Voir sur ces questions
Cu. .1. Kloon, Origins of Enf/liah liisiory;
Docteur (juest. Origines Cflticw;
HrxLKY, Critiques ami Adresses ^On sonie Fixed Points of Knglish Klhnolocy);
Tiir)M. NiciiOLAs, The Pedigree of Ihe English Peoplei
Professeur Rhys, Celtir Hritain.
On peut lire en français un exposé des principales conclusions fournies par ces travaux, dans l'Inlroduction ajoutée par M. AngeJlior à sa magistrale étude sur Burns, et aussi dans l'ouvrage de M. Jusseraud. Hit(('^^ littéraire du peuple anglais.
l*idée de race dans notre étude de l'œuvre littéraire de Tliomson ? Cet Écossais des « Borders » est-il plutôt de souche gaélique, danoise ou saxonne? Oui le dira? Il est probable que ses origines ethnologiques apparaîtraient, si nous pouvions les connaître, fort différentes de celles de Spenser ou de Mil ton, les poètes dont il est le plus voisin par Tesprit. Ils sont peut-être de races très diverses; mais ils ont assurément une même patrie, non pas seulement de par les géogra[)hies et Thistoire, mais aussi de par les affmités de leurs génies. Toutes les diflicultés auxquelles se heurte Thistorien quand il prétend rattacher à une communauté de race les manifestations littéraires d'une même langue s'effacent si nous substituons à cette idée celle de nation et de patrie *. Elle est aussi claire que Tautre est obscure, aussi précise que l'autre est vague. Elle remplace un concept mal défini et mal connu, vide d'énergie et de vie, par la réalité la plus certaine, la plus féconde, la plus sûrement créatrice d'effets tangibles et durables. Une patrie n'est pas seulement une portion délimitée de la surface du globe, c'est aussi, c'est surtout, une somme d'aspirations et d'elforls humains, de souvenirs partagés, d'amours et de haines com-
1. \\ est biea vrai quMl y a une liUéraliire des races là où les a^glnmérations humaines ne sont pas arrivées h cet étal d'organisation supérieure où apparaît la nation, la patrie. La rare peut être invoquée pour expliquer les caractères des poèmes des Indous, des Germains ou des Scandinaves. Mais M. Tainc veut retrouver encore cet élément dans les productions d'époques historiques d'où il a clé éliminé par la triture des invasions et des conquêtes, par le mélange et la pênélration réciproque des courants de population. C'est là qu'il nous devient impossible de le suivre. Un peuple, c'est, pour lui, une race soumise a cerlaiues luodificalions par le chmat et par le temps. Nous croyons que c'est un être moral formé de très complexes élément?, déterminé par des influences tro|) variables, trop subtiles et trop nombreuses pour qu'il soit possible de les isoler par l'analyse. L'éloquent écrivain voit lus peuples issus d'une même race se didéreucier comme des animau\ soumis à des conditions diverses de climat et d'élevage. Nous serions plus lentes de comparer la formation il'un peuple aux phénomènes qu'observe la chimie. C'est de la combinaison même de certains éléments que résultent souvent les caractères propres du corfis étudié; ils ne préexistaient pas à cette union. L'analyse ({ui dissocie ces tlémenls ne peut donc pas expliquer l'idiosyncrasie du composé. Or c'est là la seule chose qui importe quand il s'agit, non pas de molécules à peser, mais de réalités de l'ordre moral à connaître et à juger.
(Ces lignes étaient écrites (piand nous avuns eu le plaisir de voir exposer des conclusions analogues par un penseur et un écrivain dont sont fiëres la science et les lettres françaises. (Klude de M. Houtmy sur le livre de M. Jusserand dans la lirvue de Paris^ novembre 189D
muns. C'est de tout cela qu'est faite rame d'un peuple, différente de celle d'un autre peuple, et c'est tout cela qu'exprime la littérature d'une nation. Et, comme cette âme coliecUve exerce à son tour une influence profonde sur chacun des individus, nous concevons sans peine qu'entre des iruvres fort diverses la communauté de patrie maintienne souvent une analogie foncière. C'est un des effets où se manifesle la solidarité qui unit les membres d'une même famille humaine.
