‹ James ThomsonChapitre 246 sur 294 · Acte IV, sc, xx · texte numérisé non relu

Acte IV, sc, xx

sur l’autel », la prophétesse ajoute : « La vapeur qui y règne est celle des tombeaux ».

Thomson a fait perdre à ces paroles quelque chose de leur tragique épouvante en y ajoutant un long et faible développement. Mais il a eu l’audace de reproduire l’idée qu'expriment ces deux vers :

« Emportez-moi loin de ce palais ou plutôt de cet abattoir! € Il y règne une odeur de carnage, et l’on y sent une vapeur « affreuse, comme peuvent en exhaler les sépulcres béants. » Malgré l’emphase inutile, et les mots nobles (carnage, sépulcres béants) qui sont la marque de l'écrivain et du temps, la traduction conserve quelque chose du puissant réalisme et de l'horreur presque physique évoquée par le passage d’Eschyle. Cette intervention du sens de l’odorat en pareille occasion nous éloigne singulièrement des conventions, des bienséances, de la pointilleuse noblesse du théâtre classique au xvur° siècle. C’est plus haut, c’est au théâtre de la Renaissance anglaise et au génie de Shakespeare qu’il faut remonter pour trouver l’équivalent de cette association hardie d’une tragique émotion à une hallucination d’un sens inférieur. Par delà les siècles, à travers les civilisations diverses et les révolutions de l’art, Shakespeare rejoint Eschyle dans une même inspiration quand lady Macbeth sent l’odeur ineffaçable du sang sur la petite main que le crime a souillée ?.

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Les personnages de | « Agamemnon » anglais n’ont rien, nous l’avons vu, de l'énergie brutale des héros du vieil Eschyle. La tragédie anglaise se termine cependant comme l’autre dans le sang et les imprécations furieuses. C’est une nécessité du sujet choisi, ce n’est plus une conséquence naturelle du choc des caractères. La langue reproduit les anachronismes, les trahisons, et, on peut le dire, les contre sens de l’interpréta-

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Kaoävôpa. "Oyroros aruéc, Gonep èx Tépou, mpémer. (« Agamemnon », p. 71.) - 2, Macbeth, acte V, sc. 1, 56-58. Pr

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tion donnée par Thomson du drame eschylien. Le grand effort de son style est vers la majesté. Tout le monde doit parler avec noblesse; et ni dans les explosions de colère de Clytemnestre ou d'Égisthe, ni dans les fureurs prophétiques de Cassandre, les droits du beau langage ne sont oubliés. Voici en Bal termes le rois des rois, à son retour, salue sa femme : « O laisse- « moi te presser sur mon cœur palpitant qui veut prendre son « vol pour aller se confondre avec le tien ! ». Dès la première scène, Clytemnestre exprime, à grand renfort de prosopopées, ses angoisses et ses regrets. Dans un passage de douze vers elle apostrophe tour à tour les souvenirs de l’amour d’Égisthe, « sirènes perfides », la nature qui a mis dans les âmes humaines des forces opposées, et enfin la raison qui la torture. Les procédés familiers de la rhétorique sont mis en usage; mais surtout l’inversion, la suspension et la répétition des termes ?. Et enfin, dans cette recherche du style noble et du langage élégant Thomson arrive parfois aux pires excès du mauvais goût prétentieux. Cassandre prophétise l’assassinat prochain d’Agamernon. Il sera frappé pendant son bain « et bientôt le sang fera rougir l’eau innocente ? ».

En dépit de l'effort de l’auteur, le style ne se maintient pas toujours à cet état de noblesse soutenue. Cette tension continue fatigue le lecteur et sans doute aussi l'écrivain, Quand elle se relâche, le dialogue tombe à plat; et le contraste avec le ton général ajoute à la lamentable pauvreté des passages où le poète n’est plus guindé sur le cothurne. Par exemple, la confidente de Clytemnestre termine un passage de style aussi prétentieux que le veut le goût du jour sur un ton de bonhomie inattendu : « Sure, ’tis too much, my queen ‘ »; ou bien elle interrompt une pompeuse énumération des torts du malheureux Agamemnon par une parenthèse telle que celle-ci : « But that apart * ».

La dernière scène du 1° acte fait paraître devant Clytem-

de « O let me press thee to my.fluttering soul, That is on wing to mix itself with thine. »

(Acte sc)

72. Voir des exemples dans cle Lesc-usracte-ILssc; tn: acte JET, SC. 11; acte IV, sc. v; acte V, sc. 11, SC. var.

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