Cf. Du Bellay, éd. M.-L., Il, 270, v
Romme ainsi quclquesfois eslcva sa grandeur Par le saccagement et la rapine inique De maint prince vaincu et mainte republique Réduite soubs le joug de son bras commandeur.
Le lion estant mort n est rien que pourriture ; A ceux qui le craignoient il donne nourriture, Et le champ est couvert de ses os descliarnez.
En Romme par les siens à la fin saccagée.
Se voit tant seulement la terre estre chargée De porpbires rompus et marbres ruinez.
Deux frères successeurs du Troien ruiné, Aians ja ruiné toute leur race antique, Firent le fondement de ceste ville unique, Fondement à ruine et malheur destiné.
Le plus malicieux ruina son aisné ; Des Albains et Sabins la ruine publique Donna accroissement à ceste Republique, Qui après ruina le Grec infortuné.
N*aiant que ruiner elle s est ruinée, Ruinant quant et quant Tltale infortunée.
Et si a ruiné maint règne florissant.
Bref Romme tellement en ruines abonde, Que si le Ciel n*estoit plus fort et plus puissant, Romme en la fin seroit la ruine du Monde.
Ceste grande cité, Romme qui tout pouvoit, Est maintenant semblable à la pierre brisée : Celle que Romme on nomme est Romme desguisee. Qui porte seulement le nom que l'autre avoit.
Le théâtre, ou jadis le peuple se trouvoit, N'est qu*un mur ruiné nommé le Colisée :
Romme n*a rien d*entier, que Teguille prisée, Ou encor de César le sépulcre se voit.
Car le temps ennemi de la grandeur humaine, Taschant d*aneantir la puissance Romaine, Ne voulut ruiner ce grand sépulcre, afin
Que dedans Romme mesme estant la cause entière, Qui jadis lui causa sa ruine première.
Sa raine jamais ne puisse prendre fin.
Le grand Vespasien, et Tite le vainqueur.
Qui jadis contraignans le Juif opiniâtre, Dessous le joug cruel du Romain idolâtre Abaissèrent lorgueil de ce peuple moqueur ;
Bastit et dédia la superbe grandeur Et Touvrage admiré du grand Amphithéâtre, Oti Romme vit souvent la Fortune marâtre Guerdonner les vivans et d'heur et de malheur :
Mais ce feut seulement par feinte tragédie; La fortune au jourd'hui plus puissante et hardie Fait voir en vérité la misère tragique.
Le monde est son théâtre, et Romme est au meillieu, Qui crie, en déclarant sa ruine publique.
Que rien n'est éternel que la grandeur de Dieu.
Romme qui feut le chef et la source profonde De guerre et de travail, de ruine et de mort, Romme qui par surprise et par cruel effort Troubla diversement toute la terre et Tonde,
Romme en desordre et guerre à nulle autre seconde» Fist bastir à la Paix un temple grand et fort. Voulant par ce moien que le mal et discord Fut fait tant seulement pour le reste du Monde.
Hais tout incontinant que ces braves Romains Afin de se meurdrir prindrent le glaive aus mains, La Paix se départit, et la Discorde emeue
Les aiant ruinez, ruina leurs Palais, Kt si bien ruina ce grand temple de Paix, Qu*onques depuis ce temps la Paix n*est revenue.
Vous qui venez à Romme, et qui songneusement La cause recherchez de sa grande ruine, Voiez des deux Venus la sculpture dîtioe Au jardin où le Pape entre secretemeaU
Voiez la Cleopatre, et le vieil bâtiment Du temple de Venus, de Flore, et de Faustine; Sachez qu*Enée estoit fils d*une concubine.
Ainsi que Romulus qui fit son fondement.
Une seule Venus, une Hélène ravie Firent perdre aux Troiens Testât avec la vie, Et furent ruiner ce que Priam avoit.
Ne vous estonnez doncq si ces rues sont pleines De palais ruinez, puisque dans Romme on voit Presqu*une infinité de Venus et d*Helenes.
Tu te dois contenter, ô grand* Reine d'Egipte, Cleopatre excellente en richesse et beauté.
Tu te dois contenter de voir ceste cité Du chef au fondement piteusement destruite.
