‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 172 sur 304 · Uberty, part · texte numérisé non relu

Uberty, part

3. Thomson a d'ailleurs lui-même exprimé son respect et son admiration pour Ashley Cooper, 3« comte de Shaftesbury. Voir Winterj 4551-1555. — Le panthéisme de Shaftesbury ou de Pope n'est pas du reste une doctrine choisie pour ses mérites propres. C'est surtout une des formules par où >'ex prime chez eux le sentiment d'une harmonie parfaite dans la création; c'est l'optimisme qui se retrouve sous cette forme métaphysique.

Quant aux vers de Pope qui énoncent la doctrine, ils sont nombreux dans VEssay on M an. Contentons-nous de rappeler ce distique :

• AU are but parts of one stupendous whole, Whose body Nature is, and God the soûl. »

c'est que toute poésie de l'univers a une tendance à voir dâ3< la divinité Tâme des choses *. Ce genre évidemment s'accommode, mieux que la poésie didactique ou morale, d'un système qui aboutit à l'apothéose de la nature. L'auteur de> « Saisons » cependant n'a pas trouvé d'inspiration très tieureuse dans cette doctrine demeurée en son esprit inœrtaine el nuageuse. La poésie philosophique n*est pas son fait. 11 n*y i pas dans sa langue cette ferveur contenue qui a permis i Dryden, par un phénomène presque unique, de traiter et grand poète des thèses de philosophie ou de politique.

Thomson est plus heureux dans les vers de sentiment purement religieux. Quand, oublieux des subtilités métaphysiques où il lui arrive de se perdre, il se laisse entraîner à une dTasion de piété, pour adorer la puissance suprême, force immanente et essence unique, ou au Contraire Dieu créateur et Providence tutélaire, alors il trouve des accents d'une éloquence enflammée qui ne sont pas indignes de Milton. Tels sont quelques-uns des passages rappelés plus haut *. Tel est surtout cet « Hymne * qui tout à la fois résume le tableau de la nature et fait de la Création entière un chœur magnifique de joie reconnaissante.

Ici sans doute il convient de mentionner les quelques analyses psychologiques qui se rencontrent dans le poème. Il ne s'agit pas d'une étude des passions traitée à la fagon des dramaturges. La seule part faite par les « Saisons » à cette formt' d'art, nous l'avons rencontrée dans les épisodes, et nous avons dû noter alors de quelle faible valeur sont ces peintures de l'amour. Mais dans d'autres parties de l'œuvre se montre une tentative d'analyse scientifique de passions, méthodiquement poursuivie et exposée '. C'est, dans le « Printemps », la peiiîture de l'amour naissant, l'étude des manifestations diverses

1. Ce n*estpas seulement Virgile qui nous en fournirait la preuve :

• Spiritus intus aiit, tolamque infusa per artus, Mens agitât uiolem, et magno se corpore miscet • ;

le plus cUrélien des poîîtes, Cowper, a écrit :

• There lives and works

A souI in ail Ihings, and that soûl is God. •

2. Summer, 175-191, 1782-1788; Winter, 216-222; Spr/ni;, 553-570.

3. Un passage de 1' • Été » expose même et la méthode, et l'objcl. ^ les limites de la science qui étudie les phénomènes de Tesprit- (•St"''^''^' 1782-1789.)

de ce sentiment et des transformations qu'il peut subir. Nous voyons exposé l'amour chez la jeune fille *, puis chez le jeune homme — avec force recommandations morales à l'un et à l'autre sur les dangers qui les menacent '. Alors viennent les maux et les tourments de l'amour, les souffrances de l'amant séparé de sa maîtresse ^ Puis les déviations de l'amour; la jalousie *, « cette peste qui teint tout en jaune * ». Enfin un tableau des félicités de Tamour honnête, du mariage et de la famille •. •

Nous n'arrivons guère à goûter les passages que ces thèmes ont inspirés au poète. Sa langue y parait trop souvent boursouflée. Sa large et sonore période ne se prête pas heureusement à l'analyse des fines et délicates nuances de la vie du cœur. Dans la peinture des transports violents il arrive vite à l'hyperbole déraisonnable. S'il s'agit de l'amant que torture l'absence de celle qu'il aime, « son âme ravie vole bien loin juste qu'au sein imaginaire de sa belle, ne laissant derrière elle 4( que l'image d'un amant immobile ^ ».

Hyperbole et banalité, tels nous paraissent être aujourd'hui les deux caractères principaux de ces observations et de ces descriptions. S'il fallait y chercher une trace du tempérament individuel du poète, peut-être pourrait-on la trouver dans la conception qu'il s'est faite de Tamour chez les jeunes filles. Nous savons, par sa vie, qu'il a su comprendre l'amour sous une forme très pure et très haute *. Mais quand il peint les émotions d'une jeune fille qui aime, si touchante et si chaste qu'il veuille la figurer, ses descriptions ont quelque chose de lourdement appuyé, de sensuel et d'indélicat.

« Les désirs soulèvent son sein en palpitations violentes; « un désordre délicieux envahit ses veines, et toute son âme « qui s'abandonne est amour. Son amant détourne ses yeux « de ce regard ardent, tout plein lui-même des chers et « puissants transports, et pâmé de langueur ^ »

<• Spring, 962-981. — 2. Ibid., 982-994. — 3. Ibid., 995-10-2. — 4. Ihid,, 1014-1111. — 5. . The yeUow tingeing plague » {Ibid., 1082). — fi. Ibid., 1112-1175. — 7. Ibid., 1019-1021. Voir encore 1091-1095. ^- li a su aussi dire quelle est la noblesse morale de ce sentiment : «That noble wish, that never-cloyed désire, Which, Belflsh joy disdaining, seeks alone To bless the dearer object of its flame. »

{Ibid., 290-293.) «. Ibid., 967-972.

40â JAMBS THOMSON.

« Un parfum puissant, exquis comme l'haleine de Mii « quand, après s'être épandue sur les violettes, elle arrive à ii « bergère pâmée d'amour, qui doucement entend son berge: « haletant s'approcher pour se glisser dans ses bras '. »

Nous avons relevé plus haut la teinte de sensualité un p : grossière qui se mêle aux peintures de femmes qu'a tracéi^ Thomson '. C'est le même caractère qui reparaît ici. 11 n mérite pas un blâme très sévère. Rappelons-nous quel!' licence moins franche, moins naturelle et moins inoffensiv autorisaient les mœurs et les exemples de ce temps. Nol> comprendrons que les contemporains de Thomson n aient mj dans son poème rien que la plus rigide moralité. Longteir.f ^ après sa mort c'était un grand écrivain français et une feiJin:^ qui admirait à la fois la pureté de l'enseignement et la beaut* poétique des peintures de l'amour dans les « Saisons ». t Lt^ vers de Thomson me touchent plus que les sonnets de Pétr-arque^ D, disait Mme de Staël. Et dans une autre partie du wt-mv ouvrage : « Est-il une plus délicieuse peinture de lamourdan? <c le mariage que les vers qui terminent le premier chant àe « Thomson sur le Printemps *? »

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