‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 326 sur 359 · DESCRIPTION DE L'EFFIGIE EN RELIEF · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE L'EFFIGIE EN RELIEF

Mathurins, les ordres mendiants. Le clergé venait ensuite ayant dans ses rangs treize évéques ou archevêques. On voyait s'avancer sur deux longues files les gens d'Eglise et ceux de l'Université. L'archevêque de Bordeaux marchait le dernier à droite , à la suite des gens d'Eglise ; le recteur de l'Université, ses bedeaux avec leurs masses et un nombre prodigieux d'écoliers occupaient la gauche.

Cinq heures avaient sonné quand la procession se mit en route pour Notre-Dame. En ce moment, toutes les cloches de Paris furent mises en branle, les crieurs agitèrent leurs clochettes, les gens d'Eglise entonnèrent leurs chants. Soixante hommes vêtus de noir portaient le corps, précédés par quatre hérauts d'armes à pied, suivis du parlement et de la Chambre des comptes. Sur le drap d'or et de velours bleu qui recouvrait la bière, on voyait l'effigie du roi en relief. — « Et estoit la dite figure faite de cuir. Elle avoit une couronne en la teste, posée sur un bonnet qui luy touchoit les oreilles, et ensemble un peu des joues ; et avoit un pourpoint de damas violet, ensemble des manches faites à l'ancienne, d'une façon bien large, une robe par dessus assez juste de velours bleu toute semée de fleurs de lys, tout au long de la jambe, et dessous le pied; outre quoi, il avoit une grande robe de velours bleu, faite en grand habit royal, fourrée d'hermines, toute semée de fleurs de lys; et avoit des gands tout neufs es mains, et tenoit en sa main dextre le sceptre royal, et dans l'autre main un baston, où il y avoit une main de justice au bout. Dessous sa teste, il y avoit un grand carreau de velours violet ; et en cette façon, on le portoit parmi la ville. »

Le vendredi, 7 août, dès huit heures du matin, eut lieu, à Notre-Dame, la messe solennelle des morts. L'assistance était la même que la veille. Toute l'église était tendue de

PANÉfYRIQUE A NOTRE-DAME. 333

toile bleue, semée de fleurs de lis. Après l'offrande, Jean de Ghàteaufort ^ prononça le panégyrique du roi défunt. Il avait pris pour texte de son sermon ces mots : Mémento judicii met, Domine. Avant de finir, il raconta les derniers moments de Charles VII, sa confession, son repentir, la dévotion avec laquelle il avait reçu les sacrements, les bonnes paroles qu'il avait prononcées. « Et là furent les pleurs, » dit un contemporain ^. La messe des morts terminée, les crieurs se placèrent devant l'Hôtel-Dieu et firent l'appel suivant à la foule rassemblée sur le parvis : « Priez pour l'âme du très-haut, très-puissant et très-excellent prince, le Roy Charles VIP de ce nom, et venez en la grande église Nostre-Dame de Paris, à une heure, pour accompagner le corps jusque» à Saint-Denys en France. » A l'heure fixée, le cortège se mil en marche pour Saint-Denis. Sur le Pont-au-Change, vingt-quatre officiers des gabelles, appelés Henouars^ reçurent le corps ^. Au village de la Chapelle, les religieux de Saint-Denis voulurent les remplacer, mais les Henouars s'y refusèrent. Une altercation s'en étant suivie, la marche du cortège fut interrompue. « Et demeura le corps, à ce sujet, assez long espace de temps sur le chemin sans advancer, tellement que les bourgeois et gens de ladite ville de Saint-Denys voyant cela, prirent la bière ainsy comme elle estoit, et vouluren' porter le dit corps. » On promit enfin aux Henouars dix

1 II y avait encore à Boiirges, en 1476, un chanoine de ce nom. (M. Raynal, loc. cit., p. 126.) C'était probablement le même que le prédicateur dont il est ici question.

2 Mathieu de Coucy, dans Godefroy.

3 Ces officiers étaient, de temps immémorial, en possession de porte les corps des rois morls. Cela voulait dire que, comtae le sel, la mémoire des rois se conserve toujours.

Page 1