‹ Jacques Fayan; drame en un acte [par] Jules Bobillot et M. Émile MaxChapitre 13 sur 18 · SCÈNE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE QUATRIÈME

JACQUES

Tas trouvé deux cents francs, toi ?

MARTHE, lui donnant les billets.

Tiens !

JACQUES

Ah ! tonnerre de chien ! quelle brave petite femme tu tais ! Y a encore que vous autres, voistu, pour être malines. Voilà une heure que je cours auprès de tous les amis, sans pouvoir trouver un sou. Aussi, c'était fini, je venais t'embrasser et puis... bonsoir !... Je te jure que ça n'aurait pas traîné. Ah ! bon sang ! que je suis heureux ! (Lui prenant les deux mains.) Comme je vais travailler de bon cœur, à présent ! La bonne bouffée d'air! Ah ça, viens que je t'embrasse!

MARTHE, l'embrassant.

Mon Jacques !

JACQUES

Quand je pense que je me conduis comme un vaurien avec toi et que le jour où j'ai besoin d'un vrai camarade, y a encore que toi. Mais comment que t'as fait? Voyons, explique-moi ça.

II la prend sur ses genoux.

MARTHE, gênée.

Oh! mon Dieu, c'est bien simple, va. Figure-toi que je me creusais la tète pour trouver ces deux malheureux billets de cent francs, j'étais allée chez ma patronne livrer mon ouvrage; et dame, tu comprends, j'avais pleuré, j'avais les yeux un peu

rOUges. (Jacques à res derniers mots a repoussé sa femme, s\st levé de sa chaise et regarde Marthe longuement sans palcr.) Qu'est-Qe

que t'as?

JACQUES, très sombre.

Moi? rien. (Un temps.) T'es drôlement peignée aujourd'hui. (Descendant à gauche.) J'ai rien, va, continue.

MARTHE, très embarrassée.

Naturellement ma patronne me demande ce que

j'ai où j'ai été chercher cette mine-là, si tu me

rendais malheureuse. Oh! non, que je lui dis, seulement, figurez-vous que c'est un grand malheur qui m'arrive. Hier, mon mari m'avait donné deux cents francs, des économies, vous comprenez, si jamais on tombait malade, et moi, j'ai perdu mon porte-monnaie avec les deux cents francs, de sorte que j'ose plus rentrer chez nous.

JACQUES, très sombre.

Et alors?

MARTHE, de plus en plus gênée.

Alors, comme elle me voyait si triste, et comme elle m'aime beaucoup... eh bien! elle m'a prêté ces deux cents francs. (Vivement à lui) Mais tu me fais causer là, tu n'as pas de temps à perdre. Jacques il ne faut pas qu'on te soupçonne... reporte vite l'argent, ça vautmieux, vois-tu.

JACQUES, passant à droite.

Attends donc, ça presse pas tant. Tu dis donc qu'elle t'a prêté de.'iix cents francs comme ça, ta patronne, sans t'en demander plus long.

Mais sans doute. Qu'est-ce qu'il y a d'étonnant làdedans, elle me connaît bien peut-être.

JACQUES, serrant violemment la main de Marthe.

Tu mens. T'as pas été chez ta patronne, puisque... puisque j'en viens, moi, ne sachant plus quoi

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