‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 333 sur 359 · ET LES CHABANNES · texte numérisé non relu

ET LES CHABANNES

avait, à l'époque de sa prospérité, prêté de l'argent au dauphin, et que telle fut la cause de sa disgrâce ; assertion gratuite et que rien ne confirme. Si Louis XI avait eu des obligations personnelles à Jacques Cœur, les enfants de Targentier n'auraient pas manqué de le faire mentionner dans les lettres de 1463, car c'eût été là, auprès du roi, un titre de faveur qu'aucun autre n'eût égalé. Mais les événements ne tardèrent pas à changer de face. Le 12 mars 1464, Antoine de Ghabannes s'était sauvé de la Bastille. C'était le moment où l'ancien chef de la Praguerie avait sur les bras les princes ligués pour la guerre du Bien public. Ghabannes se joignit à ces derniers et prit le commandement de quelques compagnies qui parcouraient le Bourbonnais. Un jour, ayant poussé jusqu'à Saint-Fargeau, il s'en empara, ainsi que de Geoffroy Cœur lui même qui s'y trouvait. Vers cette époque, Louis XI jugeait utile de faire la paix avec les révoltés. On apprit bientôt que, par un revirement inattendu, Antoine de Ghabannes jouissait de la même .faveur que sous Charles YII. La chance tourna donc encore une fois. Non-seulement Geoffroy Cœur ne fut pas maintenu en possession du château de Saint-Fargeau, mais Ghabannes lui réclama cinquante mille livres pour des meubles qu'il prétendait y avoir fait mettre et qui en avaient été enlevés; il demandait aussi la restitution de diverses sommes que Geoffroy Cœur avait perçues pendant plusieurs années.

Un procès, qui dura trente ans, fut la suite de ces réclamations respectives. L'archevêque de Bourges , Jean Cœur , était mort en 1482 ^ Peu après , Antoine de

* Jeau Cœur ne fui jamais, les faits suivants en sont la preuve, en

3i2 ARRANGEMENTS ENTRE LES DEUX FAMILLES.

Cliabannes, aussi puissant que jamais, prêta l'hommage au roi pour la seigneurie de Saint-Fargeau. Néanmoins, le procès continuait. En 1487, Cliabannes, toujours en faveur, avait obtenu que le roi Charles VIII évoquât et terminât lui-même l'affaire; mais le parlement décida, toutes chambres assemblées, qu'il ne pouvait s'en dessaisir. L'année suivante, Antoine de Chabannes et Geoffroy Cœur moururent. Le premier laissait un fils, Jran de Chabannes. l'autre , une veuve et trois enfants. L'inimitié des deux familles étant sans doute calmée, des amis intervinrent et leur firent signer un arrangement en vertu duquel la veuve de Geoffroy Cœur renonça à toutes prétentions sur le château et les dépendances de Saint-Fargeau, à la condition que Jean de Chabannes lui payerait à elle ou aux siens, outre une somme de dix mille écus d'or une fois donnés, une rente perpétuelle de quatre cents livres tournois*.

Telle fut, après tant de vicissitudes, la dernière phase du procès de Jacques Cœur '. On se souvient que l'hôtel

faveur auprès de Louis XI. A la suite de son avènement, celui-ci avait voulu faire nommer archidiacre à Bourges un de ses conseillers; Jean Cœur s'y étant énergif|uemenl refusé, Louis XI lui avait défendu, pendant quelque temps, de séjourner dans son diocèse. Plus lard, en 1 471 , une sédition ayant éclaté à Bourges, Louis XI supposa que Jean Cœur s'y était trouvé mêlé, et il écrivit aux commissaires extraordinaires, qu'il avait envoyés dans cette ville pour punir les révoltés, «de prendre et saisir les biens immeubles et temporels dudit archevêque de Bourges. » (M. Raynal, loc. cit., p. 112 et suiv.) Sans nul doute, Jean Cœur prouva «on innocence, et tous ses biens lui furent rendus.

• Bonamy, second mémoire.

* Deux de ses enfants, Jean et Henri, s'étaient voués à l'Église; Bavant Cœur ne s'était pas marié. GeolTroy, son frère, avait épousé, le 29 août 1463, Isabeau Bureau, fille de Jean Bureau, frère puîné de Jean Bureau, grand maître d'artillerie sous Charles VU et qui conserva

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