Tu la vois au jourd*hui et chetive et réduite En un malheur si grand, que sa principauté Se couvre du manteau de froide pauvreté Quia quitté le ciel, et la terre séduite.
Or contente-toi donc, bien qu*Auguste jadis T*aie arraché des mains le sceptre que perdis Pour avoir trop aimé le valeureux Antoine :
Car le temps, plus puissant que ne sont les humains, Afin de te vanger te faict voir les Romains Réduits honteusement sous le pouvoir d*un moine.
Le grand Laocoon, prophète infortuné, Gongnoissant des Grégeois la nature traitrcsse. Frappa tenant au poing la lance vangeresse Le cheval, qui portoit le malheur soupçonné.
Pallas ou le destin contre luy mutiné Fit misérablement dévorer sa vieillesse Par deux serpens tortus, et soudain par la Grèce Troie fut mise en cendre et Priam ruiné.
La mort de ce vieillard incontinant suivie Par le sac des Troiens et de toute l'Asie, Monstre assez combien peut ce signe ruineux.
Les Romains ruinez se ruinent encore.
Car ils ont retenu tousjours au milieu d'eux Un viel Laocoon que le serpent dévore.
Hercule, ainsi qu'on dit, fut juste punisseur Des serpens punisseurs et du voleur Antée, De Gacus le brigand, de l'Hidre surmontée, Du traître Gerion, du Lion meurtrisseur :
Il vainquit près le ciel Tesquadron aggresseur Et des mutins Geans la grande troupe athée; Du larron Diomède encores fut domtee L*horrible cruauté et Tesprit ravisseur.
En quelque lieu qu'il fut, il surmonta le vice. ^:r' L*orgueiU la cruauté, Taudace, et l'injustice.
Ne sois donc esbahi de voir ces murs vaincus.
Hercule est au milieu, Romme estTHidre seconde, Les Geans, les serpents, un Ântée, un Cacus, Geryon, Diomède, et un Lion au Monde.
Apollon, s*il est vrai ce qu*escrivcnt les poètes, Espris (comme Ton dit) de tes saintes fureurs. Quelque part que tu sois tu portes les malheurs, Les froides pauvretcz, ruines et disetes.
Eux, pour estre avouez tes preslres et prophètes, N'emportent à la fin que travaux et douleurs. Du plaisir incertain mille sanglots et pleurs, Mille maulx apparens de leurs peines secrètes.
Ne t'esmerveille donc, o ville ruinée.
Qui gardes d'Apollon l'image infortunée.
Si tu es maintenant destruite par le temps.
Apollon fut pour Troie, et Rodes sa sujete ; L'une et l'aultre a esté piteusement défaite, L'une par les Grcgeois, l'aultre par les Sultans.
fleuve Egiptien, et toi Tibre mutin, Qui d'un bras recourbé sur la cruche profonde Versez à flots ondez vostre source féconde, Voiez, voiez les maux de ce peuple Latin;
Regardez combien peut le temps et le destin : Romme qui en grandeur n*a point eu sa seconde, Est faictc la risée et la fable du Monde.
Elle s'est ruinée, et vous estes sans fin.
Vous versez et poussez les ondes montanières, Qui renaissent tousjours en vos sources premières, Pour paroistre au défaut de celle qui se pert.
Romme sans fin poursuit sa course périssante. Mais sa naissance, helas, comm* h. vous ne lui sert, Car eir est de ruine une source abondante.
Aqueducts eslevez, et vous cerques courriers. Colosses monstrueux, et cistemes humides, Obélisques pointus ', marchez amples et vuides. Trophées somptueux du monde les premiers ;
Asile autorisé, chevaux, braves guerriers, Fils d'Apelle et Phidie, antiques piramides, Braves ponts estendus sur les ondes liquides. Que le Tibre conduit des grands lacs montaniers;
Campidole honoré, basiliques plaideuses, Naumachies jadis pleines d*eaus fluctueuses, Vous qui fustes alors ce que Romme on nommoit.
Vous estes aujourd'hui ce que Romme Ion nomme. Vous n'estes rien que cendre, et quiconque vous voit A la cendre et à rien compare toute Romme.
Braves coutaux, et vous ruines glorieuses.
Qui de Romme le nom seulement retenez, Las! quel reste avez vous de tant d'hommes bien nez« De tant d'ames jadis rares et précieuses?