Le Rrand-pèrc de lord Minto
5. C*est là, d'après lord Bnchau qui fut le propriétaire du domaine, que Thomson aurait écrit ses premiers vers. Ainsi s'cxpiiqucraienl à la lettre les mots du poète :
« The Tweed (pure parmi stream Wiiose pastoral banks first heard my Doric reed;. »
{Aulumn, v. 889, 800.)
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immédiat de Southdean, encourageaient les efforts du jeune poète, et le recevaient chez eux avec une gracieuse afTabilité, Quelques-uns d'entre eux cultivaient aussi la poésie. Sir William Bennet faisait des vers et recherchait à Edimbourg h société de ces gens d'esprit et de ces poètes dont Allan Ramsay était le plus en vue *. Quant à Riccaltoun, ses talents poétiques étaient d'ordre vraiment élevé *. Il a eu le grand honneur de fournir à Thomson, non seulement des avis et des encouragements précieux, mais môme le modèle ou au moins l'exemple qui a décidé le poète à entreprendre son œuvre capitale.
Nous pouvons donc assez bien imaginer quels furent les occupations, les plaisirs et les travaux de James pendant ces trois années. D'une part cette routine do l'école à laquelle i apportait peu de zèle et où il ne réussissait guère; et, d'autri part, de nombreuses heures données avec enthousiasme à Is production de poésies variées. Ses camarades et son maître U jugeaient peu intelligent puisqu'il s'acquittait moins bien qxu beaucoup d'autres des exercices où s'alimentait le travail d< l'école. 11 prenait son parti sans mauvaise humeur de ces opinions défavorables, et jouissait à plein cœur des plaisirs que lui offrait la vie. C'était en première ligne le charme des lieux, de toutes ces parties du Roxburghshire qu'il parcourait successivement dans ses visites à ses patrons et à ses amis, de ce
1. Sir Gilbert Klliol Ht au moins souche de poètes. Le troisième baronet, un autre sir Gilbert KUiot (1722-1177), est Tauteur d'une charmante chanson pastorale, et sa sœur, miss Jane Klliot, a laissé une ballade patriotique. Tfie Flowers of ihe Forest, t\u\ n'est pas oubliée. (Voir Chamber*g Cyclopœdia, I, 713.)
2. Robert Riccaltoun (dont le nom se rencontro sous bien des formes variées, Rickleton, Rickerton, etc.), né en 11)91, mourut le 17 septembre 1769. Deux ans après, ses (uuvres furent publiées fi Edimbourg en 3 vol. in-8. Ce recueil ne renferme pas de poésies; c'eût été donner un caractère trop léger aux productions d'un ministre de TÉglise presbytéricnue.
La pièce de vers qui inspira ii Thomson Tidée de son premier poème a pour titre A Winters I)ay. Mlle parut d'abord anonymement dans un Miscdlany de Savage en 1726. et fut allribnéc à Mallct. lOllo fut reproduite dans le Gcnileman^s Magazine eu 17 tO (p. 2.jC) sous ce titre : • A Winter's Day written by a Scotrh clcrgyman, corrccted by an eminent Hand •. Dans un numôro de mai 18'i3 du Gentleman s Muf/azine, P. Cunniugliam reprend pour son compte l'attribution à Mallet. Mais l'autorité de Thomson luimême résout la question sans laisser de doute : « Mr. Riccaltoun's Poem on Winter, which l still bave, llrst put the design into my head. In itarc some maslerly strokes that awakened me ». (Lettre au Dr. Cranstoun, de septembre 172.'>.)
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district du Teviotdale si riche en bois, en eaux et en rochers, de cette vieille et pittoresque petite ville de Jedburgh avec ses ruines dont Tune remonte au x* siècle, avec son imposante abbaye et son château, avec les souvenirs évoqués par cette maison restée intacte depuis le temps où Marie Stuart malade y séjourna ' ; de ce Jedburgh qui plus tard faisait sur un autre grand poète une si frappante impression : « Situation chart mante et romantique;... des jardins et des vergers mêlés aux € maisons— de vieilles et nobles ruines — une cathédrale autre- « fois magnifique, et un château fort. Toutes les villes ont dans • cette région un air de grandeur antique et rude.... Le Jed est < une petite rivière pittoresque.... Nous en avons, avec quelques « dames, suivi la rive en amont pour voir Love-lane, et Blackt burn, deux sites féeriques *. » C'étaient aussi les joies de la tiraille. Il les goûtait vivement, et nous verrons avec quelle P^ine il put se décider un peu plus tard à s'éloigner des siens '. C'étaient enfin les satisfactions de sa jeune ambition poétique, et les encouragements flatteurs des patrons auxquels il montrait ses vers. De ces premiers essais un certain nombre nous sont parvenus. On les trouvera étudiés à leur place dans l'œuvre du poète. Ils sont intéressants si nous y cherchons, sous les inexpériences d'un écrivain de quatorze ans, et sous les réminiscences classiques, le germe des qualités que manifestera plus tard l'auteur. En eux-mêmes, ils sont de peu de valeur. On eût pu craindre que l'indulgente approbation de Patrons trop bienveillants ne développât chez le jeune homme 'ïne vanité dangereuse pour son talent même. Heureusement *1 nnontrait, dès ce moment, une sûreté de goût plus rare que le don précoce de mettre sur pieds quelques vers. Il ôtait pour '^'-méme plus sévère qu'on ne l'était autour de lui; et, le PJ^mier jour de chaque année nouvelle, il brûlait les produc- ^ons de l'année écoulée. La cérémonie s'accomplissait avec
L The New Stalisiical Account of Scotlami, part I : Jedburgh. S.BcRHS, The BoMer Tour, May 1187 (The Works of Roi). Burns, with his ^fe. by Alian Cunningham, in 8 volumes, London. 183i, vol. VIII).
