‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au XVe siècle; étude historique précédée d'une notice sur la valeur des anciennes monnaies françaisesChapitre 261 sur 327 · ÉVASION MIRACULEUSE · texte numérisé non relu

ÉVASION MIRACULEUSE

dire d'avoir bon espoir et qu'il le tireroit de là1. L'entreprise était difficile. Jean de Village confia son projet à deux anciens facteurs de Jacques Cœur, Guillaume Gimart et Gaillardet, tous deux natifs de Bourges. Ceux-ci lui ayant promis de le seconder, ils s'adjoignirent dix-huità vingtcoiw/)ût/nons de guerre, et, au jour fixé, se rendireut ensemble de Marseille à Tarascon, où ils prirent une barque et passèrent le Rhône. Vers minuit, ils étaient sous les remparts de Beaucaire. Un des hommes faisant partie de l'expédition connaissait un endroit où se trouvait une ouverture; ils l'agrandirent, pénétrèrent dans la ville et se dirigèrent vers l'église des Cordeliers. C'était le moment des matines; Jacques Cœur y assistait, gardé à vue. Une lutte violente s'engagea, dans laquelle quelques-uns de ses gardiens furent blessés à mort 2. Enfin, on parvint à l'enlever. Il suivit ses amis, dont on peut se figurer la joie. Le même chemin les mena bientôt à la barque qui les attendait au pied des remparts; un instant après, Jacques Cœur n'était plus sur les terres du roi de France. De Tarascon, il gagna, à travers la plaine de la Crau, le port de Bouc, situé à l'entrée de l'étang deBcrrequi communique avec la Méditerranée. Une barque, préparée par les soins de Jean de Village, attendait le fugitif et le conduisit prés de Marseille. Ne s'y croyant pas encore

1 Ces détail», et quelques-uns de ceux qui suivent, sont tirés des lettres d'absolution rendues par Charles VII, au mois d<* février 1456, en faveur de Jean de Village (pièces justificatives, n° Ç,. Ils sont confirmés par la relation également authentique des dé ua relies faites, d'après les ordres de Charles VII, auprès du viguier et des consuls d'Arles, pour obtenir la punition des citoyens de cette ville qui avaient participé à l'évasion de Jacques Cœur : Expositio, requisiiioquey etc., pièces justificatives, n" 8.

* « Invitisque eis qui custodiœ suce preeraut, ac eu mvasrn, al router - </»«•»•/ lethuliier vubicratis.. » Pièce n° 8.

rOURROUX ET RÉCLAMATIONS DE CHARLES VII.

en sûreté, il se rendit en toute hâte par terre jusqu'à Nice. Un navire armé y était à ses ordres ; il s'y embarqua, fit voile vers Pise, et arriva bientôt à Rome où le pape Nicolas V l'accueillit avec la plus vive satisfaction.

Jacques Cœur avait bien fait de ne pas s'arrêter même un seul jour dans les états du roi René, et de chercher un refuge auprès du pape. Dès qu'il connut cette évasion et les circonstances qui l'avaient accompagnée, Charles VII dépêcha deux de ses conseillers et un de ses écuyers vers Arles pour reprocher au viguier et aux syndics de n'avoir pas pris immédiatement des mesures dans le but d'arrêter les auteurs des violences commises à Beaucaire. Ces magistrats répondirent qu'en apprenant l'enlèvement de Jacques Cœur, ils avaient envoyé de tous côtés pour le prendre avec ses complices. Us ignoraient, du reste, ajoutèrent-ils, qu'aucun de leurs concitoyens lui eût prêté secours dans cette occurrence *. Les délégués de Charles VII furent obligés de se contenter de ces excuses. Quant à lui, s'acharnant contre son ancien ministre, il écrivit à la république de Florence où le bruit courait qu'il s'était arrêté, pour le réclamer, mais elle lui fit réponse (44 juin 1455) qu'il n'était pas dans son territoire, et que, s'il y était venu, elle n'en avait rien su. Une nouvelle lettre du roi dans le même sens provoqua une réponse analogue et l'assurance que la République n'avait fourni aucun subside à Jacques Cœur2. Cependant, oeu après la mission à Arles, trois des compagnons de Jeàn de Village dans son expédition avaient été pris, jetés dans les prisons de Tarascon, et transférés en-

« Expositio, requi*itioquey etc., à la date du 30 mars 1455. Pièces justificatives, n° 8.

* Négociations diplomatique* de la France avec la Toscane, par M. Desjardintf, I. I, p. 81. (Collection des documents inédit*. )

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