‹ James ThomsonChapitre 152 sur 294 · LORS · texte numérisé non relu

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une émotion, pour ne rester qu’une grimace. Mais cette affectation même ne vaut-elle pas mieux encore que l'affectation d’une insensibilité où beaucoup croient prouver une force et une supériorité ? La raison avait eu son long règne. On avait vu les plus grands penseurs, en France, en arriver, par d’ingénieuses déductions, à nier chez les animaux toute faculté de sentir. Les philosophes anglais fondaient volontiers leur morale ou leur politique sur l’égoïisme ou sur les pires instincts, ceuxlà seuls leur semblant partie essentielle de l’âme humaine. Ce n’est pas une gloire méprisable pour Thomson que d’avoir, un des premiers, rappelé les droits du sentiment et protesté contre une véritable mutilation de la nature humaine. Nous avons connu depuis un autre goût et une autre attitude de grandes écoles littéraires. C’est peut-être pour nous une raison de voir avec plus d’indulgence l’émotion et même la sensiblerie de Thomson et des écrivains qui l’ont suivi. On peut trouver leur puérilité moins déplaisante et moins contraire à la vérité de l'âme humaine que l’irritante et orgueilleuse sécheresse de certaines écoles très modernes.

[IV Philosophie.

Nous avons dit que, dans les « Saisons », la représentation poétique du monde ne procède d’aucun système religieux ou philosophique. Il n’est pas moins vrai cependant que le poème renferme l'exposé d’opinions doctrinales auxquelles l’auteur attachait assurément une grande importance. Il était, depuis l’université, resté enthousiaste des hautes spéculations de la pensée. Les problèmes de la métaphysique se posaient devant lui non seulement à l’occasion de ces réflexions morales dont nous parlions dans les pages précédentes, mais aussi comme le terme de sa longue observation de l’univers matériel, II nous a dit lui-même quel charme il trouvait à poursuivre, avec quelques amis, la solution de ces grandes questions. Durant les

1. On peut lire sur ce sujet une page spirituelle de Ocrver WENDELL Hozues, dans The Poet at the Breakfast-Table, V, p. 125, 126.

loisirs des soirées d'hiver, on se demandait, dans la petite maison de Kew-foot Lane, « si la structure immense de l’univers fut tardivement évoquée du monde de la Nuit, ou si elle jaillit éternelle de l’éternel Esprit; quelle est sa vie, quels sont ses lois, son développement et sa fin * ». Thomson célèbre avec chaleur les beautéset les joies de la philosophie : elle défend les hommes éclairés de l’esclavage des superstitions, de la « foi mystique » et de « l’'étonnement aveugle »; elle leur assure les jouissances divines du savoir ?. Et, apostrophant la noble science elle-même, la « Philosophie sereine, source jaïllissante de vérité », il termine |’ « Été » par une longue énumération des bienfaits dus à ces efforts de l’esprit vers le vrai absolu, auxquels il rattache toute science, toute civilisation et tout progrées *

Quelle est donc la doctrine du poète? Il n’est pas très facile de lier à un système nettement précisé les nombreuses expressions qu’il donne successivement à sa pensée. Les professions de foi panthéiste abondent : « Quel est cet esprit puissant...? « Quel est-il, sinon Dieu, qui, esprit partout présent, énergie « incessante, pénètre, dirige, supporte et meut le monde « entier“? »y — «La Raison remonte jusqu’à Celui, Essence pro- « ductrice du monde, qui seul possède l’être *. » — « En toi, € Printemps charmant, et dans tes douces scènes, on voit le « Dieu souriantf. » — Le début de l’Hymne final est aussi très explicite : « O père Tout-puissant, toutes ces saisons, « dans leurs changements, ne sont que le Dieu manifesté « diversement. Tu remplis l’année dans ses révolutions. C’est & ta beauté qui s’avance dans le Printemps charmant, c’est « ta tendresse et ton amour ”, etc... » On comprend que des affirmations aussi catégoriques de la doctrine aient paru contraires à l’orthodoxie; que Lyttelton ait voulu atténuer la netteté de ces professions de foi; que Gibbon et Dugald-

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