La thèse qui prétend retrouver l'empreinte de rorigiue ethnologique dans chaque œuvre individuelle imagine la raa comme quelque chose de permanent et d'irréductible en son fond, malgré les modifications de surface que peuvent produire certaines influences perturbatrices *. L'âme d'un peuple au contraire, cette grande entité qui se compose de l'union des âmes individuelles, est chose changeante comme tout ce qui vit et se développe. Étudiée à divers moments, elle peut nous montrer tantôt des caractères permanents, tantôt de violents contrastes. La France de Louis XIV et de Bossuet n'est-elle |)as séparée par un vaste intervalle intellectuel et moral de la France de François I" et de Rabelais, comme de celle de Louis XV et de Voltaire? De même il s'opère, au xvn* siècle, une révolution dans cette âme de l'Angleterre qu'exprime la littérature aussi bien que dans le corps politique. La nation accepte, sous les Stuarts restaurés, de renoncer à l'antique liberté, sans même acheter de ce sacrifice, comme sous les Tudors ou sous Cromwell, la grandeur de la patrie. La nation renonce en même temps à ce qui avait fait l'originalité, la force et la beauté de sa [)oésie; elle demande à un autre peuple un idéal artistique et des modèles nouveaux. Elle imite la poésie et le drame français, comme elle adopte la monarchie absolue de la France. Mais cet abandon est passager. En dépit d'une transformation qui semble radicale, l'âme anglaise conserve au fond les aspirations et les croyances dont elle a vécu si
1. u Si difTcrents qu'ils soient, leur parenté n'est pas détruite: la sattvagerie, la culture et la greffe, les diiïérences du ciel et du sol, les accidents heureux ou malheureux ont eu beau travaiUer, les grands traits de la forme originelle ont subsisté, et Ton retrouve les deux ou trois linéimeuts principaux de l'empreinte primitive sous les empreintes secondaires que le temps a posées par-dessus. » (Talne, Hisioù^ de la Liitévaturt anglaise. Introduction, V.)
longtemps. Elle renonce vite à cette mode importée du despotisme, et bientôt aussi elle se sent inquiète et gênée sous ces autres modes étrangères que lui imposent les littérateurs,
Car elle a dans le cœur cette fleur large et pure L'amour mystérieux de Tanlique nature *.
Le malaise cesse le jour où une œuvre indépendante lui montre ou lui rappelle où est sa voie, quelle est son aptitude, quelles sont pour elle les sources d'inspiration vraiment fécondes. Cette œuvre a été les m Saisons » ; et leur rôle nous parait avoir une importance qu'on ne saurait exagérer parce qu*elles ont fait revivre, avec la connaissance et l'amour de la nature, un des éléments essentiels, un des plus caractéristiques et des plus puissants qui contribuent à former le génie artistique de r Angleterre.
i. VicTOB Hugo, Les Voix intérieures. Virgile.
Lessing, Voltaire, Hill et Thomson.
Dans la leltre à Falkener qui forme la préface de Zaïre, Vollaire parlait d*un ancien usage du théâtre anglais qu'il trouvait très fùcheux, c^elui de terminer chaque acte par une comparaison en vers rimes. Il Taisait honneur à Hill d'avoir été le premier à rompre avec cette pratique de mauvais goût.
Lessing a pris très vivement Voltaire à partie à l'occasion de cette préface K Ses critiques ne sont pas cependant exactes de tout point pt 11 peut y avoir intérêt à contrôler son jugement.
