REGRETS DE DUNOIS
dauphin. A la vérité, Charles VII avait eu la sagesse, malgré les justes sujets de plainte que lui donnait l'héritier direct, de repousser ces funestes conseils ; mais Louis XI, convaincu que son frère avait un parti, craignit un instant qu'il ne fût proclamé roi à Saint-Denis. Bien que cet événement, qui aurait encore une fois jeté la France dans les guerres civiles, ne se fût pas réalisé, nul ne doutait qu'il n'y eût, dès que le nouveau roi aurait pris possession de la couronne, des changements considérables dans les hautes sphères du gouvernement.
La situation de la cour après la mort de Charles VII présentait donc un spectacle particulier. «Le service parachevé, dit son historiographe , un chacun s'en alla disner en la grande salle de l'abbé d'icelle église de Saint-Denys, là où il y eut comme cour plénière et ouverte à tous venans. Et de cette heure, le disner étant fait et les grâces dites, monseigneur le comte de Dunois et de Longueville, grand chambellan de France, dit à haute voix que luy et tous les autres serviteurs avoient perdu leur maistre ; et pourtant qu'un chacun pensast à se pourvoir. Auxquelles paroles furent plusieurs fort dolens, chacun en son endroit, et non sans cause; et par espécial, commencèrent les pages très fort à pleurer ^. » ,
Le sacre de Louis XI eut lieu à Reims le 48 août 1461, Après la cérémonie, le duc de Bourgogne le pria, à genoux, « en l'honneur de la mort et passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, de pardonner à tous ceux qu'il soupçonnoit avoir mis la discorde entre luy et son père, et délaisser en leurs offices les officiers et gouverneurs du dit feu Roy, à moins qu'on ne trouvast, par vraie et juste information,
* Jean Ghartier, dans Godefroy, p. 330>
338 UNE AMNISTIE DE LOUIS Xî.
qu'ils avoient fait autre chose qu'ils ne dévoient faire. » Louis XI promit au duc de déférer à sa requête, en exceptant toutefois, mais sans les nommer, huit personnes de l'amnistie. On sut, peu après, ce que valaient les promesses du nouveau roi. Que les membres les plus influents du conseil de Charles VIT eussent été remplacés, cela se concevait. Louis XI ne se borna pas aies priver de leurs emplois, il fit poursuivre quelques-uns d'entre eux , notamment Guillaume Cousinot, le comte de Dammartin, le sire de Brézé. En même temps, il ôta leurs commandements au sire de Gaucourt, l'un des plus anciens compagnons d'armes de Charles VII, au maréchal de France, André de Laval, sire de Lohéac, à l'amiral de Beuil, comte de Sancerre. Il remplaça le chancelier Guillaume Juvénal des Ursins, par Pierre de Morvilliers qui était, dans le moment même, sous le coup d'une accusation de malversation. Une partie du parlement fut, en outre, renouvelée. On se souvient que le duc d'Âlençon avait été condamné à la peine capitale pour avoir, sous prétexte d'ingratitude de la part de Charles YII, tramé une conspiration tendant à ramener les Anglais dans le royaume. Charles YII lui avait, à raison de ses anciens services, et par une extrême indulgence, fait grâce de la vie. Le duc d'Alençon était le parrain de Louis XI qui s'empressa de le remettre en liberté. Il pardonna aussi, pour cette fois du moins, à ce Jean d'Armagnac qui avait épousé sa sœur après en avoir eu plusieurs enfants, et dont l'audacieuse immoralité, longtemps impunie, caractérise si tristement l'époque où il vivait.
La plupart de ceux qui obtenaient les positions des fonctionnaires disgraciés étaient des sujets du duc de Bourgogne DU d'anciens compagnons d'exil de Louis XL D'autres