MoNTAiGM, Essais, iily 15; II
connaissances de toutes sortes, littéraires ou scientifiques, que le médecin adjoignait à ses connaissances professionnelles. Tout bon médecin se doublait d'un humaniste. Avant d'aborder l'étude de la médecine, l'écolier devait savoir le grec, le latin, la rhétorique, et avoir fait deux années de philosophie, pendant lesquelles il étudiait la logique, l'éthique, la physique, la métaphysique, et se nourrissait d'Aristote, le maître universel. Chez un sujet studieux et bien doué, c'était presque la réalisation du programme que Gargantua traçait en deux mots à son fils : « Somme, que je voye ung abysme de science ». Placés entre des empiriques et de véritables savants, les hommes du xvi' siècle, au demeurant, ne savaient trop que penser de la médecine. Ils aimaient à la dénigrer, et, en un besoin, à s'en servir. « Il n'y a, disait Pasquier, homme plus idolastre des médecins que moy, quand je suis malade, ne qui estime leur art plus douteux lors que je suis sain* ». Nous devons nous montrer plus justes que les contemporains et rendre pleinement hommage aux savants médecins du xvi^ siècle, dont ceux d'aujourd'hui sont les héritiers et les continuateurs médiats. Trois de ces hommes ont pris naissance à Clermont en Beauvaisis à peu près à la même époque : Fernel, Charpentier etGrévin lui-même.
Des auteurs, Moréri notamment, veulent que Fernel ait vu le jour à Monldidier; d'autres à Amiens, parce qu'il portait dès son enfance le surnom d'Amiénois. Guillaume Plancy, dit Plantius, son ami intime et son disciple, qui passa dix années auprès de lui et qui publia sa vie, déclare formellement qu'il naquit et fut élevé à Clermont en Beauvaisis. Quant à son surnom, il s'expliquerait, d'après Plancy, par ce fait que le père de Fernel était d'Amiens; d'après un autre auteur, par ce fait que le père de Fernel demeurait à Clermont dans la partie de la ville qu'on appelait faubourg d'Amiens : hypothèse conflrmée par la découverte d'un érudit clermontois, qui a retrouvé, dans un manuscrit