« Il n'y a pas, dit-il, plus de trois inexactitudes dans ce passage, et ce n'est guère pour M. de Voltaire. Les Anglais, depuis Shakespeare et peut-être avant lui ', ont eu l'habitude de terminer leurs actes écrits en vers non rlmés par une couple de lignes rimées : cela est vrai ^. Mais il est absolument faux que ces lignes rimées ne renfcr-
i. tt Dramaturgie de Hambourg », XVI« soirée.
2. La restriction de Lessing est superflue. La plupart des vieux poêles tragiques ont placé à la Un des acles ces appendices. La forme en est liabituellement celle d'un chœur. Le premier exemple est fourni par la première des tragédies anglaises, Gorboduc.
3. 11 n'est pas vrai cependant que cette habitude fût constante. Marlowc ne la connaît pas (sauf deux vers à la fîn du choeur de Faiisius), Toutes les pièces de Shakespeare n'ont pas ces vers rimes à la fin de chaque acte. Ben Jonson ne s'astreint pas toujours à cette obligation. ■Dans le Poetaster, le dernier acte seul se termine par quelques distiques rimes. Il n'y en a guère plus dans Edward II; au contraire Catiline et Sejanus ont des chœurs ou des vers rimes à la fin de tous les actes. L.'usage est de même variable chez Webster, Massinger et quelques autres.
Le terme employé par Lessing : une couple de vers rimes, n'est guère juste. Les cas sont 1res nombreux où le nombre des vers varie. Dans Sejanuê, par exemple, le l*"' acte en a 6, le 2*" 2, le 3« 36, le 4« 5, le 5*" 2.
massent et ne dussent renfermer que des comparaisons, et je ne comprends pas que M. de Voltaire ait pu dire en face quelque chose de pareil à un Anglais qu'il devait soupçonner d'avoir iu, lui aussi, le* . poètes tragiques de son pays.
c( En second lieu, il est faux que Hill, dans sa traduction de Zain, ait abandonné cet usa^e. A la vérité, il est presque incroyable qae M. de Voltaire n'ait pas dû regarder la traduction de sa pièce plus exactement que moi ou tout autre. Il faut pourtant bien que cela soit. Car, aussi vrai qu'elle est écrite en vers blancs, chaque acte se termine par deux ou quatre li{;nes rimées. Sans doute elles ne contiennent pas de comparaison, mais, comme je l'ai dit, de toutes ces conclusions rimées par lesquelles Shakespeare, Jonson, Dryden, Lee, Olway, Rowe, et tous enfin terminent leurs actes, il y en a certainement cent contre cinq qui n'en renferment pas non plus. Qu'est-ce que Hill a donc fait de particulier?
« Et quand il présenterait réellement cette exception que Voltaire loi attribue, il serait encore faux, en troisième lieu, que son exemple ait eu l'influence que Voltaire lui prête. A cette heure encore, il paraît en Ani^Heterre autant, sinon plus, de drames qui présentent ce caractère que de drames qui ne le présentent pas. Hill lui-même ne s'est affranchi entièrement de Tancienne mode dans aucune des pièces qu'il a faites depuis sa traduction de Zaïre.
Et qu'importe en On que nous entendions ou que nous n'entendions pas des rimes pour terminer? Quand il y en a, peut-être donnentelles le signal de prendre les instruments; et quand ce signal viendrait de la pièce même, cela ne vaut-il pas mieux que de le donner à l'aide d'un sifflet ou d'une clef? »
(Trad. de Suckau.)
