‹ Jacques Grévin, 1538-1570: 1538-1570Chapitre 200 sur 254 · Ibid., V · texte numérisé non relu

Ibid., V

de tels éloges, tombés d'une telle plume. J'ai parlé du caractère affectueux des rapports qu'entretenaient les deux poètes. Notre jeune Clermontois vivait dans l'intimité de Ronsard. Dans une pièce de vers très curieuse, publiée en 1560 sous le titre : Les hles Fortunées, Ronsard exhorte Mui^t à quitter la cour et ses dangereux plaisirs pour aller chercher bien loin, au delà des mers, au sein « des isles bien-heurées », l'agréable repos de la solitude. Tous les amis de Ronsard sont réunis sur le rivage et lui tendent joyeusement les bras, prêts à s'embarquer avec lui. Ronsard les énumère :

Voicy Madou, voicy d*une autre part Ton Fremiot, Des Autels et Thyard; Icy Grevin, ici Colet arrive....

Çà que j'embrasse une si chère bande ^

£n réalité, la bande se contentait de se répandre dans les villages des environs de la capitale, où l'on pouvait aloi's goûter l'ombre et le frais. Elle se rendait à Arcueil, dont Ronsard a chanté la fontaine ; à Gentilly, célèbre aussi par sa fontaine et par ses prés; à Saint-Marceau, où l'on recevait l'hospitalité chez un jeune poète, auteur de vers aujourd'hui bien oubliés, Nicolas Ellain. Il faut qu'à notre tour nous nous arrêtions chez ce dernier ; nous ne regretterons pas notre halte. Nous allons trouver dans ses vers le commentaire du passage de Ronsard ci-dessus cité, et comme un aimable et saisissant croquis des distractions champêtres du grand poète et de ses camarades. Condisciple de Grévin à la Faculté de médecine, Nicolas Ellain, qui deviendra médecin fameux et doyen, publia en 1561, chez Vincent Sertenns, un recueil de sonnets auquel sa rareté seule donnerait du prix'.

i. RossARD, cd. P. m., VI, i73, V. 18-20; ▼. 28.

2. Réédité dans un volume publié par Hé âgh. Gentt sous ce litre : Les Œuvres poétiques françaises de Nicolas Ellain Parisien ( 156 1*1 570). Paris i 1861; ouvrage tiré à 355 exemplaires.

Ëllain a traité à sa table Grévin et Charpentier. Un sonnet*, où il ne nomme que le second, vise la liaison de ceux qu'il appelle « les deux grans amys ». Quand il fait mention de Grévin, c'est pour en parler sur le ton de la plus haute estime : il le met exactement sur le même rang que les membres de la Pléiade.

Jaçois qu'Homère ait la première place Entre les Grecz, le Lyricque Thebain, Sophocle aussi le Tragicque escrivain Nont toutesfois perdu toute leur grâce.

Combien aussi que la France n*embrasse Que son Ronsard, son Bellay Angevin, Que son Belleau, son Baïf, son Grevin, Desquels le moindre un Homère surpasse..., etc.*.

Aussi quelle joie de recevoir chez lui l'amant d'Olympe, surtout quand celui-ci se joint à Ronsard et à d'autres! Grévin pouvait-il rester insensible à une invitation aussi séduisante ?

Voicy, Grevin, Tardente Canicule, Qui maintenant nous rameine le chault ; Desja Phebus nous darde de la hault Une chaleur qui nous cuist et nous brusle ;

Hais Cupidon, plus fort qu'un autre Hercule, Ce Dieu d'Amours si bravement m'assault, Que de chaleur, ny de froid ne me chault; Mais dedans moy sa seule ardeur pullule.

A gouverner cependant tu te plais Tu belle Olimpe, ou bien tu te repais A contempler des herbes la nature.

i. Œuvres poétiques de iV. Ëllain^ p. 01 : Nestor d'unti éloquence à nulle nuire seconde. 2. Ibid,, p. 1().

Or, viens; Grcvin, viens à mon sainct Harceau^ Avec Ronsard, Utenhove, et Belleau, Pour nous venger d'une saison si dure*.

Le sonnet suivant est la continuation du même sujet :

Lk, les malins, nous aurons le murmure Du doulx Zephir, qui durant le séjour Nous vengera de la chaleur du jour, Qui nous seroit à supporter trop dure.

Puis nous irons, Grevin, par adventure A Jentilly, pour disner alentour De la fontaine ; et, estant de retour.

Nous soupperons dessoubz quelque verdure ;

Par dessus tout nous aurons du vin frais, Pour endormir et alléger le fais Du grief ennuy qui si fort nous marlire.

Tu pourras là, si tu veulx, aysement Arboriser, et là commodément Ronsard pourra charpenler son navire^.

Ces derniers mots font allusion au passage de la Franciade dont Ronsard s'occupait alors, la construction du navire sur lequel doit s'embarquer Francus*. On flattait sûrement le poète en parlant par avance du grand ouvrage dont il comptait doter les lettres françaises. Grévin lui-même n'y a pas manqué*. Mais nous arrivons au moment où les temps vont changer, hélas! cl

1. Cf. CoLLETET dans la Vie de Ronsard : « Il (Ronsard) aimoit le séjour de rentrée du fauxbourg Saint-Marcel, à cause de la pureté de Pair et de ceste agréable montagne que j'appelle son Parnasse et le mien.... » P. Blanchemaik, Œuvres inédites de Ronsard, p. 55.

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