “ Donné à... le cinquième jour d'avril l'an de grâce 1535, avant Päques,” se traduirait, dans le style que nous suivons aujourd’hui, par : “ Donné..…….. le 5e jour d'avril 1536.” ‘

Je le répète, c’est là un point très important pour l'interprétation des documents qui se rapportent à Jacques Cartier. C’est pour n’y avoir point fait attention que Harrisse, dans ses Notes pour servir à l'histoire... de la Nouvelle-France, — ouvrage si bien fait d’ailleurs et si utile — a été obligé, p. 271. de lire: “le Iff5+ jour d'avril l'an mil cinq cens quarante au [? dimanche de] Pacques,” lorsque le texte portait: “ITIT avril l'an mil cinq

! Le calendrier du style français étant basé sur la fête de Pâques, qui est mobile, on peut demander comment on trouve la date de cette fête: c’est là l'objet d'ouvrages spéciaux, tels que l’Art de vérifier les dates, etc., ete. Voir note B, À la fin de ce mémoire.

*et* Le jour intercalaire, qui forme l’année bissextile, se trouvait dans la dernière partie de l’année.

4 Cf. Documents inédits sur Jacques Cartier, pp. 8, 23, etc., à la suite du voyage de 1534, publié par M. H. Miche lant, Paris, chez Tross, 1865.

mr

er ompee tt CU Ameli»

cens quarante au. Pacques, c'est-à-dire, en tenant compte de l'orthographe et de l’a-

bréviation, avant Päques.

peut le voir dans le tableau suivant.

Pour nous, c'est le 4 avri. 1541 !

Il faut encore se rappeler que l'année du style français, courant de Pâques à Pâques, retardait sur l’année du s/yle romain, portant le même millésime, de tout le temps compris entre le 1er janvier et le jour de Pâques, et, par suite, empiétait plus ou moins sur l’année suivante, Ces années s’enchevêtraient pour ainsi dire les unes dans les autres, comme on

Je choisis encore à dessein la fin de 15338, 1534 et

1535 : on y verra en même temps la répétition des quantièmes dont je viens de parler.

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