‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 283 sur 304 · Saintsbury, Elizabethan Literature^ p · texte numérisé non relu

Saintsbury, Elizabethan Literature^ p

5. Les souvenirs de Spenser sont nombreux dans les Early Poems, Le fragment « sur la Passion k est écrit en strophes de sept vers dont le dernier est un alexandrin.

6. Ce n*e8t pas de quoi expliquer les craintes de Tauteur qui s^excuse de présenter à ses lectrices sa Muse en un costume démodé.

« LE CHATEilU D'INDOLENCE. » 633

est comme chez Spenser composée de pentamètres suivis d'un alexandrin final, mais elle comprend dix vers au lieu de neuf, et cinq rimes au lieu de trois. C'est assez dire que si Prior a goûté la grâce et la splendeur poétique de Spenser, il a mal compris la nature et mal apprécié la valeur de Tinstrument dont s'était servi le maître.

Une autre preuve de la faveur dont Spenser continuait à jouir auprès de quelques-uns, au début du xvm® siècle, c'est la publication faite en 1705 d'une édition de ses œuvres *. Bientôt après, des imitations se produisent plus fidèles que celles qu'avait vues le xvii' siècle. En 1736, c'est Gilbert West avec son poème « Sur l'abus des voyages », et plus tard avec Education^ a Poem written in imitation of the style and manners of Spenser*s Fairy Queen, Ces deux ouvrages reproduisent exactement la strophe du maître *. Le résultat n'est pas très heureux. C'est sans doute parce que les sujets se prêtaient mal à l'usage de cette forme; c'est surtout que l'auteur avait plus de bonne volonté que de chaleur d'imagination et de puissance poétique.

D'une valeur très supérieure est le poème de trente-cinq strophes que Shenstone publie en 1742. « La Maîtresse d'école » ne vise pas à prendre rang parmi les productions des poètes de haut vol. Mais les quelques formes de langage vieilli que l'auteur imite de Spenser, donnent à l'œuvre quelque chose d'adouci et de naïf. Les teintes un peu fanées du style s'accordent bien avec l'héroïne qui nous est montrée en bonnet blanc, en tablier bleu et en robe de bure. Et de la somptueuse parure de la strophe spensérienne Shenstone tire, non sans agrément, un effet de contraste avec la modestie du sujet.

Faut-il voir dans les poèmes de Gilbert West et de Shenstone les exemples qui auraient décidé Thomson à tenter la même voie? Il suffit de nous rappeler que a le Château d'Indolence » avait été commencé vers 1735, peut-être même plus tôt. Il est vraisemblable que West et Shenstone ont eu connnaissance du travail de Thomson, et peut-être reçu communication des fragments à mesure qu'ils étaient achevés. C'est sans doute

1. Trois volumes chez Tonson. Une autre édition sera publiée trente ans plus tard par John Hughes.

2. L'effort est méritoire, car les poèmes avaient une certaine étendue le premier comptait 522 vers et le second S28.

l'exemple du a Château » qui les a engagés à rechercher un langage poétique autre que celui de Pope, une forme plus souple et plus ample, un art plus curieux et plus riche *. Rappelonsnous que de même Tapparition de 1' « Hiver » fut suivie de la publication par plusieurs jeunes poètes d'œuvres descriptives en vers blancs.

L'auteur des a Saisons », disciple fervent de Mil ton, du Milton du « Paradis Perdu », partageait l'opinion de son maître sur la valeur de la poésie rimée. Nous voyons que, sur ce point, ses vues se sont entièrement transformées. Le contraste à cet égard entre les deux écrivains est curieux à observer. Milton écrit ses premières œuvres en vers rimes. Il recherche les rythmes variés. Une strophe à trois rimes imitée de Spenser et le sonnet sous ses formes les plus difficiles l'attirent et le retiennent. Mais quand, après une longue interruption, il revient à la poésie, il n'a plus que dédain pour la brillante parure des vers de sa jeunesse. « C'est l'invention (c d'un âge barbare pour rehausser une substance misérable et « un rythme boiteux », c'est « un agrément oiseux et sans véritable charme musical * ». — Thomson au contraire a débuté par des vers non rimes. Il s'est ainsi séparé avec éclat de toute l'école contemporaine. Mais après avoir ouvert une voie où nombre d'écrivains le suivent bientôt, l'initiateur renonce luimême à la doctrine dont il a assuré le triomphe. Le poète qui jadis avait remis en honneur le vers blanc fait alors revivre la plus riche des formes qui aient jamais servi à des œuvres poétiques de longue haleine.

1. Le succès du « Chàleau • n'était pas pour détourner les écrivains de ces tentatives, et les poèmes « dans la manière de Spenser • abondent désormais au point d'èchauiïer la bile de Johnson. Rappelons, parmi It» plus importants, The Progress of Envy^ de Robbrt Llotd, en 1151 (30 stroplies de neur vers dont un alexandrin ; système des rimes : ABABGDCDD); The Minstrely de J. Beattie, i*^* partie en 1771, reproduit fidèlement la tance spensérienne. 11 en est de même de The Concubine y par W. J. MicKLE, 1766 (?)

Page 1