‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 197 sur 304 · Même elTel plus bref encore dans Coleridge · texte numérisé non relu

Même elTel plus bref encore dans Coleridge

« Ât one slride cornes the dark. »

(The Ancient MaHner.)

*• Summer, 81, 82. - 5. IfjicL, 447-450. - 6. Spring, 196. — 7. Winter, ^0, 81.

11 y a même un degré d'humanisation plus marqué, propre à faire songer à Shelley, le magicien qui a répandu partout h vie parmi les êtres de la nature, dans des expressions telles que celles-ci : <k Les nuages chancelants — hésitent comme pris dt « vertige, et ne sachant pas— à quel maître obéir * ». — t Les « nuages mêlés — aux étoiles qui glissent rapides, fuient sur le « ciel. — Toute la nature chancelle *. » — t Les nuées falin guées se réunissent lentement et s'amassent en ténèbres « massives '. »

Mais il n'y a guère dans ces expressions que le degré de personnification impliqué dans toute métaphore qui institue comparaison avec un être humain. Pour les personnifications proprement dites, nous avons vu que si quelques-unes chez notn? auteur sont poétiques et brillantes — celles en particulier qui conservent un caractère flottant et indéterminé, — beaucoup au contraire ne s'élèvent pas au-dessus du niveau de ces figures insignifiantes, ornements factices et d'usage banal qui emplissent le magasin d'accessoires de la poésie du xvnr^ siècle. Notons, pour terminer cette partie de notre étude par un éloge accompagné de moins de restrictions, que Thomson ne mêle pas la mythologie à ses descriptions. Les signes du Zodiaque figurent dans son poème, et cette astronomie fabuleuse est pour nous dénuée de tout intérêt. Mais rien n'était alors plus naturel ni plus familier aux lecteurs *. Quant à ces dieux que peintres, graveurs et poètes faisaient couramment descendre du ciel pour les mêler aux scènes de la vie rustique, Thomson n'a pas de place pour eux dans ses paysages. Il a compris l'absurdité de ces cacophonies contre lesquelles Reynolds élèvera plus tard la protestation de son robuste bon sens '. Les

1. Winter, 421-123. — 2. Ibid.y 195-197. — 3. Winler, 202, 203.

4. « Le Soleil sort du Bélier, et le Taureau brillant le reçoit » {PrinlefRpi, 26, 27). — « Quand les Gémeaux cessent d'être embrasés et que le Cancer rougit. . (Étéf 43.) « Quand la Vierge brillante nous donne les jours splendides et que la Balance pèse Tannée dans ses plateaux équilibrés. • (Automne^ 28.) « Maintenant que T Archer-Centaure cède au Capricorne l'empire désolé du ciel. • [Uiver^ 41.) C'étaient là façons de parler ordinaires et aussitôt comprises. Le sobre Pope les employait aussi :

« Now Cancer glows with Phœbus' fier y car. -

{Windsor Forest, 147.)

« Now bright Arcturus glads the teeming grain. -

(Autumny 72.)

5. Sir J. Rbynolds, The Fourteenth Discourse^ t. lï, p. 90, 91.

«c Saisons » da poète anglais ne renferment rien que nous puissions comparer à ces vers où Saint-Lambert, son imitateur français, fait intervenir de façon si saugrenue une des déesses païennes :

Il apprendra cet art de choisir les engrais. Ce grand art qu'à Townshend a révélé Cérès *.

lia phrase et la période poétiques.

Opposition avec la langue de Pope. La liberté ramenée dans le style, — L'étude de la grammaire et des procédés de rhétorique de Thomson ne nous a pas fait constater chez lui l'indépendance audacieuse qui se manifestait dans le choix de son sujet et dans le plan de son poème. Nous allons au contraire retrouver un même affranchissement des influences régnantes et une même initiative féconde, en étudiant les formes de sa phrase et de sa période poétiques. Alors que le poème s'élaborait, le prestige souverain de Pope semblait avoir donné l'exemple et le précepte de ce qui devait être à titre définitif la langue de la poésie. L'œuvre presque entière du maître est écrite en distiques rimes. A force de condensation, d'efforts successifs vers une netteté toujours plus brillante et plus incisive, l'école était arrivée à la perfection de cette forme d'art. La phrase brève, rapide et frappante est, il est vrai, saccadée, monotone, étriquée. C'est une pierre taillée avec une irréprochable habileté; mais de ses vives arêtes et de ses facettes brillantes il ne jaillit qu'un éclat sans chaleur. Toute phrase renferme au moins un trait. La pensée procède par un perpétuel balancement d'antithèses. Antithèse entre les deux vers du distique ou les deux hémistiches du vers ; parfois aussi entre les diverses épithètes appliquées à un même terme, ou entre les différents termes d'une énumération. Tout le talent d'un écrivain comme Pope ne peut sauver de la monotonie et de la

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