‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 64 sur 359 · DANS LE LEVANT. H · texte numérisé non relu

DANS LE LEVANT. H

(( lesquel.-^ y avoit ung François nômé Jacques Cueur, qui « depuis a heu grant autorité en France, et a esté argen- « tier du Roy ; lequel nous dist que la galée de Narbonne, « qui estoil aliée en Alexandrie, devoit revenir à Baruth. « Et estoycnt, Icsdits marchans françois, allez pour achepa ter aucunes marchandises et danrées, comme espices et « autres choses pour mettre sur ladite galée. »

Jacques Cœur était évidemment un des marchands dont la galée de Narbonne devait transporter les achats eu France. C'étaient sans doute, outre les productions du pays, telles que la noix de galle, la laine, la soie, le poil de chèvre, des étoffes et des tapis fabriqués dans la Turcomanie et la Caramanie^ En échange de ces marchandises, les Français fournissaient à la Turquie et à l'Egypte du fer, des bois de toute espèce, de l'élain, du plomb, du cuivre, des draps légers, des objets de menue quincaillerie^. Ils y transportaient aussi, mais contrairement aux lois, (car l'exportation des matières d'or et d'argent constituait un grave délit), des monnaies françaises, toujours fort recherchées dans les échelles du Levant '.

Jamais peut-être les relations de ces contrées avec l'Europe n'avaient été plus actives; et, si l'on en juge par les richesses que quelques villes avaient acquises, ce commerce devait procurer des profits immenses. Un pèlerin de Florence,

* Pardessus , Tableau du commerce antérieurement à la découverte de l'Amérique, servant d'introduction à la collection des lois maritimes, 2* partie, p. xxi. — Je citerai souvent ce remarquable travail, un des modèles du genre, par la multitude et le choix des preuves, ainsi que par la sobriété de la narration.

* Pardessus, loc. cit., p. xliv.

' Cette exportation des monnaies françaises en Orient fut un des principaux griefs dirigés contre Jacques Cœur qui, sans doute, avait beaucoup d'imitateurs clandestins. La même pratique se retrouve encore du temps de Colberl, qui fit de vains efforts pour l'empêcher.

i2 ALEXANDRIE

qui visita les principaux ports du Levant en 1384, en a laissé une description qui donne une haute idée de la splendeur qu'ils avaient alors. Les chrétiens, qui en faisaient la fortune, y étaient néanmoins soumis à des avanies innombrables. Ainsi, à peine le navire, où le pèlerin de Florence avait pris passage, fut-il entré dans le port, qu'une barque égyptienne vint à eux. Immédiatement, une vingtaine de douaniers et de noirs qu'elle transportait montèrent à bord et enlevèrent la voile et le gouvernail^ afin d'empêcher le navire de repartir avant que les passagers eussent acquitté le tribut d'un ducat par tête, ainsi que les droits de transit dus au Soudan. On dit aux passagers, pour les consoler, que cela se pratiquait ainsi, nonseulement à Alexandrie , mais à Aden et sur toute la côte de Barbarie. Comme la ville de Florence n'avait pas, en d384, de consul à Alexandrie, le consul de France, qui portait le titre de consul des François et des pèlerins^ prit les Florentins sous sa protection et leur donna un logement dans sa maison. Alexandrie comptait alors soixante-dix mille âmes. Quand les pèlerins de Florence voulurent se rendre au Caire, ils s'embarquèrent sur le canal du Nil, qui était encore en bon état et sur les bords duquel s'élevaient de nombreuses maisons de plaisance entourées de jardins et de vergers qui fournissaient des cédrats, des dattes, des oranges. Le delta du Nil était planté de cannes à sucre. Une multitude de bateaux chargés de marchandises, et conduits par des femmes, sillonnaient le fleuve, se dirigeant sur Rosette et Alexandrie.

Une activité non moins grande régnait au Caire. Boulak, qui sert de port à cette ville, comptait dans ses eaux autant de navires que Gênes et Venise. De nombreux joailliers étalaient des pierres précieuses et des perles d'un grand

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