Il y a en effet quelque chose d'inexact dans le passage incriminé: . mais peut-être en peut-on trouver une autre explication que le penchant naturel de Voltaire au mensonge, comme le laisse entendre Lessing. L'inexactitude consiste en une exagération de faits réels. II est très vrai que le goût du temps imposait alors au poète l'usage de vrrs rimes à la fin des actes. Il est vrai également que a*s vers roiifermaicnl, non pas nécessairement, mais très souvent, une comparaison. Où remonte cet usage? 11 y a eu des comparaisons depois qu'il y a un style poétique; mais nous pouvons rattacher l'emploi complaisant, méthodique et formel de cette figure à l'époque de b tragédie héroïque '. Le goût des comparaisons pompeuses, ctTusaj^'e
i. C'est, par exemple, un des ridicules auxquels s'attaque Buckingham dans The liehearsal. Témoin ces deux passages:
(( Bavks. — So boar and sow, wlien any storm is nigh,
SnnfT up, and smell it gath'rinf^ in the sky;
Uoar l)eckons so\n to trot in chesnust groves,
And there consummale their unnoislied loves :
Pensive in niud they wallow ail alone,
And snorc and gruntle to cacb other's moan. »
erdiiner les actes par un air de bravoure se sont combinés et ont lié naissance à ces passages rimes qui terminent les actes par une paraison ou quelque autre effet brillant.
ît usage a dû frapper Voltaire. 11 le voyjait observer dans ce Cato idison qui lui paraissait le chef-d'œuvre du thédlre anglais; il ivait de nombreuses comparaisons rimées dans les trois tragédies on ami Young; et nous avons vu que la Sopkonisbd de Thomson onfornie à cette règle du théâtre. L'observation qu'il émet n'est c pas aussi dénuée de fondement que le dit Lessing.
uel a été maintenant le rôle de Hill? 11 a renoncé à cet usage, non emcnt dans sa traduction de Zaïre, mais presque entièrement ?i dans ses autres œuvres dramatiques. Dans ses quatre tragédies prieures à Zara les actes se terminent par des vers rimes, mais' point par des comparaisons K
ara marque bien un progrès dans la voie recommandée par :aire. Tandis que les premières pièces de Ilill contenaient des morjx rimes qui prenaient parfois un assez long développement ', les
y a là une parodie d'une comparaison de la Conquesl of Grenada :
» So two kind turlles, when a storm is nigh, Look up and sec it gathering in the sky, Each calls his mate to shelter in the grevés, Leavin^, in miirmurs, their unûnish'd loves : Perched on somc dropping branch, they sit alune, And eue, and bearken to each othcr's moan. »
(Part. II).
i même aussi :
« CiiLORis. — As somc lall pine, NNhich wc on .¥Anti find T*have slood the rage of many a boist'rons w ind, Feeling without ttiat flames within do play, Which would consume liis root and sap away ; He spreads his woorsted arms unto the skies, Silently gricves, ail pale, repines and dics : So shrouded up, your briçht eye disappears. Break forlh, bright scorching sun, and dry iny tears. »
(Acle II, se. m.) t une imitation grotesque de ce passage :
(* As some Tair tulip, by a storm opprcst, Shrinks up, and folds its silken arms to rest; And bending to the blast, ail pale and dead, Hears froni within the wind sing round ils hcad ; So shrouded up yonr bcauty disappears; Uuvcil, my love, and lay asidc your fears The storm thaï caused your fright is past and gone. •
{Conq. of Grenada, part. 1.)
Les seules cxceplions seraient les comparaisons rimées qui se rencout à la iin du -J" acle dans The Fatal Vnion ur Ihe Fall of Siam, 1716, et 5 Athe.lwold, 1731.
10 vers à la fin du 4" acte de AlhelwoUL
actes de Zara se terminent simplement par un distique. Or ce que constate Voltaire ce n*est pas la disparition chez Hill de toate rime, niais celle des vers d'un goût différent du reste de la pièce.
(f En troisième lieu, dit Lessing, il est faux que Fezemple de Hill ait eu Tinfluencc que Voltaire lui attribue. » Le critique allemand semble avoir mal compris les termes employés par Voltaire '. La 2** lettre à Mr. Falkener était écrite trop peu de temps après la représentation de Zara pour qu'on pût parler déjà d'une influence exerôée par cette pièce sur le théâtre contemporain.
