Summer, 461, 2. — 2. Jbid., 475. — 3. Ibid
écossais !, — Voici le moment d’aller pêcher la truite. « Main- € tenant que le premier et trouble torrent des ruisseaux grossis « par les pluies du printemps s’est écoulé, quesur leur lit coloré € par les mousses descend l’écume blanchissante de leurs flots, « maintenant que l’eau encore brune et sombre favorise la ruse « du pêcheur?. » Le poète a vu aussi : « le ruisseau capricieux « et sauvage qui dans un vallon où croissent les coudriers tombe «avec un bruit rauque de rocher en rocher * ». — Il a vu les terreurs de l’inondation : « le déluge ne cesse de s’accroitre ; « les champs disparaissent noyés et nivelés sous le flot impur. «En peu de temps les fossés s’emplissent, les prairies sont «inondées. Du haut des montagnes, d'innombrables ruisseaux «se précipitent rouges et mugissants, et soulèvent la rivière « bien au-dessus de son lit. Alors le flot tumultueux renverse «et roule pêle-mêle bœufs, moutons, moissons, chaumières et « villageois; tout ce que le vent avait épargné, l’affreuse inon- « dation le ruine en un moment‘. » — L’ « Hiver » nous fournit encore une magistrale description d'un cours d’eau et des caractères opposés qui marquent successivement son COuUTS : « La rivière, grossie de maint torrent, et charriant pêle-mêle « les ruines de ses rives, finit par répandre au loin, hors de « son lit, ses flots gonflés et rapides : irrésistible, rugissant et « effrayante elle descend des montagnes sauvages et des vallôns « déserts, et se précipite parmi les rochers abrupts, avec un € fracas retentissant. Puis sur la vallée sablonneuse elle s'étale « lentement, calme, paresseuse et muette; jusqu’à ce que de « nouveau, resserrée entre deux hauteurs rapprochées, elle « s’élance dans le défilé, où les rochers et les bois surplombent « son courant bourbeux; et là, d’une force triplée, là, rapide « et profonde, elle bout, tournoie, écume et passe comme un « tonnerre Ÿ. » Mais l’hiver finit par enchaîner toute cette violence : & Vers le soir une bise glacée, venant de différents € points, souffle sur le marais et le couvre d'une pellicule « bleuâtre; elle arrête, au milieu de sa course, le ruisseau « frémissant. La glace détachée, charriée par le courant et à « demi dissoute pendant le jour, ne fait plus entendre aucun « bruit, mais se soude à la rive couverte de roseaux, ou
1. Summer, 590-606. — 2. Spring, 318-383. — 3. Autumn, 610-612. — 4. Ibid., 334-342. — 5. Winter, 94-105.
es
€ S’amasse autour de quelque pierre pointue et forme un € pavage de cristal que le souffle de l’air cimente solidement, € jusqu’à ce qu'enfin, prise d’une rive à l’autre, la rivière € emprisonnée gronde sous la glace !. » Et quand, après la nuit écoulée, le poète nous montre l’œuvre de la gelée, nous voyons « la cascade muette dont le torrent impuissant semble, et semble seulement, rugir; le glaçcon suspendu, le travail « délicat du gel, où apparaissent des teintes fugitives, et « d’imaginaires figures; le ruisseau figé dont le flanc de la «€ montagne versait le flot abondant et qui, au matin, n’est € plus qu'une traînée livide réfléchissant une froide lueur ? ».
Indépendamment de ces descriptions détaillées, combien d'observations délicates pourraient être relevées, comme celle de « cette vapeur qui monte, au matin, au-dessus du cours « d’eau bleuâtre * », ou celle des jeux de la lumière sur l’eau mouvante ‘; ou la note terne et sombre que met la rivière sinueuse au milieu de l’éblouissante blancheur de la neige *.
Enfin le poète nous parle aussi des fleuves d’autres continents que le nôtre : le Nil auquel il consacre dix-neuf vers ‘; le Niger, le Méinam et l’Indus ?, et ces fleuves monstrueux du Nouveau Monde, l’Orénoque, l’Orellana, la Plata &« dont les « flots pressés roulent fièrement vers la mer. La mer vaincue, « refoulée par ce choc, cède à la pression de cette masse liquide « versée par une moitié du globe; et l’océan tremble pour son « vert domaine ‘. »
Il est des occasions où l’emphase est moins admissible que dans une description du conflit de ces masses prodigieuses. Mais ce n’est pas dans ces traits d’une rhétorique habile qu’il faut chercher le meilleur du talent de Thomson. C'est dans les notations vives, pittoresques, véridiques et si nombreuses des cours d’eau d'Angleterre, qui donnent aux « Saisons » quelque chose de la fraîcheur de ses vallées natales de la Tweed ou du Jed.
1. Wüinter, 120-731. — 2. 1bid., 148-153. — 3. Summer, 56. — 4. Ibid., 89-90, 161-462. — 5. Winter, 234, 235. — 6. Summer, 803-821. — 7. Jbid., 822-831. — 8. Ibid., 832-859.
Forêts, bois, arbres.
«O vallons et bois sauvages! Dans cette tombe repose votre druide. » C'est ainsi que se termine l’ode touchante inspirée à Collins par la mort de son ami. Thomson, en effet, mérite d’être appelé le poète des bois s’il suffit de constater que, de toutes les scènes naturelles, il n’en est pas qu’il ait paru plus aimer, ni dont le souveuir apparaisse plus souvent dans ses vers. Il n’est pas une des « Saisons » où les forêts ne soient maintes fois mentionnées. Évidemment les scènes de son enfance, les restes majestueux d’une ancienne opulence dont se paraît encore « la vallée sylvestre du Jed ! », lui ont laissé au cœur l’amour des bois ?. Et cependant il faut bien noter qu’il ne nous en donne pas de descriptions expresses, à mettre à côté de ses « ciels » ou de ses « ruisseaux ». Jamais il ne fait poser devant lui la forêt comme un modèle isolé. Elle figure toujours dans l’ensemble de ses tableaux, comme liée aux autres manifestations de la vie de la nature.
Du reste les traits rapides où il en évoque l’image suffisent à nous faire sentir combien il en subit profondément le charme. Il la célèbre comme une des beautés de sa patrie, « la Calé- « donie aux forêts hautes, robustes, incultes, immenses, plantées € par la main de la nature* ». — Il en connaît et en comprend tous les aspects. Quand la verdure printanière s'étend successivement de la prairie humide à la montagne flétrie, il nous montre l’œuvre de la force vivifiante complétée au moment où € la forêt épanouie expose aux soupirs de la brise la pleine luxu- « riance de ses frondaisons, alors que les daims traversent les « fourrés épais qui bruissent, et que les oiseaux chantent invi-