De Thou, ibid; Nigbron, Goujet, loc, cit
vesquit ». Ainsi, la duchesse Marguerite avait voulu servir de marraine à la fille de Grévin, ce qui est très remarquable si Ton songe aux sentiments protestants de celui-ci. Plus haut, Collelet, dans un passage que j'ai cité à propos de l'arrivée de Grévin à Turin, a parlé des enfants du poète. J'ignore ce que devint celte lîlle ou ce que devinrent ces enfants. Mais on voit par un endroit des commentaires de Claude Garnier sur Ronsard qu'en 1625, année où parurent ces commentaires, la descendance de Grévin subsistait encore*.
La duchesse continua sa faveur a la veuve et à la fille du poète. « Il n'est point, poursuit Colletet, de solides témoignages de bienveillance et d'amitié qu'elle ne leur rendisl en toutes les occasions, faisant ainsy paroistre après la mort de cet excellent homme qu'elle recognoissoit en la personne de celles qui lui estoient si proches les bons offices qu'elle avoil reçus de luy pendant sa vie ». Et l'honnête Colletet, dont les souvenirs classiques sont parfois un peu inattendus, ajoute que la duchesse montrait en agissant ainsi « qu'elle ne rcssembloit pas à ces antiques vaisseaux percés des Danaïdes ». J'aime mieux le grave DeThou : « Margarita^.. eo non solum medlcoj sed et consiliario in gravissimis negotiis semper usa est, adeo ut, Grevino exstinctOy se et valetudinis sux cnratore eximio, et in animi anxietatibm amico solatore orbalam doleret. Itaque et mortuo honorifkum funm fecitj et viduam ac fîliam ejus unicam Margaritam Emanuelida, quant de sacro lavacro susceperat, quamdin vixit, pênes se retinuit et omni humanitatis oc beneficienlix génère proseaita est, ut qux virum dilexerat, etiam ossa ac reliquias, qux in vidua ejus
1/ Claude Garnier, parlant de la Resporute de Pierre de Ronsard aux injures et calomnies.., 8*expriqpte ainsi : u L'autheur respond à certaines gens qui avoient semé contre luy divers poèmes et discours, et mesme de ceux qu*il avoit honorez franchement de son amitié pour la gentillesse de leur esprit, et pour l'intelligence qu^ils avoient des bonnes lettres. J'en tairay le nom» pour ce que l'un d'eux est bien mort en la foy de la vraye Eglise, et que les enfans de Cun et de Vautre vivent. Dans le tome du Recueil de Poésie de l'autheur, quelque pièce leur touche et leur appartient t. Après avoir cité ce passage, M. Blanchemain ajoute avec raison : « Crs deux auteurs sontFlort'nt Chre^tienet Jacques Grévin )>. (Ro!isard, éd. P. BL, VII, 95, note 1).
OC carissima filia restabarU^ insigni grati animi exemplo $e diligere o%iendereV ».
Si Grévin était mort en France, au temps où ses œuvres excitaient l'enthousiasme des membres et des familiers de la Pléiade, ceux-ci n'eussent pas manqué de se réunir pour lui composer, selon la mode de l'époque, un Tombeau^ c'est-à-dire un recueil d'éloges funéraires en vers français et latins, et sa renommée s'en serait trouvée accrue. Mais il décédait au loin, en des jours troublés, et Ronsard l'avait rayé du nombre de ses disciples, comme la Faculté de médecine du nombre de ses régents. Du moins, un de ses amis ne l'oublia point, un compatriote, Claude Binet, de Beauvais, le biographe de Ronsard. Binet tenait Grévin en haute estime. Dans sa vie de Ronsard, il l'appelle « Jacques Grévin, médecin, bel-esprit certes, et l'honneur de nostre pays Beauvoisin*, » En 1573, il fit paraître une Complainte mr le trespas de Jacques Grévin de Clermont en Beauvoisin *. C'est une élégie provinciale, d'une inspiration assez touchante. On sent que l'auteur éprouve une émotion sincère en pleurant le destin prématuré de cet enfant de son pays :
Ainsi Grévin est mort et un tombeau emmure Geluy qui florissoit hier, comme au matin La printanniere fleur qui au soir ne demeure, Ainsi est mort l'honneur de nostre Beauvaisin. Toy donc, douce Venus, toy Cupidon, tous Fées, Qui souvent vous baignez au pli de mon Terain, Soyez toutes de noir désormais atifées....
1 De Thou, loc, cil. Cf. Teissibr, Les Eloges des hommes sçavanis,,,^ t. I, p. 345.
2. Voir L. CiMBER et F. Dinjou, Archives airieuses de V histoire de France depuis Louis XI jusqu'à Louis XVIU, Paris 1854-1840, t. X, p. 408.
3. Les Œuvres de J. de la Péruse^ avec quelques autres diverses Poésies de CL Binet B. Paris, 1573, (o\. 159 v* sqq. Voir ci-après, à TAppendice.
— Bill fait allusion aux fatigues et aux peines de celui qui vient d'entrer dans V « infini repos » et qui avait vieilli avant Fâge :
Cependant les labeurs font acourcir la vie
Et font neiger sur nous avant nostre printemps.
Ce qui suit pourrait à première vue sembler assez difficile à expliquer. Le poète plaint Grévin en ces termes :
Voila, voila que cest, voila la recompense D*avoir d*un coeur hardi le monstre combattu, Monstre fier et infect qui gastoit nostre France, Voila le beau loier de suivre la vertu.
Que Binet ail oublié, au bord d'une tombe, le Temple et les querelles passées, on le conçoit. Mais de quel monstre veut-il parler? On comprendrait cette expression de la part d'un calviniste. Elle a lieu de surprendre sous la plume d'un écrivain qui resta toujours attaché à la cause catholique. C'est que Binet, nourri de Ronsard, suppose chez le lecteur la même connaissance de l'œuvre du maître. 11 se souvient, en écrivant ces vers, d'un passage de l'Ode à Marguerite de Savoie, où Ronsard disait à cette princesse, en la comparant à Pallas :
Ainsi lu allas trouver Le vilain monstre Ignorance, Qui souloit toute la France Dessous son ventre couvert
Binet associe dans un même éloge Grévin et le « grand Ronsard ». Ni l'un ni l'autre, selon lui, n'aura rien à redouter des efforts du « fauche-tout vieillard ». Et il confie à la piété des « sœurs triplement trois » les restes de celui qui les a honorées de son vivant :
Ornez donc son tombeau d*un éternel lierre.
De mille et mille fleurs, et quand le renouveau Aura fait son quartier, qu'un beau laurier enserre Tout au long de Thiver de Grévin le tombeau.
i. Ronsard, éd. P. Bl., U, 49, v. 19-22. Cf. Grévin, I, 193, v. 6-7. L'expression de <( monstre Ignorance », usuelle parmi les poètes de la Pléiade, se trouve encore dans Grévin, I, 125, v. 3.