Mais que cette influence se soit en effet exercée plus tard, c'est ce que nous sommes tout porté à croii*e. Les prédications de Hill en faveur du naturel et de la simplicité, soit par ses articles du Prompter, soit par ses conversations, soit aussi par l'exemple de Zara n'ont sans doute pas été sans effet. Thomson lui-même en fournit une preuve. Après sa Sophonisba qui était fidèle aux règles blâmées par Voltaire, son Agamemnon ne nous montrera à la fin des actes aucune comparaison, point de vers « d*un goût différent du reste de la pièce », et même, sauf un cas douteux, point de rimes.
Il est vrai que plus tard, dans des pièces écrites à une époque où l'influence de Hill et de Voltaire était moins directe, le poète est revenu en partie à ses anciennes pratiques, et, sinon aux comparaisons, du moins aux passages rimes pour la fin des actes.
Pour ce qui est du jugement à porter sur ces morceaux de bravoure intercalés dans la tragédie, comment pourrait-on ne pas souscrire à la condamnation prononcée par Voltaire? Le simple distique rimé ne donne pas lieu aux mêmes reproches. Mais croirons-nous avec Lessing, qu'il ait pour raison d'être de servir de signal à l'orchestre?
(Vest en réalité un usage, alors devenu banal, dont il faudrait rechercher l'origine et Tcxplication dans l'histoire du théâtre. Les anciennes tragédies , depuis Govboduc avaient un chœur rim^ succédant à chaque acte ». Abandonné plus tard, le chœur a souvent tenté de reprendre sa place sur la scène tragique. Marlowe y revient dans FausluSf Ben Jonson dans CatUine, Milton, le grand apôtiv du vers blanc, dans Samson Agonistes. Rien d'étonnant que, là où il a disparu, il soit remplacé par un morceau d'allure un peu semblable, d'un style qui s'écarte plus ou moins de celui de la pièce, et où, par la bouche de l'un des personnages, le poète prenne en réalité la parole pour terminer l'acte sur une pensée brillante ou une comparaison ingénieuse. C'est cette transformation de l'ancien chœur qui, par l'effet d'atténuations successives, en vient à ne plu* olfrir que le simple distique rimé auquel Lessing cherche une invraisemblable raison d'être.
4. « Il a proscrit cet usage <• voulait dire : il va renoncé pour son compte, et non pas : il Ta fait disparaître de la scène anglaise.
2. • Yen sliall be the Chorus and speak betwen the acts. • (BexJo^sox. TheSilenl Woman,)
Thomson jugé par un confrère et un contemporain. Épitre à Mr. Thomson sur la première édition de ses « Saisons »,
par SOMERVILLE.
V Tantôt brillant, tantôt obscurci, le soleil, un jour d*avril, lance ou cache ses rayons capricieux; tantôt haut, tantôt bas, Taloueite monte en chantant, ou bien retombe à terre et replie ses ailes; tantôt unie, tantôt soulevée, la mer qui baigne nos rivages, sourit dans le calme, ou rugit dans la tempête.
