‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au XVe siècle; étude historique précédée d'une notice sur la valeur des anciennes monnaies françaisesChapitre 36 sur 327 · BANQUE, POPULATION, ARSENAL · texte numérisé non relu

BANQUE, POPULATION, ARSENAL

admirer celle profonde sagacité de l'oligarchie vénitienne comprenant, dès le treizième siècle, que l'importation de marchandises ou de matières premières, source assurée de nouveau^ bénéfices, était préférable à celle de l'or?

La prospérité de leur commerce devait naturellement suggérer aux Vénitiens l'idée d'un établissement destiné à simplifier les opérations financières : telle fut l'origine de la banque qu'ils fondèrent au douzième siècle, devançant ainsi de près de trois cents ans celle qui fut plus tard établie à Gènes, sous le nom d'office de Saint- Georges. En 1246, le pape Innocent IV déposait à la banque de Venise deux raille cinq cents marcs d'argent pour un bourgeois de Francfort. On ne s'étonnera pas qu'au milieu de tant de sources de richesse, les finances de la république fussent dans un état florissant. Un document remontant à Tannée 1420 établit que son revenu s'élevait à un million de ducats1. La population, déterminée par le cadastre, atteignait le chiffre de cent quatre-vingt-treize mille habitants2. Le seul arsenal de Venise occupait seize mille ouvriers et trente-six mille marins. Il y avait alors dans le Conseil

1 Le ducat effectif, celui dont 11 s'agissait dans la langue administrative, représentait une valeur de quatre livres à quatre livres dix sols. Mais, on aurait, en se bornant à ce rapprochement, une idée fort inexacte de sa valeur au quintième siècle. Ainsi, le conseil de Venise ayant fait, en 1429, don d'un palais, dans cette capitale, à Louis de Gonxague, ex-capitaine général de la république, le palais acheté à cette occasion coûta six mille cinq cents ducats. Un autre palais, donné la même année au vaWode d'Albanie, coûta trois mille ducats. Il est donc probable qu'avec six mille cinq cents ducats, on achetait à Venise, au quimième siècle, un palais qui coûterait à Paris, au dixneuvième siècle, de six à sept cent mille francs. A ce compte, le revenu net d'un million de ducats que Venise avait alors représenterait environ cent millions de nos jours.

* D'après V Abrégé de géographie de Balbi, elle était, en 1833, réduite à cent quatre mille habitants.

LE DOOE MOCENIGO

un parti qui, à l'instigation des Florentins, cherchait à l'entraîner dans une guerre a laquelle le doge Mocenigo était opposé. Dans plusieurs discours qui ont été conservés, Mocenigo déroula avec un juste orgueil, au sénat, le brillant tableau des affaires de la république, montrant par là ce que les citoyens auraient à souffrir de la guerre.

«Toutes les semaines, disait-il, il nousarrivede Milan dix-sept à dix-huit mille ducats; de Monza, mille ; de Côme, trois mille; de Tortone et de Novarre, deux mille; de Pavie, autant; de Crémone et de Parme, autant; de Bergame, quinze cents. Tous les banquiers déclarent que le Milanais a tous les ans seize cent mille ducats a nous solder. Tortone et Novarre achètent par an six mille pièces de drap; Pavie, trois mille ; Milan, quatre mille ; Crémone, quarante mille ; Cône, douze mille ; Monza, six mille ; Brescia, cinq mille ; Bergame, dix mille; Parme, quatre mille; en tout, quatre-vingt-quatorze mille pièces. Ces villes nous envoient en outre de l'or fin pour quinze cent cinquante-huit mille sequins. Nous faisons avec la Lombardie un commerce de vingt-huit millions de ducats. Les Lombards achètent de nous, tous les ans, cinq mille milliers de coton, vingt mille quintaux de fil, quatre mille milliers de laine de Catalogne et autant de France, des étoffes d'or et de soie pour deux cent cinquante mille ducats; trois mille charges de poivre, quatre cents fardes de cannelle, deux cents milliers de gingembre, pour quatre-vingt-quinze mille ducats de sucre ; autres marchandises pour coudre et broder, trente mille ducats; quatre mille milliers de bois dè teinture ; grains et plantes de teinture, cinquante mille ducats ; savon, deux cent cinquante mille ducats; esclaves, trente mille1. Je ne compte pas le produit des sels. Considérez combien

1 Les Vt'nitlens ne fournissaient pas des esclaves aux seuls Lombards; Ils vendaient aussi aux musulmans des jeunes gens qu'Us allaient acheter en Cireassie. L'Eglise avait beau protester ; la voix de l'or était la plus forte. Enlln, les Vénitiens n'hésitaient pas à augmenter la valeur de quelques esclaves par la mutilation. Au nombre des causes auxquelles le comte Daru attribue la décadence de Venise, il cite la corruption et ramollissement que les esclaves engendrèrent dans celle ville. 11 y a des lois morales que les peuples n'outragent pas Impunément.

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