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l’année suivante. Et c’est pour terminer avant son départ les œuvres entreprises que Thomson, en quelques mois, achève sa tragédie et livre à l’imprimeur la dernière partie de son grand poème. Son labeur de cinq années était couronné de succès : il avait acquis d’honorables et précieuses amitiés, et la renommée littéraire. Quant à la fortune, il pouvait l'espérer de la protection puissante de Talbot, appelé à occuper bientôt une des plus hautes charges de l’État.
Le nouveau précepteur se prépara donc à ce voyage avec une satisfaction que nous pouvons imaginer. Il allait réaliser un de ses plus vifs désirs. Il allait connaître l’indépendance, la vie affranchie des misérables soucis de la pauvreté, affranchie même de la nécessité du travail. Pas d’autre occupation, dans cette existence toute nouvelle, que de charmer ses regards de beautés sans cesse renouvelées et d’enrichir son esprit d'observations infiniment variées. Le jeune Talbot était pour lui un compagnon et un ami. [Il avait vingt ans; un mentor de trente ans était plutôt fait pour s’associer aux gaîtés de son élève que pour les réprimer. Tout le monde trouvait son compte aux dispositions prises. Sir Charles savait qu’il confiait son fils à un honnête homme, en même temps qu’à un esprit d'élite. Charles Richard Talbot appréciait chez son précepteur une bonté éprouvée et une bonne humeur communicative. Enfin Thomson se promettait les plus vives jouissances de cette expédition où une ample moisson d'observations allaient s'offrir aux deux hommes qu’il portait en lui : l'artiste épris des formes et des couleurs de la nature, et le philosophe moraliste curieux des problèmes sociaux.