M Crois-moi, Thomson, ce n'est pas ainsi que j'écris, mêlant la sévérité à la bienveillance, aigri par Fenvie ou par le dépit. Je ne voudrais pas dépouiller ton front pour orner le mien; ce sont là des manœuvres inconnues à mon âme honnête. Je te lis comme doit lire un ami, affligé quand tu échoues, ravi quand tu réussis. Pourquoi faut-il que ta Muse, née si divinement belle, manque de ces soins journaliers de la toilette qui complètent la beauté? Habille cette vierge joyeuse. rehausse chaque grâce naturelle, et fais ressortir toutes les gloires de ion visage. Artistement simple, élégamment nette, naturelle dans ses paroles, aisée dans son attitude, la nymphe accomplie, parfaite. couverte de ses plus beaux atours sera applaudie par les cours et idmirée par les foules prosternées. Audacieux avec prudence, raidis les rênes et, ferme sur ta selle, retiens ton coursier ardent. Tes iéfauts sont peu nombreux, mais qui peut se vanter d*ètre parfait? Les taches du soleil se perdent dans son éclat : cependant ces lâches mêmes, efface-les d*un soin patient, et n'aie pas la faiblesse répargner la moindre erreur. Bon et sage est le père qui condamne la plus légère faute chez Tenfant qu'il aime. Lis beaucoup Philips, Fidmire Milton plus encore; mais de leurs scories crtrais le ;;Mr métal. Forger des mots nouveaux, ou en faire revivre d'anciens, c'est chez les poètes du Sud chose dangereuse et hardie; mais rarement, très rarement l'essai réussira, quand les mots seront frappés au delà de la Tweed. Que le discernement préside à tout — et bientôt tu seras la joie et l'orgueil de ton pays. La gent rimant et Linlinnabulanl, qui, avec clochettes et chansons, conduit son Pégase boiteux, apprendra de toi à s'élever d'un vol plus hardi, à dédaigner les sentiers battus, et à parcourir les airs. Un génie si précieux, si juste et si grand fixera dans File de Bretagne le séjour de la Muse, et créera chez nous un nouveau Parnasse. Tous les bardes futurs tireront de tes œuvres leurs règles, de tes œuvres qui s'élèver^t au-dessus des lois trop étroites du critique, et qu'enrichissent des pierreries brillantes et sans défaut. »
(The Works of the EwjiiiihPoets...j by Samcel Jou.nson, vol. XL, p. 22t.)
Thompson et Garrick, ou l'Auteur et l'Acteur.
Comédie en un acte el en vers, mêlée de vaudevilles, par MM. J.-A. Jacqceli?i et Ocrry, représentée pour la première fois à Paris, sur le théâtre du VaudeTille,
le 23 janvier i8â2.
Une note des auteurs nous prévient qu*ils ont trouvé le sujet de leur pièce dans un trait, de générosité de Facteur Quin rapporté pv Laplace, au ô*' volume de ses Pièces intéressantes et peu connues, « Mais, ajoutent-ils, nous substituons Garrick à Quin dont le nom prononcé Couin serait désagréable pour des oreilles françaises. >»
Ce vaudeville poétique est devenu fort rare; la Bibliothèque »Naliouale n*en a pas d'exemplaire. Voici l'analyse rapide de cette curiosilè littéraire où les auteurs affirment une fois de plus le droit du théâtre à interpréter très librement Thistoire.
Garrick se présente chez Thomson. Il est reçu par Fanny, la oièce du poète, qu'il aime et veut épouser. La jeune fille lui fait conoaitre les obstacles qui s'opposent à ce projet : le poète est pauvre- et ne veut que des prétendants sans fortune; Garrick ne peut lut convenir. Pour le moment du reste il est impossible de le voir; il dort après une nuit de travail. Garrick se retire après une conversation dont oq jugera le style par cette seule citation :
Oh oui! je vous conçois; son imniorlel génie Lui valut cette nuit une noble insomnie.
Thomson entre. Il compose et se relit, et les vers que les auteurs lui prêtent sont les meilleurs de la petite pièce :
La chaleur a vaincu les esprits et les corps; L'Ame est sans volonté, les muscles sans ressorts. L'homme, les animaux, la campagne épuisée Vainement a la nuit demandent la rosée. Sous un ciel suus nuage on voit de longs éclairs Serpenter sur les monts et sillonner les airs.
Tout est morne, brûlant, tranquille, et la lumière Kst seule en mouvement dans la nature entière.
Fanny s'efforce de faire comprendre à son oncle quel avantage il y aurait pour lui à s'assurer Tappui de Garrick. Il ferait jouer ^^amemnoN et procurerait quelques ressources au ménage fort dépourvu du poète. Mais la fière dignité de Thomson n'est pas ébranlée. D'ailleurs il compte sur les produits d'une nouvelle édition des « Saisons ».
