AU MUSÉE MODERNE
Au musée moderne un remaniement sérieux s'impose.
Dans cette boîte à myopes signalée comme repaire d’iconoclastes, les placeurs extravagants entassaient minutieusement les œuvres les plus disparates. Règne du bon plaisir. Débordement géométrique de paysages oseillés. Sarabande saugrenue de personnages frigides. Aspect désordonné ou étriqué. Placement singulièrement banal. Déplacements clandestins. Lacune de ci. Pléthore de là. « Favorisons ou sacrifions ». Belle devise des ex-placeurs mélassiers et débridés.
Un remède s’il vous plaît ?
Les œuvres d'artistes des mêmes écoles devraient être rassemblées.
Il ÿ aurait une salle par période décennale. Exemple :
1820. — Paelinck, Odevaere, Ducq, Mol, François, Duvivier, Van Huffel, Faber, Cels, Cogels, Du Corron, Van Assche, Herreyns, Van Brée, Lens, Ommeganck, etc., etc.
1830 — Wappers, Navez, Mathieu, H. Dillens, Marinus, Philippe Van Brée, Verboeckhoven, Schaepkens, De Jonghe, Delvaux, M'e Fanny Corr, Wiertz,.ete.setc.
1840 — Gallait, De Keyser, De Biefve, De Caisne, Sligeneyer, De Block, Dyckmans, Francia, Lehon, Musin, Somers, Génisson, Madou, Leys, Lies, etc., etc.
1850. — Fourmois, Robert, Robbe, Kindermans, Quinaux, Robie, Willems, Hamman, Stallaert, Verlat, Thomas Guffens, Van Moer, M°° O'Connell, Swerts, A. Dillens, Van Lérius, Canneel, Hendrickx, Wittekamp, etc., etc.
1860. — Portaels, Stevens, Smits, De Winne, De la Charlerie, Lambrichs, De Groux, Dubois, Artan, Boulenger, Verwée, Clays, Stobbaerts, Van Camp, Rops, H. De Braekeleer, etc., etc.
1870. — Wauters, Hermans, Hannon, De la Hoese, Terlinden, De Jonghe, Speeckaert, Heymans, Baron, Rosseels, Goethaels, M'e Beernaert, Hennebicq, Van Hammée, Agneessens, (Coppieters, Verhaeren, Asselbergs, De Vriendt, Marie Collart, Le Mayeur, Louise Heger, Hagemans, Toussaint, etc., etc.
1880. — Meunier, Mellery, Verheyden, Sacré, De Lalaing, Frédéric, De Greef, Marcette, Khnopff, Pantazis, Lynen, Claus, Courtens, Verstraeten, Vogels, Toorop, Gilsoul, Baertsoen, Delsaux, Dierickx, etc nee.
1890. — Les impressionnistes.
1900. — H. De Groux, Delville, Fabry, Ottevaere, Ciamberlani, Coppens, Dardenne, Levêque,; De Gouve de Nuncques, Hannotiau, Doudelet, Delaunoy, Me Calais, Lemmen, Mi: Heyermans, Laermans, etc., etc. |
Quelques questions mélancoliques.
Pourquoi le musée est-il fermé aux œuvres des maîtres belges de
l’école de David? Citons les fondateurs du Musée de Bruxelles :
SHJIANUNO LH SHAANOO SANDOIT ‘SASANANIIV
Paelinck, Odevaere, Bosschaert et le gros Suvée, directeur de l'école de Rome en 1792.
Respectez les écoles éteintes !
Pourquoi certaines toiles disparaissent-elles du musée ? Mentionnons une marine de Francia, etc., etc.
Les disparitions devraient être signalées.
Les artistes de la dernière heure méprisent souverainement les œuvres de leurs prédécesseurs immédiats. La distance rapproche heureusement les écoles. Les membres de la commission sont désignés pour signaler les abus, pour sauver de l'oubli les artistes remarquables. Grave responsabilité.
LES SIX PEINTRES BELGES DONT LA MAÎTRISE S'EST LE MIEUX AFFIRMÉE ENTRE 1830 ET 1900 (1)
« Quels sont les six peintres belges dont la maîtrise s’est le mieux affirmée, entre 1830 et 1900 ? » C'est là une question grave, demandant grosse réponse, aiguisée d'imprévu.
Le prodigieux David disait aux rapins et aux suiveurs de son école : « N'est pas Boucher qui veut ».
Mais j'entends répondre en citant d'abord maître F. Simonau, peintre admirable, précurseur incontesté de nos grands coloristes, tels Louis Dubois, Charles Dégroux, etc., ete. De lui, au musée de Bruxelles, un portrait d'homme, pur chef-d'œuvre. Encore, en première ligne, l'excellent père Navez, jadis tant dénigré. Je loue sans réserve son « Groupe de la famille de Hemptinne» joyau du Musée de Bruxelles, peinture candide, auréolée de grâce ingénue. Admirons ce grand
(x) Réponse à l’enquête du journal « Pourquoi-Pas ? » (1920).
maître. Les réactionnaires de demain sauront l'honorer et le défendre inlassablement.
Puis, Jean Portaels, l’éducateur de nos beaux peintres modernes, artiste d'exception, maître absorbeur, flaireur constant de féminités parfumées et de mollesses charmantes. L'œuvre marquante du peintre des flirts passionnés et des tendresses élégantes des filles de Loth et de Sion, « Une loge au théâtre de Pesth, » demeure sympathique en dépit des années.
Léon Philippet, coloriste acide, virtuose brutal, un tantinet précurseur de quelques gros peintres avancés ; peintre incomplet, corsé d’âpreté.
En P. Pantazis, gréco-belge, mais bien nôtre, je salue sans arrièrepensée le poète subtil des finesses perlées d'opales irisées.
Enfin, Verdyen, le père méconnu de nos luministes notoires ; peintre antivulgaire, infiniment charmeur.
Hélas ! trois fois hélas ! ! ! suprême injustice ! les organisateurs de l'exposition rétrospective des chefs-d'œuvre de l’école belge (1) n'ont pas songé aux beaux peintres en question : noire ingratitude ou oubli impardonnable, légèreté lourde ou imprévoyance insigne ! Protestons sans répit ! Condamnons les complaisances débridées, tout comme les sévérités outrées.
Et j'étale à nouveau au groin sensible de certains croquants ma vieille devise: «toujours jeune», cette fois doublement poivrée ou moutardée d’ironie, et je clame et reclame: «Les suffisances matamoresques appellent la finale crevaison grenouillère! et hurrah! pour Simonau, Navez, Portaels, Philippet, Pantazis et Verdyen, les six grands peintres méconnus ! »
(1) Anvers, Mai-Septembre 1920.
P.S. — J'aimerais, pour former la douzaine classique, ajouter le grand Wiertz et certains coloristes somptueux, les perles de notre école: Louis Dubois, Eugène Smits, H. Boulenger, Ch. Degroux, H. De Braekeleer ou H. Leys, Jan Stobbaerts, Artan, Rops, Huberti, Dewinne,
peintres heureux, marqués de vaillance et de belle envergure.