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d'études, — affirmant son incessante et fiévreuse poursuite de la lumière et de la couleur.
» L'importance de sa production, l'intérêt de ses recherches, la foi de ses disciples, ne pouvaient rester sans influence sur les artistes de sa génération. Cette influence fut considérable, elle décida les enthousiastes et les imitateurs et atteignit la plupart d’entre ceux qui, plus tard, évoluant, dégageant leur originalité, s’affirmèrent dans une voie personnelle ».
Il n'était pas superflu de rappeler ces lignes, parce qu'elles tirent
toute leur signification du fait qu'elles émanent d'un émule d’Ensor et
d'un peintre par ailleurs fort économe de ses louanges.
Aussi bien son avis est confirmé par Verhaeren :
« Ensor est le premier de tous nos peintres qui fit de la peinture vraiment claire.
» Son influence fut notable sur ses amis. À part Fernand Khnopff — et encore dans sa toile En écoutant du Schumann a-t-il peint le tapis en se souvenant de l’ Après-midi à Ostende — tous subirent plus ou moins la fascination de son art. Ceux qui s'en garaient le plus, Van Rysselberghe, Schlobach, de Regoyos, Charlet parlaient de lui avec une admiration aiguë. Ils sentaient sa force ; ils ne tarissaient point sur les dons qu'il manifestait, et hautement le proclamaient le plus beau peintre du groupe entier.
» Mais d’autres, tels que Finch et Toorop, se montrèrent attentifs, non pas à son enseignement — James Ensor n’en donna jamais — mais à sa façon nouvelle de traiter et de vivifier les couleurs. Il fut leur maître sans qu'il le voulût et peut-être sans qu'ils le sussent ».
Cette influence dure encore et, chose singulière, s’est largement
développée depuis. Mais elle s'est faite, pour ainsi dire anonyme. On
dirait que la fatalité qui poursuivit si longtemps l'artiste incompris,
tâche à présent de le dépouiller de ses mérites de chercheur et de la paternité de ses trouvailles.
Pourtant, sont-ils assez réels ? A ce point de vue il faut citer ces lignes de son commentateur; elles sont, en même temps qu'un suprême éloge, une reconnaissance de ses droits de priorité :
« Un autre rapprochement s'indique. Les » récents intimistes français, les Vuillard et les » Bonnard s'attachent aujourd'hui à certaines » recherches qu'autrefois tenta James Ensor.
» Tels éclairages de salon ou d'appartements, » telles [ueurs argentées et discrètes, tels gris, » tels bruns
» font songer à
» l'atmosphère ou 1, de lamC oo | ; » riste où à la
Croquis (1880).
» Musique rus- » se. Il n'est pas jusqu'au dessin vacil- » lant et brouillé qui n'établisse un
» parentage entre les deux manières.
» Je veux bien qu'il n'y ait que ren- Does (a) » contre fortuite. Il est piquant toute- Croquis à Luphe
» fois de noter ceci : si James Ensor rappelle quelque peintre, c'est » parmi ses cadets, parmi ceux qui innovent et préparent l'avenir et » non point parmi ses aînés qu'il le faut chercher. Il n'est pas de » ceux qui imitent ; il est de ceux qui découvrent. Il est plutôt d'accord » avec ceux qui viennent, qu'avec ceux qui sont venus. Si bien que ses » toiles qui datent de vingt-cinq ans recèlent toute la fraîcheur et la
» surprise des œuvres d'aujourd'hui ».
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Squelettes musiciens (1888).
Dessin.
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Rencontre fortuite ? Coïncidence ? C'est possible ;' c'est peu vraisemblable. Il-faut un rien pour qu'il y ait contagion d'idées, pour que les affinités existant entre deux êtres sympathisent et se développent. J'ai vu naître ainsi un des plus beaux recueils de poèmes de la littérature contemporaine, un des plus originaux — ce qui paraît plus incompréhensible — de la lecture de deux vers de Verlaine. En peinture, en sculpture, une simple reproduction, si minime et si incomplète soit-elle, pourvu qu'elle révèle une beauté nouvelle, peut aller au loin, allumer l'étincelle qui éclairera soudain, aux yeux de l'artiste hésitant, des aspirations similaires mais encore endormies au fond de sa personnalité. N'at-on pas vu George Minne dont l'œuvre était relativement peu nombreuse et dans tous les cas très peu connue, influencer toute la statuaire germanique ?
