‹ James ThomsonChapitre 33 sur 294 · DORE RAT UT · texte numérisé non relu

DORE RAT UT

semble donc plus probable que Dodington, qui avait été, avant Lyttelton, un des secrétaires du prince de Galles !, lui présenta et lui recommanda le poète.

Quoi qu'il en soit, le nom de l’héritier du trône ne garantit point le poème complet d’un insuccès que présageait la froideur des lecteurs pour les premières parties. Le zèle des critiques amis, qui avait ouvert les yeux du public aux beautés des « Saisons », n’eut plus cette fois la même vertu. C’est en vain que Hill professe pour le nouveau poème une admiration enthousiaste. On se refuse à acheter l’ouvrage malgré « la « grandeur de la conception, la noblesse, la profondeur et « la richesse des sentiments; la force, l’élégance, l'harmonie, « l'énergie vivante, et l’exacte propriété de l’expression ? ». Le libraire a eu beau restreindre le tirage, il ne peut écouler le livre. Thomson eut alors la générosité d’annuler le traité de vente déjà conclu. Le passage d’une lettre à Hill où il mentionne son échec et son haut fait, avec une bonne grâce souriante, est un des plus heureux de sa correspondance.

« ....Je vous avoue que je trouve une juste fierté, un grand « plaisir et la plus agréable des récompenses dans la bonne « opinion que vous avez de mon poème. À ce propos, permettez- « moi de remarquer que, si les poètes sont depuis longtemps « habitués à ne guère tirer de leurs travaux que ce bénéfice « vraiment spirituel, je soupçonne fort d’autre part que les « libraires n’ont aucune sorte de goût pour ce genre de rému- « nération. Je songe donc (bien que les mânes de maiïnt auteur «errent encore sans vengeance) à annuler le traité que j'ai «conclu avec mon éditeur. Sinon, il se trouverait perdre une

au prince avant d'être lié personnellement avec lui. Mais il serait surprenant que ce service rendu n’eût pas amené une rencontre des deux hommes avant plusieurs années, alors surtout qu’ils avaient divers amis communs. Lyttelton était lié d'amitié avec Pope au moins depuis 1728,

1. Lyttelton avait pris cette fonction après la démission de Mr. James Pelham, le 46 août 1137. É

2. « I do not know a pleasure [ should enjoy with more pride than that of... exerting the critic on your poem; in considering it first, with a view to the vastness of its conception, in the general plan; secondly, to the grandeur, the depth, the unleaning, self-supported richness of the sentiments, and thirdly, to the strength, the elegance, the music, the comprehensive living energy, and close propriety of your expression. [look upon this mighty work as the last stretched blaze of our expiring-genius.... » (Lettre du 17 février 1735. The Works of A Hizz, p.271.) ;

somme considérable pour le papier, l’impression et la publication de « La Liberté » ’.

Et le poète mit à exécution sa chevaleresque intention en dépit des remontrances de Hill qui déclarait qu'un pareil acte de générosité demeurerait célèbre et rendrait éternelle la honte de la nation qui négligeait ce poème sublime.

La résignation de Thomson s’explique sans doute par l’état prospère de sa situation à ce moment. Nous voyons, dans les lettres de Hill, quel important personnage est devenu cet auteur qui, peu d'années auparavant, regardait l’obligeant critique comme une si auguste puissance. Tous deux s’accordent à médire de la scène anglaise, et à condamner le goût du public, des auteurs, et des acteurs. Tous deux cherchent un remède au mal. Thomson propose de faire du théâtre une institution publique. Il trouve absurde que l’école où se forment les mœurs puisse être la propriété de particuliers ?. Hill songe à un moyen moins radical, et voudrait voir établir une Académie tragique. Il se déclare prêt à courir seul les risques pécuniaires de l’entreprise, pourvu seulement qu’il obtienne lappui moral de quelques grands personnages; et il demande à Thomson, dont il connait les hautes relations, si le projet pourrait recevoir le patronage du prince de Galles *. Le prince refusa l’appui sollicité, et Hill abandonna son projet,

1. « I will avow that I am justly proud of, charmed with, and most agreeably rewarded by your good opinion of my poem. Allow me here, by the bye, to remark that, though poets have been long used to this truly spiritual and almost only emolument arising from their works, yet I doubt much if booksellers have any sort of relish for it : I think, therefore (notwithstanding that the ghosts of many authors walk unrevenged), of annulling the bargain I made ‘with mine, who would else be a considerable loser by the paper, printing, and publication of Liberty. » (Lettre à Hill du 11 mai 1736.)

2. « Was there ever an equal absurdity heard of, among a civilized people? that such an important public diversion, the school which forms the manners of the age, should be made the property of private persons... » (Lettre à Hill du 23 août 1735.)

3. « Ï could hasard the expense of a trial, without any subscription or other support than the countenance of a dozen or two of untaxed encouragers, properly chosen, great names... » (Lettre de Hill à Thomson du 5 sept. 1735), citée par T. Davies, Life of Garrick, t. I, p. 143.

Il y avait plusieurs années que l’idée préoccupait Hill, ce fécond faiseur de projets. Il entretient longuement un Mr. B. de cette institution d’un « Conservatoire » dans une lettre du 31 août 1733. (The Works of Hi, p. 194.)

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fort heureusement, car il est probable que sa ruine en eût été hâtée de plusieurs années.

La question des droits et des intérêts des auteurs est aussi une de celles qui tiennent une grande place dans cette correspondance. Dans une lettre du 20 mai 1736, Hill, répondant à son ami, s'exprime ainsi : € PIût à Dieu que vos vœux fussent « réalisés quand vous souhaitez qu’au lieu du patronage de « l'État, nous eussions seulement quelque bon acte du Par- «lement pour assurer aux auteurs la propriété de leurs « œuvres ! ». Thomson a, sans le savoir, fait plus que personne pour assurer cette équitable solution d’une question longtemps pendante. C’est le conflit de deux libraires au sujet de la publication des « Saisons » qui à provoqué, nous l’avons dit, une décision judiciaire par laquelle fut fixé pour une longue période le règlement des droits de propriété littéraire ?.

Une nouvelle édition de « La Liberté » est cependant imprimée. Elle est de format in-octavo, et, ajoutée au texte de « Sophonisbe » et de Britannia, forme un deuxième volume des « Œuvres », pour accompagner l’édition in octavo des « Saisons » de 1730. Du reste l’échec de sa dernière production n’a point diminué la gloire de l’auteur des « Saisons ». Peut-être. même le public, qui trouvait formidablement sérieux le sujet du-poème et les développements de ces cinq longs chants, accorda-t-il plus d'estime que jamais à l’auteur. Il s’abstenait d'acheter « La Liberté », mais sentait grandir son admiration pour le poète qui, après avoir chanté la nature, donnait aux hommes de si graves et si nobles leçons d’histoire et de science sociale. La mention de son nom dans les revues et les magazines est accompagnée des éloges les plus vifs. Des pièces de vers lui sont adressées comme à un des maîtres de la poésie *. À peine faudrait-il citer, à titre d'exception, la plai-

1. « Would to God you were in the right in that part of your letter which wishes, in lieu of state patronage in favour of learning, that we had only some good act of parliament for securing to authors the property of their own works. »

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