3. Bieu des années plus tard, quand lui-uiôme était très proche de sa fin, voici comment il parlait d'eux : « Puisque nos bons, nos tendres parents n'oDt pas assez longtemps vécu pour recevoir les témoignages de celte extrême reconnaissance que je leur devais (et rien n'aurait pu me causer »n plaisir égal à celui-là), le seul retour que je puisse aujourd'hui leur donner, c'est Taffection envers ceux qu'ils ont laissés derrière eux.... » •Lettre à sa sœur, Mrs. Thomson de Lanark, du 4 oct. 1147.)
une certaine solennité. Les pièces étaient détruites dans l'ordre où elles avaient été composées; et, pour faire aux poésies sacrifiées de poétiques funérailles, Tauteur consignait le souvenir de chacune d'elles dans une pièce humoristique où il énonçait les motifs qui justifiaient l'éxecution *.
Le moment vînt où d'autres études appelaient le jeune écolier. Le révérend Thomas Thomson destinait son fils à la carrière qu'il avait embrassée lui-même. C'était, de fait, la seule qui fût ouverte à James, s'il ne voulait pas redescendre à ces métiers manuels où se trouvaient confinés tant d'autres membres de sa famille. Il fallait donc dire adieu à ses parents, à Southdean et à Jedburgh, aux amis et aux lieux où son cœur s'était attaché pour aller faire à Edimbourg le long apprentissage du ministère ecclésiastique. En 1715 *, il partait pour l'université. Une tradition, qui nous a été rapportée par un successeur de Thomas Thomson à Southdean % témoigne du
d. Quelques-unes de ces pièces ont échappé h l'autodaré annuel parce que leurs destinataires les onl conservées. La plupart ont été rappelées à la vie dans la <-ircunstaucc suivante : après 1726, Thomson, lié d'amitié avec le jeune lord George Graham, fui prié par lui d'écrire et de lui donner ceux de ces poèmes de son enfance dont il avait pu conserver le souvenir. II s'exécuta avec bonne humeur et avec celte ténacité de mémoire dont un poMe fait preuve même envers les plus dédaignées de ses productions. Une petite-fille de ce premier possesseur, miss Graham, lit don du recueil à lord Buehan; celui-ci le communiqua à Mr. William Goodhugh qui inséra plusieurs de ces pièces dans The Enf/lish Gentleman s Library ManuaL
2. Au mois de mars, dit sir Harris Nicolas; vers la tin de Tannée, dit Mr. Logie Robertson. — Il est probable cependant que la date ne fut pas postérieure à la lin d'août. Dès le début de septembre (1715) l'insurrection jacobite est devenue inquiétante. La chasse de Uraemar, la tentative sur le chdteau d'Kdimbourg ont eu lieu déjà. Le Teviotdale s'occupe d'organiser la résistance; sir William Hennel s\mit au duc de Roxburgh pour lever et organiser quatre compagnies. — On peut croire que c'est avant ces troubles que le jeune Thomson fut envoyé à la capitale. (Voir Walter Scott, - Uist. d'Ecosse •, 2= série, p. 84-103.)
3. Mr. Hichmond. L'anecdole figure d'abord dans le • Dictionnaire biographique des l^^cossais éuiinents » de Charnbers. (Nous devons à la vérité de dire que cette origine ne lui constitue pas un titre indiscutable d'authenticité.) C'est lii que Ta recueillie IIowit [Homes and Ilaunts) qui la cite, p. 215.
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chagrin causé à Tenfant par cette séparation. Il s'était mis en route, voyageant en croupe derrière un homme du pays en qui le père avait toute confiance, et, dans cet équipage, il était arrivé à la ville. Mais bientôt, incapable de se faire à Tidée de cette vie nouvelle, il avait repris la route récemment parcourue. Il était bon marcheur, et le cavalier sans doute avait prolongé son séjour dans la ville, si bien que Tenfant reparut le premier au village, protestant qu'il pourrait aussi bien étudier c sur les coteaux de Southdean * » qu'à Edimbourg.
Son instinct de poète ne le trompait pas entièrement. Quels
instructeurs pouvaient valoir mieux que ces maîtres muets
auxquels un autre grand poète formé par eux a rendu un
reconnaissant hommage!
«Pour le jeune homme grandissant, quelle àme se for-
< mait, quand du sommet nu de quelque hardi promon- ( toire, il voyait le soleil se lever, et baigner le monde de t lumière. Il regardait; Tocéan et la terre, la solide structure
< de la terre, et la masse liquide de l'océan, s'étendaient aut dessous de lui dans l'allégresse et la joie profonde. Les t nuages étaient touchés, et dans leurs faces silencieuses il * lisait un amour inexprimable. Il n'était pas besoin de son, ^ ni de voix pour cette joie; son esprit buvait le spec- « tacle *. D
Mais ces maîtres et leur enseignement, admirablement propres sans doute à former l'âme et le cœur d'un ministre de ''Évangile, ne fournissaient pas ces connaissances exactes qu'exigeaient les examens de l'université. Thomas Thomson passa outre à TafTectueuse et poétique protestation de son fils,
1. « Oa the braes of Soud'en », dit une version, • on the baughs of Sudan •, <lit une autre.