‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 111 sur 304 · SENTIMENT DE LA NATURE VERS 1725. 2S · texte numérisé non relu

SENTIMENT DE LA NATURE VERS 1725. 2S

vement littéraire^ et tarir en bas la source autrement abondante d'où avaient jailli en grand nombre les ballades, les chants d'amour ou de guerre du menu peuple. Il est curieux de comparer à cet égard les effets opposés produits dans les deux pays par un même événement moral et social. La Réforme, établie en Angleterre par la couronne et dirigée dans son évolutioa par l'aristocratie, conserve tout ce côté artistique par lequel le catholicisme s'adresse aux imaginations pour arriver au cœur et à la foi. Le protestantisme anglais ne sera pas un obstacle aux aspirations de la Renaissance vers les pures voluptés du Beau. Elle échauffera même d'une flamme intérieure plus intense quelques-uns des plus nobles parmi ces poètes : Spenser et Milton sont de pieux et sincères puritains. Au contraire en Ecosse, le mouvement vient d'en bas, des masses populaires; et la religion nouvelle en reçoit un caractère sombre, farouche, démocratiquement jaloux de toute supériorité, de tout luxe et de toute élégance. Cette opposition d'effets est accrue encore par une autre différence. La révolution religieuse imposée d'un côté par la main de fer des Tudor s'accomplit sans convulsions sociales. En Ecosse, d'autre part, elle ne s'achève qu'au prix de luttes sanglantes. Aussi tout ce qui appartient au vieux dogme catholique, tout ce qu'a voulu conserver le protestantisme modéré des épiscopaliens est-il un objet de haine et d'horreur pour le presbytérianisme victorieux. L'art et la poésie deviennent aux yeux des sectaires autant d'embûches du démon. La littérature subit une complète et longue éclipse. « L'encre théologique, et € le sang jacobite, mélangés l'un et l'autre d'une forte dose de f fiel, semblaient avoir anéanti toute l'intelligence du pays <. i» Cet état de choses prend fin, dans le premier quart du xvm* siècle, avec l'apaisement des passions religieuses, avec l'échange plus fréquent de produits et d'idées entre les deux parties de la grande île. A la suite de l'Acte d'Union, les relations avec l'Angleterre et. avec Londres deviennent beaucoup

1. « Then came the schisms in our National Church, and Uie fiercer schisms in our Body Politic : Théologie ink, aod Jacobite blood, with gall enoogb in both cases, seemed lo baye blotted out Ihe intellect of Ihe couotry. » (Carltlb, Etsay on Bums. Critical Essays, vol. II, p. 26.) On peut lire aussi sur le même sujet quelques lignes intéressantes de Mr. Shairp {On the poetic interprétation ofNaturCy p. 186).

plus fréquentes. Les rapports commerciaux entre les deux pays se développent. Les Écossais des classes aisées prennent l'habitude de visiter Londres, malgré les difficultés et les longueurs du voyage qui se faisait alors à cheval. Il était impossible que les idées ne circulassent pas en même temps que les marchandises et les voyageurs. Le premier effet est de déterminer dans les villes d'Ecosse un désir d'affranchissement, une révolte contre Taustère et tyrannique autorité de l'Église. Les tavernes et les clubs d'Edimbourg forment de nombreux foyers de libre discussion et de pensée indépendante. L'activité littéraire devient une des formes de la protestation contre l'étouffante compression du presbytérianisme. L'université d'Edimbourg, jusqu'alors pur séminaire pour la préparation des ministres, voit s'éveiller chez un grand nombre de ses jeunes étudiants une curiosité artistique, une recherche et un amour du beau qui font tort aux études théologiques *. Et bientôt, en Ecosse même, des auteurs se révèlent qui donnent satisfaction à ces besoins nouveaux de l'âme écossaise.

On voit dans quelles conditions différentes se trouvent les écrivains des deux pays. Tandis que l'école anglaise, lassée et comme épuisée, après le foisonnement de poètes et la débauche d'imagination de la Renaissance, en est venue avec Pope à une doctrine de scepticisme et de négation railleuse à l'égard des hautes et fières inspirations de la poésie, l'esprit littéraire au contraire est, en Ecosse, presque entièrement neuf. Après une longue léthargie, il revient à la vie, avec les inexpériences et les curiosités, avec la simple et fraîche sincérité de la jeunesse. Les maîtres que connaîtra cette école, ce seront, avec les grands poètes de l'antiquité, Shakespeare, Spenser et Milton plutôt qu'Addison ou Pope *. Et comment oublierionsnous, d'autre part, que, si la littérature anglaise d'alors est essentiellement urbaine, les écrivains écossais sont en contact intime avec la nature, vivent au milieu de paysages grandioses ou souriants, d'une infinie variété et d'un charme puissant?

Il y a donc là, dans une terre longtemps laissée en friche,

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