UNIVERSITY
de la gloire voilà les sentiments dont le dramaturge veut pétrir rame de sa Sophonisbe. Il est à cet égard plus cornélien que Corneille lui-même dont l'héroïne est amoureuse, au moins autant qu'elle est patriote. Il est vrai que cet amour est de nature particulière, et n'a pas pour effet d'amollir l'âme de la Carthaginoise. La Sophonisbe française ne cède point à un sentiment plus fort que la raison ou le devoir. Mais elle a au plus haut point cette fantasque et hautaine coquetterie que le vieux Corneille prête aux femmes de ses dernières tragédies. Elle n'aime pas Massinissa; mais elle aune rivale, et son honneur souffrirait autant du triomphe de cette Eryxe que de la ruine de Carthage ou de l'humiliation de la captivité ».
Thomson n'a pas conservé cette singulière et peu sympathique conception du personnage. Il a également allégé la tragédie de toute la complication romanesque dont l'avait agrémentée Corneille. Il a supprimé le personnage d'Eryxe, qui se pose dans la tragédie française en face de Sophonisbe et qui l'égale par l'héroïsme des pensées, par la hauteur du langage et par la même subtile application du a pun d'onore -» aux choses de l'amour — « Ce qui m'a plu », dit Thomson luimême dans la Préface, a c'est la grande simplicité de l'action a qui cependant présente plusieurs révolutions de la fortune ». Et il s'est fait une loi de se borner strictement aux faits mentionnés par les historiens. Il limite à six le nombre des personnages, il compte pour l'intérêt de son drame moins sur le choc des événements extérieurs que sur les orages des cœurs et les tumultes de la passion.
En renonçant ainsi à l'un des éléments du drame tel que l'avaient compris Shakespeare et les grands dramaturges anglais, notre poète sans doute faisait preuve de discernement. Il se rendait justement compte de la limite de ses aptitudes et de ses pouvoirs. Faire du drame un tableau fidèle de la vie nous laisser pénétrer jusqu'à l'âme des personnages à travers leurs actes, c'est le privilège des plus grands parmi les génies dramatiques. Savoir même donner le mouvement aux figures qui emplissent la scène, faire mouvoir et heurter les uns contre les autres les individus ou les groupes d'un drame romanesque, et, en dépit de prodigieuses invraisemblances ou des extra va-