Qu'importe d’ailleurs pour Ensor qu'il en soit ainsi ou autrement. Les dates sont là qui témoignent de ses anticipations. Si sa maîtrise a été moins constatée, si la lignée de ses disciples semble interrompue, il le doit principalement à la déroute qu'il ne cessait de jeter dans leurs rangs, en se renouvelant, en brûlant, en apparence, ce qu'il avait adoré la veille, en multipliant à l'extrême la complexité de ses visions.
« La mobilité, l'inquiétude, la vacillation de sa nature, constate » Emile Verhaeren, expliquent à la fois les recherches fiévreuses, les » pas en arrière, les brusques progrès et les soudains reculs, en un mot » tous les changements et aussi toutes les inégalités de son art. Après
"» un tableau clair, il rétrograde vers un tableau sombre ; après un » dessin de caractère il commence un dessin atmosphéré, après une » eau-forte toute en délicatesse il burine un cuivre comme avec des » clous. Il est tumultueux et abrupt dans mainte composition ; le » développement continu ou symétrique des lignes ne l'inquiète guère ; » il procède par à-coups ; il étonne plus souvent qu'il ne charme. Il fait
» preuve de maladresse et il est loin de bannir de son art le dérèglement
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» et le chaos. Il ne tient jamais en place et souvent il ne tient pas même » sa place ».
Georges Lemmen à son tour appelle l'attention sur «la complexité d’allures, la diversité d'aspect de ce talent singulier où le grotesque
se mêle si étrangement au sérieux, le fantastique au naturel, l’ignoble
» à l'exquis. Sans doute un spectateur superficiel n'y verra-t-il que
désordre et incohérence ».
Et voici qu'à notre curiosité se présente naturellement le problème que constitue, dans son ensemble, l’œuvre de James Ensor. Comment un artiste aussi complexe, aussi désordonné, aussi contradictoire même, a-t-il pu imprimer à chacune de ses créations ce caractère d’intense personnalité que nous y découvrons dès le premier contact et qui en fait d'ailleurs le vivace attrait ?
C'est que son œuvre est faite tout entière de ses passions. Elle est le fruit de l'amour, de la haine, de la colère, de tous les sentiments qui l'ont fait agir.
I la tire de sa vie intérieure, la seule qui semble avoir réellement compté pour Ensor. Et, devenant ainsi l’histoire d’un homme, elle aura cette unité qui est une des conditions du génie. Elle sera vivante, c’està-dire remplie de ses rapports avec les hommes, et faite pour nous émouvoir, parce qu'humaine. Elle atteint et impressionne toutes nos sensibilités. Joie, douleur, beauté, laideur, ironie, colère, mépris, l'artiste use de tout et met en tout ce qu'il crée un rayon de son âme. L'homme ne s’est point effacé sous une froide esthétique; ses travaux sont les jeux de sa pensée, jeux de dieu, parfois, qui voit en beauté et en lumière, jeux de félin aussi qui griffe et mord; souvent les deux à la fois.
Oui, c'est parce qu'elle est tout entière empreinte de ce caractère de confession sincère, parce qu'elle est l’histoire d'un homme, que l'œuvre d'Ensor est si captivante et, jusqu’en ses moindres croquis, si
palpitante d'intérêt.
Pourtant quelle existence plus banale que la sienne! Et l'on se demanderait comment, dans sa monotonie, elle a pu communiquer à l'œuvre une telle flamme, si l’on ne savait que les événements en furent tous d'ordre psychologique. Les déboires ont déterminé l'évolution de
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