‹ James ThomsonChapitre 105 sur 294 · Autumn · texte numérisé non relu

Autumn

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« sibles ! ». Il ne se lasse pas de noter au printemps ces voix de la forêt : murmure du vent, babillage du ruisseau, ou chant des oiseaux *. Et de même à l’automne, il remarque la riche beauté des feuillages multicolores : « Conduisez-moi dans les € avenues larges et vastes de Stowe. Je veux, Ô Pitt, m'y asseoir &« sous les pentes ombragées, et tandis que je jouirai du € bonheur de ton entretien, surprendre les derniers sourires « de l’automne illuminant les bois jaunis ÿ. »

Il n’en connaît pas moins les aspects imposants ou terribles. C'est là que se révèlent les présages de la tempête, soit à l’automne, quand, sous la chaleur étouffante, «les bois laissent à « peine deviner un mouvement sur leurs cimes qui frisson- « nent * », soit en hiver quand « dans les forêts soupire le triste « génie de l’orage * », et que «des montagnes où bruissent les « forêts, vient une voix dont l’accent solennel invite le monde « à se préparer © ». Et quand la tempête « se précipite impé- « tueuse sur la terre qui résonne, la forêt, ébranlée jusqu’en « ses racines, se penche et répand une averse de feuilles bruis- « santes 7 ». — Plus énergique encore est la description, quand l'hiver vient ajouter son horreur à la scène. Alors « quand « la tempête déchaînée fait rage, les fils robustes de la mon- « tagne se courbent jusqu’au niveau des rochers qu'ils abri- « tent, la forêt enracinée se creuse en vagues profondes, et « secouée, répand tout ce qui reste encore de sa parure flétrie ; « ses membres gigantesques sont par la fureur acharnée du « vent arrachés et jetés épars sur le sol © ». — Le poète a vu aussi la forêt sous la neige, mais il n’a pas décrit le merveilleux spectacle. D’un seul mot il note « la forêt inclinée sous « l’amoncellement des flocons ? ».

Il revient au contraire souvent et abondamment aux aspects riants des bois. Si une pluie de printemps verse sa fraicheur à la terre, « l’ondée glisse et c’est à peine si le bruit des « gouttes est entendu de ceux qui se promènent dans les allées « de la forêt, sous l’abri des feuilles serrées et innombrables !° », — Plus précieuse est cette protection quand l'été a établi sur le monde son empire brülant. & Alors je fuis à l’abri des

4. Spring, 90-94. — 9. Jbid., 197-201. — 3. Autumn, 1048-1053. — 2. 1bid., 3143-64. — 5. Wänter, 66, 61. — 6. Ibid., 151, 152, — 7. Autumn, 319- 321. — 8. Winter, 115-184. — Voir aussi 1bid., 15, 16. — 9. Ibid., 154, — 10. Spring, 116-178.

« futaies où à peine un rayon de soleil vient s’égarer dans « l'ombre. Là sur le gazon d’un vert sombre, près de la berge « de quelque ruisseau enchanté qui roule sur son lit de pierre « et baigne les racines d’un chène, je m'étends à l'aise !. »

Rien de plus sincère que ces descriptions. Rien de plus véritablement senti que ce charme de l’ombre et de la fraicheur. Dans l’ «Eté » le poète ne se lasse pas de l’exprimer. « Trois « fois heureux celui qui, sur le versant abrité d’une montagne « pittoresque couronnée de bois, se couche sous l'abri de « l'ombre épaisse *. » — « Salut, ombrages! salut, taillis et « bosquets!.. Votre ombre est à notre cœur délicieuse comme « l’est au cerf blessé la fontaine jaillissante ou la rivière qui « coule à pleins bords et baigne ses flancs haletants..….. Vous « versez dans nos veines fraicheur, plaisir et repos; le cœur & alors bat joyeux; l'œil et l'oreille détendus et ranimés « reprennent leur office; les nerfs retrouvent leur force, et la « vie court rapide dans les membres plus légers Ÿ. » — Et plus loin encore : © Puissé-je m'asseoir à la lisière du bois « mouillé de rosée, à la pleine fraicheur de l’air humide! là, « sur ce rocher creusé, de forme étrange et fruste, qui m'offre « un large siège tapissé de mousse et qu'abrite un ombrage € fleuri ‘!...»

Si complaisamment que notre épicurien revienne à ce charme sensuel de l'ombre et de la fraicheur, il n’en est pas pour cela moins sensible à l'impression profonde et caractéristique de la beauté des forêts. Il en a éprouvé la mélancolie pénétrante, et nous la montre subie également par le jeune homme amoureux, par le sage et le philosophe, et par l'artiste occupé des aspects extérieurs des choses. « L'amant inquiet fuit « sous ces ombres traversées de lueurs, dans cette obscurité « sympathique à son âme, où des arbres suspendent pittoresque- « ment au-dessus de la cascade leur ombrage brun ?. » — «Je « veux m'enfoncer dans la nuit profonde de ce bois aux arbres « sauvages et puissants, qui, formant haut dans l'air un « chœur sylvestre, agite ses cimes au-dessus de la montagne, A « chaque pas que je fais, solennelles et lentes les ombres tom- « bent plus noires et je me sens entouré d’une obseurité

£: Spring, 9-13. — 2. Summer, 458-460. — 3. Jbid., 469-479. — On peut voir encore Jbid., 165-769. — 4. Ibid, 622-627. — 5. Spring, 1024- 1027. JR

« auguste et anxieuse. Là est la retraite de la méditation !, » — C'est surtout à l'automne que les paysages sylvestres revêtent ce caractère de mélancolie. Ni l’aspect riant dont les pare le soleil, ni les tons splendides que prodigue dans les feuillages la palette de la nature ne lui laissent oublier que cet éclat précède de peu de temps les tristesses de l’hiver. € Voyez les € mille couleurs des bois qui se flétrissent; leurs teintes de € plus en plus foncées brunissent la campagne à l’entour ; ils « forment un ombrage épais, sombre et brun, où se rencon- « trent toutes les nuances, depuis un vert pâle et fugitif, € jusqu’à un noir de suie. Et maintenant, d'une voix murmu- « rante, ils attirent la muse solitaire, dans leurs allées jon- « chées de feuilles ?. » — « Voici que les feuilles, tombant « sans cesse avec bruit du bocage en deuil, font tressaillir les « promeneurs studieux et dans l’air agité tournoient lente- « ment. Mais si une brise plus rapide vient à gémir parmi les « rameaux, le déluge de feuilles se déverse, masquant le ciel, « jusqu'à ce que, étouffées sous l’épais tapis que leur fait cette « triste averse, les avenues de la forêt, à chaque vent qui « s'élève, roulent au loin cet amas flétri et fassent entendre « un sifflement lugubre *. »

Enfin, sans s'arrêter, là non plus, à des descriptions précises et détaillées, le poète a enregistré les caractères par lesquels se

distingue la végétation des tropiques violente et inépuisable

comme les forces naturelles qui l’alimentent : « Forêts majes- « tueuses où éclatent toutes les vigueurs du vert, et dont les « assises superposées ondulent sur les montagnes, ou s’étalent « énormes jusqu à l’horizon lointain; immensité sans limites « d’ombre épaisse. Là des arbres élevés, inconnus aux poètes « d'autrefois, des géants, nobles fils d’une chaleur puissante « et des eaux que déversent les nues, dressent vers le ciel leurs « troncs épineux, et loin autour d’eux répandent, au milieu « du jour, l’obscurité *. »

1. Summer, 516-522. — 2. Autumn, 950-955. — 3. Ibid., 989-997.

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