‹ Jacques Grévin, 1538-1570: 1538-1570Chapitre 43 sur 254 · PT · texte numérisé non relu

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Bourgogne, recteur à vingt -cinq ans, pourvu d'une chaire au Collège royal (Collège de France), il se tourna ensuite vers la médecine, et n'y réussit pas moins. Noël du Fail, dans une de ses historiettes, le compte avec Fernel au nombre des médecins les plus réputés de 1 époque, appelés par un malade à son chevet*. Nous avons rapporté son élévation au décanat en 1568. Il devint médecin de Charles IX. 11 est surtout connu pour ses démêlés avec Ramus, contre qui il défendit avec violence l'autorité d'Aristote. Il faut voir dans l'ouvrage que M. Waddington a publié sur Ramus avec quelle haine persévérante Charpentier poursuivit son adversaire*. On le soupçonne de n'avoir pas reculé devant un crime pour s'assurer le dernier mot dans cette polémique en faisant assassiner Ramus pendant les troubles de la Saint-Barthélémy. M. Waddington, pour qui la culpabilité de Charpentier ne paraît pas douteuse, a réuni tous les témoignages défavorables à ^accusé^ Ils sont nombreux. Leur examen ne rentre pas dans notre élude. Rapprochons-en seulement, pour mémoire et sans conclure, un témoignage produit à la décharge de Charpentier : Freytag déclarait posséder une relation manuscrite des événements de la Saint-Barthélémy, faite à l'époque par un magistrat nommé Jean-Guillaume de Bonheim. D'après ce document, non seulement Charpentier ne serait pas l'auteur de l'assassinat de Ramus, mais il en aurait éprouvé un profond chagrin : « .., Lacrymas fundere cœpit^ indigne ferens tam doclum virum, qui acumine in^enii prxcellehat, et propler erudilionem ubique terrarum celebris erat, vita privari^ ». Charpentier après ces événements traîna pendant dix-huit mois une vie languissante, et mourut de consomption en 1574.

Jacques Grévin s'apprêtait par ses travaux à marcher sur les

1. Noël du Fail, Œuvres facétieuses, éd. J. Assczat. Paris, 187i, t. II, p. 43.

2. Ch. Waddington, Ramus, sa vie, ses écrits et ses opinions, Paris, 1855, p. 205.

3. Ibid,, p. 275, Voir, en sens contraire, J. Bertrand, Jacques Charpentier est-ii Vassassin de Ramus? dans la Revue des Deux-Mondes, t. XLIV (1881) p. 286-322.

4. Freytag, Adparaius litierarius.,,, Leipsick, 1752-1755, 1. 1, p. 511.

traces de ses doctes compatriotes. Nul doute qu'il ne les eût égalés s'il eût vécu. L'œuvre qu'il a laissée, bien qu'interrompue trop tôt par la mort, lui mérite une place à côté d'eux.

L*anatomie et l'étude des poisons, ou ce qu'on appellerait aujourd'hui la toxicologie, attirèrent surtout son attention.

Après que Vésale eût publié à Bâlé, en 1543, son grand ouvrage d'anatomie, De humani corporis fabrica libri F//, et son Epilomej il surgit une quantité de compilations dont les auteurs se copiaient les uns les autres, et pour lesquelles les éditeurs contrefirent à l'envi les planches qui ornaient le traité de Vésale*. Les plus célèbres de ces contrefaçons sont celles de Gemini et de Valverdc.

La première parut à Londres en 1545 : Compendiosa totius Anatomie delineatio, xre exarala : per Thomam Geminum. Pour le texte, c'est VEpitonie de Vésale. Les gravures comprennent, outre le titre, une planche à deux figures, représentant un homme et une femme nus, et trente-neuf planches anatomiques, le tout gravé sur cuivre par Thomas Gemini. Ces planches, très belles d'ailleurs et très nettes, regardées comme appartenant aux premières gravures en taille-douce tirées en Angleterre, ne sont que des copies réduites de la plupart de celles qui figurent dans l'ouvrage de Vésale. Celte publication eut une grande vogue et fut à son tour imitée. En 1560, André Wéchel avait imprimé une édition de VEpitome sans planches. En 1564, il fit paraître VAnatomes totim xre insculvta delineatioy cui addita est epitome innumeris mendis repurgata^ quam de œrporu humani fabrica conscripsit clariis. (sic) Vemlius : eiqiie accessit partium corporis

