HONTEUSES FAIBLESSES DE CHARLES VII
qu'on pooit, comme loynes ; et tenoient moult grand et dissolu estât, le tout aux despens du Roy, et le plus grand estât qu'une royne ne feroit; et ne se tenoit peu ou néant la Royne avec son mary. » Revenant sur le scandale que causaient ces honteuses faiblesses de Charles VII et au sujet des «belles damoiselles qui le suivoient toujours où qu'il allast, se logeant à une lieue au moins près de lui , » le même chroniqueur rapporte que : « le daulphin avoit esté et estoit moult desplaisant de ce gouvernement ^. »
L'évêque de Lisieux dit de son côté que Charles VIT traînait sans cesse après lui, même du vivant d'Agnès Sorel, « un troupeau assez nombreux de jeunes femmes, adonnées à toutes sortes de vanités^. » Un autre écrivain du temps explique d'une manière tout au moins singulière la conduite privée de Charles VII. « A cause, dit-il, des nombreux travaux que le Roi avoit accomplis pour reconquérir la plus grande partie de son royaume, il fut décidé qu'on lui donneroit les plus belles filles que l'on pourroit trouver. Nonobstant cela, sa vertu étoit encore plus grande sans comparaison que sou vice*. » Mais ces justifications, par trop complaisantes, n'ont ]tas été prises au sérieux. « Le Roy Charles VII, dit un historien qui écrivait vers la fin du quinzième siècle, après qu'il eût chassé ses ennemis et pacifié son royaume, ne fut pas exempt de plusieurs inalheuretez : car, il vesquit en sa vieillesse assez luxurieusement, et trop charnellement entre femmes mal renommées et mal vivantes, dont sa maison estoit pleine. Et ses barons et ser-
1 Mémoires de Jacques Du Clercq, coUeclion du Pmilhéon littéraire, p. 95 et 176.
8 Thomas Basin, p. 23G, noie 2.
8 Chroniques Murliniennes , loHo 302, citées par M. Leroux de Lincy, Femmes célèbres de l'ancienne France, p. 442.
2j4 le dauphin et JACQUES COEUR SÛUPÇÛ.N.NES
viteurs, à l'exemple de luy, consumoient leur temps en voluptez, danses, mommeries et folz amours*. »
Cependant, la mort si imprévue d'Agnès Sorel avait produit une grande sensation à la cour. Attribuée d'abord à une suite de couches, elle éveilla ensuite des soupçons, et des accusations d'empoisonnement circulèrent. Les chroniqueurs français se gardèrent bien de les propager, mais les annalistes bourguignons s'en firent l'écho. « Elle ne dura guères et mourut , remarque l'un d'eux ; et disoit-on quelle feust entpûisonnée. » Les soupçons ne restèrent pas d'ailleurs longtemps dans ce vague, et un nom, celui du dauphin, fut prononcé. « Et voUoient aulcuns dire aussy, observe le même chroniqueur, que Icdict daulphin avoit jà piéça fait mourir une damoiselle nommée la belle Agnès, laquelle estoit la plus belle femme du royaulme, et totalement en l'amour du Roy son père^. » Un autre chroniqueur bourguignon n'est pas moins explicite : « La hayne de Charles VII contre Louis XI venoit, dit-il, de ce que ce prince avoit plusieurs fois blasmé et murmuré contre son père, pour la belle Agnez, qui estoit en la grâce du Roy beaucoup plus quen'estoit la Royne, qui estoit moult bonne dame et honorable, dont le Daulphin avoit grand despit, et, pa7' despit, il luy fît la mort avancer^, n
Mais ce n'étaient encore là que des rumeurs, et, en admettant qu'elles eussent pris un corps, nul n'eût osé, comme ou le pense bien, se porter l'accusateur du dauphin. Déjà, près de dix-huit mois s'étaient passés depuis la mort d'Agnès Sorel, lorsque les bruits d'empoisonnement coururent de nouveau. Cette fois, il ne s'agissait plus de l'héritier de
1 Claude de Seissel, Histoire du roy Loys douziesme, p. 35. ' Jacques Du Clercq. édit. du Panthéon littéraire, p. 95, ' Chronique de Momtrelel,