D'APRÈS LÉS CONTEMPORAINS
« et disoit ses heures sans y faillir1 » A Poitiers, on le vit assister, avec la chape, aux offices de l'église collégiale de Saint-Hilaire, dont le chapitre le comptait parmi ses membres*, et il en devait être ainsi dans d'autres villes. Il se levait matin et mangeait seul, excepté les jours de fêtes solennelles où il admettait à sa table un prince du sang et un évéque ou un abbé, et, dès que l'on commençait à servir, tous les courtisans se retiraient8.
Un autre chroniqueur, dévoué au duc de Bourgogne et n'ayant nul intérêt à flatter Charles VII, le représente avec des traits pales, le visage amaigri, la parole douce, insinuante, le maintien noble et gracieux. Trois vices essentiels déparaient par malheur, dit-il, ses qualités : inconstant, méfiant et par-dessus tout envieux, que de fuis il profita d'une occasion favorable pour renverser à jamais ceux qu'il avait élevés le plus haut ! Persuadé par l'expérience que tout homme a un mérite, une valeur propre, il attirait à lui les plus capables, en tirait le meilleur et les sacrifiait ensuite sans pitié. Ce chroniqueur constate qu'il fit régner la justice depuis longtemps bannie du royaume, mit ordre, comme par miracle, aux exactions des gens de guerre, rendit les routes sûres, rétablit la tranquillité, punit les mauvais, honora les bons et se montra toujours avare de sang humain. Accessible à tous, il recevait à jour fixe les clercs, les nobles, les gens de métiers, et les hommes d'armes. «Avoit « merveilleuse industrie, ajoute-t-il, vive et fresche mé-
• Denys Godefroy, Histoire de Charles VU; reproduction d'un M», anonyme, intitulé : De la vie, complerion et condition du roy Charles VU.
* Annales archéologiques de M. Didron ; t. I, p. 27. — On y trouve la description de la chape que portait Charte» VII dan* le* cérémonies de l'éplUe Saint-Hilalre.
9 De la ne, complexion, etc., dans Godefroy, toc. cit.