1. Voir un article du D' E. Turser, Ce que sont devenues les Planches anatomiques de Vésale publiées en 1545... dans la Gazette hebdomadaire de Médecine et de Chirurgie, année 1878, p. 49.

tum $implicium tum compositarum brevis elucidaiio^ per Jacobum Grevimim Claromonianum Bellovacumy medicum Paris. C'est le livre de Thomas Gemini, annoté par Grévin. Le texte ancien se distingue par des lettres italiques, les commentaires de Grévin intercalés dans le texte après chaque chapitre de VEpitome (et portant chaque fois en têle la mention Grevinus)^ par des petits caractères romains. Le volume se termine par une dissertation de Grévin : Jacobi Grevini... ad partium compositarum delineationes expositio et De hominis procreationey qui occupe les feuillets 51 et 52. Les figures sont toutes pareilles à celles qui ornent le livi'e de Gemini et disposées dans le même ordre avec la légende latine. Elles semblent tirées au moyen des cuivres qui avaient servi pour l'édition de Londres en 1545, mais elles offrent moins de netteté que dans celle-ci. Le verso du titre porte une belle composition représentant les armes de Philippe de Boulainvilliers-Dammarlin, comte de Courtenay et de Faucamberge, auquel le livre est dédié, non par Grévin, mais par Wéchel. Le même personnage se voit adresser une pièce de vers latins par Jodelle.

Cette édition de 1564 fut réimprimée en 1565 avec une simple modification au titre : une faute {dariis.^ au lieu de clariss.) se trouve corrigée*.

En 1569, Wéchel édile Les Portraicts anaiomiques de toutes les parties du corps humain, gravez en taille-douce ^ par le commandement de feu Henry huictiesmCy Roy d'Angleterre. Ensemble VAbby^égé d'André Vesal, et Vexplication d'iceuXj accompagnée d'une déclaration Anatomique. Par Jaques Grévin ^ de Clermont en BeauvoisiSy Médecin à Paris*. C'est une traduction française, faite par Grévin lui-même, de VAiiatomes totius xre insculpta delineatio de 1564 et 1565. Les mômes cuivres ont servi à l'impression des planches, souvent un peu effacées.

1. Vander H.«3iien, Bibliotheca helgica, Gand La Haye, 1880-1890, 1" série, «. XXV, Y, 87|, 88, 89i, 89,. 89,, 90.

L'ouvrage commence par un avertissement au lecteur dans lequel Grévin justifie son travail; car écrire un ouvrage de science en langue vulgaire était à cette époque une tentative singulièrement inusitée, presque audacieuse. Et cependant les traductions doivent rendre des services, « tant pour enrichir noslre langue Françoise, que pour trouver moyen de profiter à plusieurs, lesquels défavorizez des biens de fortune, et toutefois récompensez au double par un bon naturel, peuvent regaigner aux traductions Françoises ce qu'en leur jeune aage ils ont perdu pour n'avoir esté instruicts en la cognoissance des langues ». Notons au passage la préoccupation littéraire de Grévin, toujours écrivain même en traitant des questions de médecine : « Ayant donques délibéré d'aider en partie, voire d* enrichir , s'il m'est possible^ nostre lan^ue^ j'ay choisi ce qui m'a semblé eslre convenable à ma profession, à savoir le traicté de l'une des parties de la Médecine, laquelle est aujourd'huy la plus requise et nécessaire ». Puis, faisant allusion à ces chirurgiens détestés que les médecins, leurs éternels ennemis, ne laissaient passer aucune occasion de rabaisser, il vante l'utilité de sa traduction en ce que précisément cette partie de l'art de guérir « est communéement exercée par gens nullement, ou bien peu versez es langues grecques ou latines ». Vient ensuite une sorte de dictionnaire des noms français imposés à quelques parties du corps humain. L'Abrégé est la traduction de l'Epitome proprement dit; la Brefve Déclaration est la traduction , divisée en chapitres, des notes de Grévin intercalées dans cet Epitome et du chapitre final : Jacobi Grevini. . . adpartmm compositarum delineationes expositio. Enfin, h Méthodique Division et dénombrement de toiUesles parties du corps humain forme un chapitre nouveau, tableau original qui reflète, dit le D' Turner, les théories médicales de l'époque*.

Jean Valverde, médecin espîignol, voulut introduire dans sa patrie l'œuvre de Vésale. A cet effet, il publia à Rome, en 1556,

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