‹ Janet et ses amisChapitre 5 sur 8 · L’ÉCOLE DE MAÎTRE CORBEAU · texte numérisé non relu

L’ÉCOLE DE MAÎTRE CORBEAU

Jadis, quand les oiseaux possédaient la parole,

C’est chez maître Corbeau qu’on allait à l’école. Écoute bien comme il parlait,

Et surtout fais ce qu’il disait.

Ouvre les yeux et les oreilles, Et ne baye pas aux corneilles ; Fais ta prière en te levant,

Et commence en gentil enfant.

— Peigne-toi, lave-toi, savonne, frotte, frotte ;

Mais proprement, et non en barbet qui barbotte.

— Travaille, après déjeunev, et ne sois pas de ceux Qui toujours ont le bec ouvert avant les yeux.

— Offre, quand tu manges, leur part aux bons anges ;

Pour maître Corbeau réserve un morceau ;

Laisse une loquette au chien, à Minette ;

Donne aux malheureux tout ce que tu peux.

— Pense à quatre choses sans cesse :

Combattre la paresse, apprendre la sagesse,

Grandir en gentillesse, faire tôt ce qui presse.

— Ménage tes habits, mais use des souliers :

Pour grandir vite, il faut être toujours sur pieds.

Tiens bien propres tes mains, ton visage et ton linge ; Qu’on ne te prenne pas pour quelque petit singe.

— On ne J^e tient pas ^ mains dans ses poches, c’est laid ; Quelque cruchon à deux anses le fait.

— Comme un petit ourson, ne suce pas ton pouce,

Car une fois fondu, jamais il ne repousse.

— Ce ne sont que les gens mal nés Qui fourrent leurs doigts dans leur nez.

— Apprends à bien parler, mais non pour faire rire, Comme le perroquet, qui parle sans rien dire.

— Aux honnêtes gens ôte ton chapeau ;

Qu’on ne pense pas qu’il tient à ta peau.

— A table, sois modeste et mange avec réserve, N’attaque pas les plats, attends que l’on te serve.

— Mange ta soupe, mais pas la fumée avec ;

Elle te brûlerait le bec.

— - Ne prétends pas manger que ce qui te ragoûte : Mange la mie avec la croûte.

— Lève un œil au ciel quand tu bois :

Nous n’y manquons pas une fois.

— Tiens ton assiette propre et mange au-dessus d’elle ; Mais ne l’écure pas comme un chat son écuelle.

Bois peu, sans barboter, sans cliqueter des dents,

Et sans tremper ton nez dedans.

— Ne laisse ni restes ni miettes;

Pourtant n’avale pas les os, ni les arêtes.

— Ne tambourine pas sur la table, excepté Lorsque l’on t’en priera pour la société.

— Ne montre pas un appétit sauvage ;

Pense à la compagnie et fais-lui bon visage.

— Cache de tes cinq doigts ta bouche pour bâiller,

Ou ton voisin croira que tu veux l’avaler.

— De Balaam n’imite pas l’ânesse :

Pour prendre la parole attends qu’on te l’adresse.

— On tutoie un parent, un ami, mais pas tous :

Pour ne pas s’y tromper le chien dit toujours : vous.

— Pas de jeux de pieds sous la nappe,

Ou gare que le loup par là rode et t’attrappe.

— Ne montre pas la langue aux gens, pour te moquer, Car si passe le chat, il peut te la croquer.

— - Ne quitte pas la table avant que l’on se lève : Ensemble l’on commence, ensemble l’on achève.

— Fais ta prière après comme avant le repas ;

L’âme sans cela ne profite pas.

— Mange à l’heure réglée et non pour te distraire, Comme fait le gourmand quand il ne sait que faire.

— La chatte te l’enseigne en refusant ton pain :

On ne doit pas manger sans faim.

— Ce que dit ta mère, ce que veut ton père, Gentiment fais le. Pourquoi ? — Parce que.

— Repasse chaque soir l’emploi de ta journée,

Et vois si pour cela Dieu te l’avait donnée.

— Quand tu vas te coucher, prie et dit bonne nuit,

Et, pour croître en dormant, étends-toi dans ton lit. Voilà ce qu’enseignait Corbeau, maître d’école,

Quand les bêtes encore usaient de la parole.

Pourquoi maître Corbeau se tait-il aujourd’hui ?

Parce que nous savons tout cela mieux que lui.

MA

Qui donc m’a donné la naissance ?

Qui me soigna dans mon enfance ?

C’est celle à qui durant mes jours Je pense.

Oh ! ma mère, sois mes amours, Toujours.

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