CHAPITRE II
La France à l'avènement de Charles VII. — Portrait de ce roi. — Ses habitudes; temps qu'il donnait au travail. — Organisation de son conseil. — Mauvais état de ses finances pendant une grande partie de son règne. — Appréciation de son caractère par divers auteurs contemporains. — Luttes de ses favoris. — Le président Louvet, Pierre de Giac, Lecamus de Ueaulieu, La Trémouille. — Portrait du connétable de Richemont et de Dunois, bâtard d'Orléans. — Les frères Chabannes. — Détails concernant La Hire et Xaintrailles. — Jean et Gaspard Bureau, grands maîtres de l'artillerie. — Martin Gouge, Rcgnauld de Chartres, Guillaume Cousinol, Etienne Chevalier, Jean Dauvet , le comte du Maine. — Influence qu'exerce la bourgeoisie dans le conseil de Charles VII.
Aucun règne n'eut de plus tristes commencements que celui de Charles VII. Les Anglais maîtres de Paris et d'une grande partie du littoral ; l'hostilité si longtemps implacable du duc de Bourgogne qui faisait cause commune avec eux; les quelques provinces qui avaient reconnu le nouveau roi ravagées dans tous les sens, moins encore par les bandes ennemies dans leurs irruptions que par les hommes d'armes, leurs chefs en tête, qui suivaient la bannière de Charles VII; les paysans enlevés et traités comme un vil bétail , lorsqu'ils ne payaient pas à ceux-là mêmes qui avaient mission de les défendre une rançon la plupart du temps impossible ; d'immenses étendues de pays couvertes de ronces; nulle part enfin, sauf dans quelques villes que protégeaient leurs murailles, trace d'administration
A L'AVÈNEMENT DE CHARLES Vïl.
ou d'autorité. Avec cela, un roi de vingt ans dont l'absence d'énergie et de caractère fut le défaut dominant pendant la première partie de sa vie, et que l'on savait plongé dans les excès oii la raison de son père s'était, disait-on, perdue.
Ce roi cependant, sur qui pesait en outre le fatal souvenir des représailles de Montereau , est celui sous lequel la France, par un glorieux effort, rejeta de son sein les garnisons anglaises. Peu à peu, grâce à la politique habile et ferme de ses ministres, les décombres accumulés de toutes parts disparaissent. Plusieurs procès éclatants apprennent aux princes du sang et aux grands barons qu'il leur faudra désormais compter avec la loi. Une armée régulière remplace ^ les bandes indisciplinées; il est vrai que l'impôt devient plus fort, mais il est assis sur des bases relativement équitables. De belles ordonnances organisent l'administration de la justice et de la police, la comptabilité financière, les monnaies, l'exploitation des mines; un nouveau schisme dont l'Église était menacée est prévenu, en même temps que des limites prudentes sont imposées au pouvoir des papes en ce qui touchait leurs rapports avec le temporel du royaume. Comment ces eboses s'accomplirent-elles sous un prince si longtemps gouverné par des favoris, qui, dans son inexcusable apathie, s'était rendu complice des juges de Jeanne Darc en ne tentant aucun effort pour la sauver? qui, plus tard, scandalisa ses contemporains en leur donnant le spectacle des mœurs les plus dissolues qu'un roi de France ait jamais affichées? C'est ce qu'il importe d'examiner.
Les contemporains de Charles VII l'avaient, de son vivant, surnommé le Bien-Servi. Jamais, en effet, môme sous Louis XIV, la royauté n'a eu sous la main, dans un temps douné, autant de vaillants capitaines, de ministres et de