‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 93 sur 304 · Macbeth, acte II, se. m, y · texte numérisé non relu

Macbeth, acte II, se. m, y

la plus capricieuse fantaisie. Jamais en réalité nous ne perdons terre entièrement. Les joutes d'esprit de « Peines d'amour perdues » mettent aux prises des personnages quintessenciés et précieux, dans un milieu très réel de prairies et de bois où croissent les pâquerettes mi-parties et les violettes bleues, où chante l'alouette joyeuse et le coucou moqueur; où les jeunes filles font sécher leurs jupes d'été ^ ; où résonnent les chants rustiques de vrais et simples paysans. A l'action compliquée et fabuleuse du c Marchand de Venise )» se mêlent des scènes à la fois délicieuses et d'une surprenante ^^aleur de réalisme '. Les petits êtres surnaturels du c Songe d'une Nuit d'Été » sont en commerce si intime avec les plantes et les fleurs de la campagne anglaise que nous sommes prêts à voir en eux les génies et l'âme même de ces bijoux vivants '. Dans les comédies aussi bien que dans les drames la nature est utile et nécessaire au poète. S'il ne nous y emporte pas en plein pays des songes vaporeux, ce n'est pas seulement parce que mille traits d'une observation psychologique exacte nous rappellent au sentiment de la réalité, c'est aussi parce que le milieu dans lequel se meuvent ces êtres de fantaisie est toujours le monde réel. Et de fait, n'est-elle pas bornée et incomplète la psychologie qui ignore l'importance dans la formation d'une âme de ces mille influences des choses qui sans cesse, et même dans les conditions de vie les plus factices, nous pénètrent et nous modèlent? Shakespeare n'isole jamais quant à lui ces deux termes de l'étude du poète, l'âme humaine, le monde. Il semble même que, pour lui, ces sensations fournies par les forces ambiantes forment les premières assises et le fond de notre être intellectuel. Ce sont elles qui remontent à la surface quand les autres influences s'aflaiblissent. Ophélie privée de raison chante les fleurs des champs et des bois S le vieux Lear se couvre de fleurs sauvages % Falstaff mourant joue avec des fleurs et parle des prés verts •.

1. Lov^s Labaur's Lost, acte V, ic. n, v.' 904 el suîv.* 1 The Merchant of Venice, acte V, se. i, v. 54 et suiv.

Page 1