Connubial leagues », Spring
"ON, CONTE Nr 7,
la puissance variée du pinceau du maître ‘. Du même ton rude et sombre est ce passage de l € Hiver » qui nous montre les loups chassés par la neige de leurs repaires et descendant jusque dans les plaines, en troupes nombreuses, € osseux, maigres et farouches », pour attaquer les troupeaux et les hommes, ou parfois pour chercher dans les cimetières une horrible pâture ?. — Il faudrait mentionner encore les vers, souvent fort beaux, toujours fidèles et imprégnés d’une sincère émotion, où le poète suit les pauvres bêtes harcelées et tuées pour le plaisir cruel de l’homme. Les traits d'observation pénétrante abondent dans ces descriptions de la perdrix *, du lièvre “, du cerf ÿ ou du renard. Il ne faudrait oublier, pour tout rappeler, ni les hirondelles 7, ni les cigognes voyageuses f, ni ces myriades d'oiseaux qui peuplent les Hébrides ?. — « La muse », selon les paroles du poète, « ne dédaigne pas non « plus les tribus bourdonnantes des créatures menues de l’été. « Elles vivent dans ses chants et vibrent parmi ses vers !°. » L'auteur en effet sait quel rôle important est dévolu à ces êtres minuscules. Il nous parle d’eux longuement, soit pour constater le mal qu’ils peuvent faire au laboureur ‘, soit pour nous signaler leur beauté, nous faire assister à leur éclosion, ou montrer leur vie, leurs dangers, leurs ennemis . Historien impartial il énumère et évoque devant-nous aussi bien les vertus et le charmant labeur de l’abeille , que la cruauté et la tâche meurtrière de l’araignée !*.
Thomson est un observateur trop exact pour ne pas remarquer cette harmonie qui, en chaque climat, donne à la faune du lieu un caractère nettement approprié aux aspects visibles du pays. Un grand nombre de ses mentions d’êtres vivants ont pour effet de compléter et de préciser le caractère de ses paysages en les animant par la présence des êtres gracieux ou terribles, redoutables ou bienfaisants à l’homme, que la nature y a placés. S'agit-il de nous transporter sous le ciel brûlant de l'équateur”? le poète nous y montre « ces oiseaux au plumage « éclatant qui, sous les hauts ombrages des cours d’eau sinueux,
4. Spring, 188-829. — 2. Winter, 389-414. — 3. Autumn, 360-378. — 4. Ibid., 401-425. — 5, Ibid., 426-451. — 6. Ibid., 470-492. — 7. Ihid., 836-848. — 8. Ibid., 849-861. — 9. Ibid., 862-870. — 10. Summer, 236-238. — A. Spring, 119-135. — 12. Summer, 241-266, et 291-317. — 13. Spring, 507-514. — 14. Summer, 267-280.
« brillent comme des fleurs animées ! ». Dans ces solitudes «€ où « ne se voient que les troupeaux sauvages qui ne connaissent « point l’écurie d’un maître ? », nous apercevons, € à demi « caché dans l’herbe épaisse, et semblable à un cèdre abattu, « le crocodile enveloppé d’écailles verdâtres * ». De l’eau de ces fleuves prodigieux émerge la tête monstrueuse de lhippopotame ‘, et, dans l'épaisseur des forêts sombres, l’éléphant énorme s'appuie contre un arbre séculaire *. — Cette nature est cruelle autant qu’elle est puissante ou vivement colorée, et le peintre n'oublie ni ces fauves ni ces serpents qui semblent avoir en eux quelque chose de l’ardeur meurtrière dont le soleil accable ces régions 5. Le désert et ses tempêtes ne nous sont pas décrits sans que sur l'immense étendue nous voyons le chameau, « ce fils du désert, sobre et patient ? ». — Et la peinture même de la mer déchainée reçoit un complément d'horreur quand le poète nous montre le requin suivant le négrier, € attiré par l'odeur des multitudes pressées, de la « maladie et de la mort », jusqu’au moment où, parmi les victimes du naufrage, & il s’enivre de carnage, broyant les « membres et rougissant la mer de sang © ».
Nous savons qu’à une autre extrémité du monde le poète a voulu évoquer devant nous les scènes non moins grandioses des paysages septentrionaux. Là encore, au milieu des neiges et des glaces, la vie palpite, et nous voyons dans le poème tous ces êtres que la nature a enveloppés d’une fourrure protectrice : les hermines, les martres et cent autres animaux aux pelages précieux. Puis ce sont les élans serrés en troupeaux épais, et, sous les forêts de sapins, l’ours informe, occupant hideux de ces ombres ?. Ou bien, au contraire, près des sauvages tribus humaines qui parcourent ces régions désolées, nous trouvons le renne docile qui fournit aux Lapons « leurs tentes, leurs vêtements et leurs couches; toute leur
1. Summer, 133-138. — 2. Ibid., 704. — 3. Ibid., 106-108. — 4. Ibid., 109-715. — 5. Ibid., 116-121. — 6. Ibid., 896-938. — 7. Ibid., 965-967.
8. 1bid., 1013-1025. — Il y a dans ces quelques vers une singulière puissance. On peut les comparer aux pièces les plus heureuses où des poètes ont depuis tenté de nous faire pénétrer jusqu'à l’âme obscure qui meut ces forces effrayantes. Après avoir connu le requin de Thomson on est moins tenté de trouver une note poétique nouvelle dans des pièces telles que le Requin de Leconte de Lisle. À