MISÈRE ET FAMINE
•térêt à les entretenir. Après avoir vainement cherché à les vendre, ils en faisaient enlever les fenêtres, les portes, tont ce qui aurait pu être volé, attendant des temps meilleurs. L'arrivée de Charles VII à Paris avait donné quelque espoir de voir reparaître Tordre, les transactions, la sécurité, ce qui constitue l'état des peuples civilisés, mais cet espoir ne fut pas de longue durée. Le mal était trop grand pour que la situation pût s'améliorer rapidement ; au lieu de cela, elle empira encore. En 1438, une famine terrible emporta cinquante mille personnes dans Paris seulement, s'il faut en croire un de ses habitants dont le journal, bien que trèspassionné et souvent entaché d'exagération, est resté comme une des peintures les#plus curieuses du temps. A Rouen, le blé avait décuplé de valeur et la misère était si horrible que « Ton trouvoit, tous les jours, au milieu des rues, dit • ce chroniqueur, de petits enfants morts que les chiens « mangeoient, ou les porcs. » Abattus, exténués par la faim et par les privations de toutes sortes , les Parisiens n'avaient plus la force de se défendre contre les loups qui venaient les attaquer jusque dans leurs murs. Dans la dernière semaine de septembre, entre Montmartre et la Porte Saint-Antoine, ils dévorèrent, assurait-on, quatorze personnes; le 16 décembre, quatre femmes auraient eu le même sort; quelques jours après, ils mordirent dix-sept personnes, dont onze succombèrent. Dans les environs, ils auraient fait près de quatre-vingts victimes. Pour comble de maux, le gouvernement fut obligé de lever de nouveaux impôts qui occasionnèrent une vive irritation.
c En celuy mois d'aoust 1438, dit le Bourgeois de Paris, « on leva une taille, la plus estrange qui oneques mais eust a esté faite, car nul, en tout Paris, n'en fust exempté, de « quelque estât qu'il fust... Et fut premièrement fait une