MYSTÈRES ET SOTTIES
Joinville, Froissart et Antoine de La Salle ^, la littérature dramatique, si l'on peut donner ce nom aux essais informes appelés mystères et sotties, portait encore, au milieu du quinzième siècle, le cachet de la barbarie. Comment estil arrivé que l'art, dont le but principal est de représenter aux hommes les scènes de la vie, et qui, par cela même, semblerait avoir le moins besoin de modèles écrits, se soit traîné si longtemps sans jeter un éclair? On cherche en vain les causes de cette anomalie, qui est peut-être d'ailleurs un pur effet du hasard. Parmi les chansons de geste, les romans et les chroniques composés du treizième au seizième t-iècle, il en est dont la lecture offre des beautés qui charmeut encore l'esprit^. Seuls, les mystères présentent une succession
* M. Francis Wey signale encore Le Songe du vieil Pèlerin, écrit ▼ers la fin du quatorzième siècle, par Philippe de Maizières, ancien précepteur de Charles VI, qui termina sa vie dans un cloîlre. « C'est, « dit-il, un Iraiié d'éducation royale, envisagé de très-iiaut par un a homme d'État, sous une forme vive et line. . Nous y voyons la plus « remarquable produclion du goût, du style de la raison et de la fan- M taisie de ce temps-là... d ( Histoire des révolutions du langage, p. 2 '^6.)
' Il ne me serait pas diflicile d'appuyer cette a-sertion de nonilirtux exemples. Sans parler de la cliaii&on de Roland, on trouve, dans les romans de la Table ronde, des caraclètes forlement dessmés, des snntiments délicats fînement exprimés, des situations passionnées lendues «vec bonheur. Je veux seulement citer ici quflquis vers tirés iiu portrait que lait de lui-même, dans le Roman de la Rose, le pursonnai^c allégorique de Faux-Semblant :
« Je suis avec les orgueilleux, Les usuriers, les arpilleux; Qui les moudains honneurs convoitent, Et les grans besongnes exploiient, F.t vont quéraiit les grans pitances, Et p<>urchasseiii les accointances Des puissans homes, et les sui>eut ; Et se font poures, et se vivent De bons morceaulx délicieux; Bt boiveat les vins précieux.