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«nos pièces anglaises ! car il semble que ce soient là de fort « dignes objets de sa française indignation !... »

Or, la préface de Brutus ne renferme aucune allusion à ce point particulier de critique. Ce n’est que plus tard, quand il publie la deuxième édition de Zaïre, que Voltaire énonce, dans sa deuxième Épitre dédicatoire à Mr. Falkner ?, sa désapprobation d’un usage alors constant chez les poètes tragiques de l’Angleterre. Thomson connaît donc, au mois de décembre 1730, des Opinions que l'écrivain français ne devait pas rendre publiques avant plusieurs années. Comment douter qu’il les ait recueillies de la bouche même de Voltaire? Dans le ton ironique avec lequel il parle de reproches auxquels son unique tragédie lPexposait autant que personne, il semble que nous retrouvions l’écho des conversations du brillant auteur de Brutus avec le poète anglais, tout empressé de venir l’entretenir de sa récente « Sophonisbe ».

Ils s'étaient du reste connus en Angleterre, avant que Thomson eût encore abordé la scène. Voltaire lui-même nous l’'apprend *. Il était arrivé à Londres, en mai 1726 ‘, au moment même où le succès de L’ &« Hiver » commençait à en rendre l’auteur célèbre. Curieux de connaître toutes les illustrations britanniques, il désira sans doute rencontrer le jeune poëte écossais. Les occasions ne lui manquaient pas. Venu en Angleterre comme l’hôte de Bolingbroke, le chef du parti tory,

1 « Paris, December 27, N.-S. 1730.

« M. de Voltaire's Brutus has been acted here seven or eight times with applause, and still continues to be acted.... Voltaire, in his preface, designs to have a stroke at criticism; and Lord have mercy on the poor similes at the end of the acts in our English Frot for these seem to be very worthy nn of his French indignation.

2, Everard Falkner ou Faulkner ait connu Voltaire à Paris et celui-ci trouva chez lui, à Wandsworth, près de Londres, l'hospitalité la plus gracieuse pendant une grande partie de son séjour en Angleterre. — La fortune de cet ancien négociant fait l’admiration de Voltaire (voir lettre à M. Thiériot du 1° sept. 1735). « Notre Falkener », comme l’appelle Voltaire, fut nommé ambassadeur à Constantinople, fut anobli, devint secrétaire du duc de Cumberland et l’un des Postmasters-General. Il épousa en 1147 une fille du général Churchill, et mourut à Bath le 16 novembre 1758.

3. En 1150, Lyttelton avait envoyé un exemplaire d’une édition nouvelle des œuvres de Thomson à Voltaire, et celui-ci dit en répondant : « I was acquainted with the au when I was in England ».

4, Probablement le À < du mois, selon les ingénieuses conjectures de

Mr. J. Churton Collins, lost le travail, très nourri et très intéressant, sur le séjour de Voltaire en Angleterre, nous a beaucoup servi.

il voulut s’assurer sans retard une amitié puissante dans le parti politique opposé. Il s’adressa à Bubb Dodington pour qui Horace Walpole l'aîné, alors ambassadeur à Paris, lui avait donné une lettre de recommandation. Il profita plus d’une fois de la libérale hospttalité d'Eastbury. C’est là qu'il se lia avec Young d’une amitié durable. Il s’y trouvait en 1727 et y rencontra très probablement Thomson ! qui, cette même année, dédiait l’ « Été » à Dodington.

La maison de Pope à Twickenham, près de Richmond, est encore une de celles où Voltaire et Thomson purent se trouver réunis. Dès le mois d'avril 1724, Pope exprimait son admiration pour la Henriade?, et il semble qu’une correspondance se soit dès lors engagée entre les poètes °. Voltaire alla rendre visite à son illustre confrère dès qu’il fut en Angleterre, et plusieurs récits nous ont été transmis de l’entrevue de ces deux royautés littéraires. Il est vrai que, dans ce cas, comme pour plus d’un autre événement historique, les trois comptes rendus diffèrent totalement ‘. Voltaire en tout cas resta un visiteur assez assidu de Pope *, et eut plus d’une occasion de voir chez celui-ci l’auteur des « Saisons ».

Chez lord Chesterfield, dont il trouvait l’ordinaire trop cher,

1. C’est aussi la supposition à laquelle s’arrête l’auteur d’un volumineux ouvrage sur le séjour de Voltaire en Angleterre, Vollaire's Visit to England, 1726-1729, by ArcHiBazp BALLANTYNE, London, 1893.

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