Spring
*i. RusEiN, Modem PainterSy part III, section 2, chapter ui.
C^'est une des pages bien connues du célèbre esthéticien. Il prétend y <îpposerdeux sortes d'imagination. L'une prête aux choses ingénieusement peut-être, à coup sûr faussement, des qualités humaines. Cest la fantaisie, • Fancy », la grande pourvoyeuse de Terreur pathétique, • Pathetic fal- •acy .. L'autre, V ■ Imagination », voit le « cœur et la nature intime des choses • ; elle est la plus haute puissance intellectuelle de l'homme. (On trouvera quelques mots de critique solide et fine de cette théorie, dans
pathétique des fleurs qui jonchent la tombe de Lycidas ou de celles que Perdita voudrait offrir à ses hôtes *. Et cependaiil
une note du beau travail de M. AngelHer sur Burns, 2* vol., p. 3Ti ;i'75.) — Le plus important des exemples choisis par Ruskin à Tappai de f»a doctrine, c'est une comparaison de ces deux catalogues de fleurs qu*fouroissenl - Lycidas • et le « Conte d'Hiver ». Le critique y oppose les observations de pure • imagination pènétrative > de Shakespeare, a celles de Milton oOi se mêlent à doses à peu près égales 1' - imagiiivilion » et la • fantaisie •.
1. Les deux passages avaient été comparés avant Ruskin par Hazlîii et par Leigh Hunl. — Nous pensons qu'il ne sera pas inutile d'en donner ici la traduction. Nous y avons fait allusion déjà dans des pages précédentes. Us serviront mieux que de longues dissert/itions & montrer de (|uelie façon diverse de grands artistes peuvent interpréter les mêmes sujets. Enfin on y trouvera quelques traits dont Thomson s'est probablement souvenu.
« Apportez la hâtive primevère qui meurt négligée, La renoncule aux louflTes pressées et le pAle jasmin, L'œillet blanc et la pensée tachetée de noir, La violette au sombre éclat,
La rose musquée et le chèvrefeuille & la riche parure, Avec les frôles coucous dont la tête s'incline pensive, Et toutes les fleurs qui portent une triste broderie. Faites répandre à i'amaranthe toute sa beauté, Et que les narcisses emplissent toutes leurs coupes de larmes. Pour joncher le cercueil où Lycidas g!t sous les lauriers. •
(MiLTON, Lycidas, 142-151.)
• Perdita. — Donne-moi ces fleurs, Dorcas. Dignes seigneurs, Voici pour vous du rosemarin et de la rue; ce sont des fleurs Qui conservent tout l'hiver leur forme et leur parfum.
Monsieur, l'année se fait vieille, [naissance
L'Été n'est pas encore mort, nous n'en sommes pas encore a la De l'Hiver tremblant, les plus belles fleurs de la saison Sont nos œillets, et les giroflées mi-parties.
Voici des fleurs pour vous;
La chaude lavande, la menthe, la sauge, la marjolaine.
Le souci, qui se couche avec le soleil.
Et avec lui se lève pleurant : ce sont les fleurs
Du plein Été, celles, je pense, qui se donnent
Aux hommes d'ûge moyen.
Je voudrais avoir quelques-unes des fleurs du printemps
Convenables à votre heure de la vie, et & la vôtre, et à la vôtre.
Vous qui portez encore sur vos rameaux inviolés
La fleur de votre virginité : 0 Proserpine!
11 me faudrait ces fleurs que ta main effrayée
Laissa tomber du char de Pluton : les narcisses,
Qui nous viennent avant que n'ose Thirondelle
S'aventurer, et qui charment de leur beauté
Les vents de Mars: les violetles sombres.