Garrick se présente en « constable >•, c'est-à-dire en exempt. Il réclame le paiement d'un billet passé par le poète et signé par uu
APPEiNDICES. 649
braire qui a fait faillite. Désespoir de Thomson qui ne peut payer. « u coiislable » attendri lui prête la somme, et le poète promet d cterliser sa gloire au temple de mémoire.
La scène suivante ramène Garrick en peintre. Il se nomme logarth. 11 vient implorer la permission de faire le portrait du grand loiume. '< Je veux, dit-il :
Qu'on dise en vous voyant décorer mon salon : Je connais cet auteur, c*est Tillustrc Thompson, Le voilà, cest bien lui quand sa plume féconde Traçait Coriolan, Tancrède et Sigismonde.... -
Le poète accorde la permission demandée; Garrick-Ilogarth exécute le portrait et remporte, laissant en remerciement à Thomson surpris et confus « Les Grâces » de TAlbane.
Ccst en directeur de thédlre que Garrick réparait ensuite. Il va ouvrir une nouvelle salle, et offre une somme considérable pour ÏAgamemnon. L'auteur s*excuse en assurant que la tragédie est promise à Garrick, mais le directeur se déclare assuré de Tassentiment de celui-ci.
Enlin une dernière incarnation nous montre Garrick sous les traits de inylord Spleen, i^ nouveau visiteur, Elcossais comme le poète, expose qu'il a été sauvé par la lecture des « Saisons » d'un eimui <|ui le poussait au suicide. Il vient apporter à son sauveur mille livres sterling. Il propose aussi que tous trois dînent ensemble, et quand il se dépouille de sa redingote, Thomson le reconnaît : « C'est Garrick! » Gomment résister à tant de preuves d'amour pour la nit'ce et d'admiration pour l'oncle? Le mariage est décidé et la pièce finie.
La prononciation de Thomson.
Cette absence de scotlicisme dans la langue littéraire de Thomson est d'autant plus digne d'attention que le poète conserva jusqu'à la fin dr» sa vie quelque chose du vocabulaire et de l'accent de ses compatriotes que l'on entend au nord de la Tweed.
Un barbier-perruquier de Hichmond, William Taylor =^, racontait au comte de Buchan que le poète avait conservé un accent écossais très prononcé, et l'appelait toujours « \Vull )>.
Une autre anecdote confirme cette indication et mérite d'être rap-
!. Celui-là même qui étaitemployè dans la maison où Thomson s'approvisionnait de perruques. Nous savons qu'il y mettait son luxe, et que Tune d*ellcs avait fort soufXert de la chaleur et de l'êuiotion du puèle à la première représentatiou ù' Af/amemnon, Voir plus haut, p. 12^.
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portée parce qu'elle témoigne de la fidélité du poète aux amiliés d sa jeunesse aussi bien qu*au langage de sa terre natale.
Le Gis de ce docteur Gusthart qui avait été pour la mère de Thomson un ami des jours d'épreuve, et pour James un patron delà première heure, se présente un jour, à Richmond, chez le pot-te devenu célèbre. Il ne dit pas son nom et attend qu'on le reconnaisse. Thomson, faisant usage d'un scotticisme bien connu, s'éorie : «Troth. sir, 1 cannot say I ken your countenance well. Let me therefore crave your namc. » — Ajoutons que lorsqu'il eut appris le nom de son visiteur, le poète ressentit une émotion qui lui mit des larme* dans les yeux en lui laissant à peine la force de prononcer ces mots: « Grand Dieu! vous êtes le fils démon cher ami, de mon ancien bienfaiteur! » Et, se jetant dans les bras du jeune homme, il Tembrassa. avec les témoignages de la joie la plus vive *.
1. « Vie de Thomson » par Shiels dans la collection des « Vies des poètes » de Tu. Cibber {}fonthly Review, l. IX, p. 481).