LES OBJETS DÉCRITS. 2i)o
(Constater qu'elles n'ont pas la même richesse de vie ni la même puissance émotive, ce n'est pas les condamner. L'ami de Lycidas voit la nature à travers le trouble et les larmes d'une grande douleur. L'émotion qu'il prête à ses fleurs est celle qui emplit son cœur. Et de même Perdita, nommant les fleurs destinées à servir de symboles à quelques destinées humaines, les anime d'une vie analogue à la nôtre. Il y a dans les deux cas une rigoureuse vérité dramatique, mais non pas cette vérité descriptive qui seule préoccupe Thomson. Ne demandons pas à ses fleurs une psychologie ambitieuse qui n'y serait point de mise. Mais notons dans son riche tableau un chatoyant éclat de couleur, une exquise fidélité d'observation, une admiration sincère et chaleureuse. Un jeune botaniste voulut, après avoir entendu les vers de Thomson où sont mentionnées la primevère et l'auricula y comparer les fleurs vivantes. Il fut alors à tel point charmé qu'il s'adonna lui-même à la poésie, débuta par une imitation d'un passage du maître, et eut son jour d'éclatante notoriété. Voilà un témoignage qui en vaut bien un autre. Ce n'est pas un mince honneur pour les fleurs de Thomson que d'avoir éveillé une vocation poétique *.
Les Animaux.
Aussi bien que les plantes, les animaux ont leur rôle dans les divers spectacles de la nature. Thomson n'a 'garde d'oublier tous ces humbles enfants de la terre dont la vie demeure
Mais plus douces que les paupières des yeux de Junon,
Plus douces que Thaleine de Vénus; les pâles coucous
Qui meurent sans hymen avant de contempler
Pliébus radieux et puissant — mal trop fréquent
Aux jeunes Hlles; les hautes et hardies primevères, et
La couronne impériale; les lis de toutes sortes
Et avec eux le glaïeul! Que ne les ai-je
Pour vous en faire des guirlandes, et vous, mon doux ami,
Pour vous en couvrir et vous en joncher! »
{Wmler's Taie, acte IV, se. iv, 73-129.)
1. Ce poète est Ebenezer Elliotl, le Poète Libre-Echangiste, « the Corn- Law Rhymer ». L'anecdote nous est fournie par He:«ry Moblby, OfEnglish iiierature in the Reign of Victoria, p. 2:j9.
396 JAMBS THOMSON.
liée étroitement à elle et en reflète toutes les modifications. Nombreux sont les vers qui mettent en scène ces acteurs modestes que le poète connaît £aimilièrement, et qu'il étudie avec amour : les oiseaux d'abord ; puis tous les hôtes domestiques ou sauvages de la ferme, des champs et des bois; les habitants des eaux; et jusqu'aux insectes, même les plus repoussants. — Quelquefois, entraîné par sa sympathie pour ces frères muets, il s'abandonne à de longs développements; ce sont alors des sortes de monographies poétiques qu'il nous présente. Mais le plus souvent il associe toutes ces existences aux manifestations des grandes forces de la nature. Il nous en entretient parce qu'elles ont leur place dans le concert des valeurs qui font l'harmonie caractéristique de chaque saison et de chaque région. Il voit encore en eux des <c témoins • intéressants et pittoresques des changements effectués dans l'apparence visible des choses par les phases successives de la vie de la terre. — On peut ainsi diviser en trois groupes ses observations et ses descriptions des êtres animés, autres que l'homme.
Dans le premier groupe se rangent les développements célèbres sur les amours des oiseaux *, leurs nids *, leurs mœurs '; sur le touchant héroïsme que savent montrer les mères pour protéger leurs petits * ; sur la douleur du rossignol dont le nid a été pillé *, sur la leçon de vol ®. Ce sont des pages entières du poème qu'il faudrait traduire pour faire connaître — bien imparfaitement — ces tableaux gracieux ou touchants. C'est encore un épisode fameux, trop long et trop familièrement connu pour que nous le rapportions ici, que celui du rouge-gorge venant avec un mélange de timidité mutine et de hardie confiance chercher jusque auprès des tables les miettes du repas \ Après les descriptions des « mariages i» des oiseaux S vient dans le « Printemps » un développement sur les amours des brutes et même des monstres marins; et celui-ci, par contraste avec les tableaux précédents, fait valoir la souplesse et
1. Springy 613-635. — 2. Ibid., 635-660. — 3. Ibid., 661-685. — 4. Ibid., 687-700. — 5. Ibid,, 716-726. — 6. Ibid., 728-753.
7. Wintery 245-256. — On peut s'étonner qu'un autre poète, un autre ami des oiseaux, Michelet, qui savait l'anglais, ait écrit ces mots : « Comment se fait-il qu'aucun poète n'ait chanté le rouge-gorge? • (VOiseau.)