COUD ELI A
Oui, Monsieur, oui, proscrits... Nous venons de quitter la France, où nous poursuivait la justice on plutôt la vengeance du roi Jacques II; et nous voilà , Monsieur, nous voilà arrivés en Hollande , saus appui , sans secours , sans autre espoir que celai qui s'éveille à l'idée de votre nom. VAN CLAEH.
C’est bien , Mademoiselle ! je n'ai besoin d’aurun titre, d'aucun papier... et si le ilourgrnestre veut absolument savoir tpii tons êtes... eh bien ! vous êtes de mes amis.
coaDEl.iA, voulant lui baiser la main.
Ob ! Monsieur!
VAN CI.VF.n.
Maintenant . voyons , je ne vous demande pas vos secrets... mais, pour que je puisse efficacement entreprendre la guérison (le votre père, il faut que je connaisse les causes de sa folie... ses malheurs, sans doute'.'
COKOELIA.
Non, Mmisienr... le malheur d’un autre. En quittant l'Angleterre , mon père avait laissé uu de ses amis sous le poids d'une accusation capitale... un matin... en Usant dans une gazette la relation de l'ezécnüon de ce malheureux ami... il est tombé dans un long évanouissement , et, en revenant à loi , il était fon.
VAN CLAEH.
Et où est-il. Mademoiselle?
CORDEAU
A cette heure , il doit être à voue porte avec un jeune homme... un de nos amis... car, ils ont pris le chemin de votre maison , peu de temps après moi.. Oui, oui , le voilà qui se promène ! Tenez, voyez!
VAN CLAER.
Oui nous retient. Mademoiselle ?.. allons audevant de lui.
CORDKMA.
Allez scnl. Monsieur; je ne puis vous accompagner.
TAN CLAER.
Comment cela?
CORDELIA
llélas ! un des caractères rie la folie de mon père c'est de ne pouvoir supporler nui présence ; il croit... que j'ai été la cause de la mort de son ami... cl., et faut-il que je le dise, Monsieur, je lui fais horreur.
VAN CLAER.
Oh! pauvre enfant... et cela depuis le commencement de sa maladie?
Oui, Monsieur.
VAN CLAER.
Ainsi , ii y a trois ans que vous êtes séparés?
CORDELIA
Séparés, oh ! non. 11 ne me voit jamais. Mais moi , moi... sans cesse je veille sur lui... la nuit, quand il dort, je viens écouter à sa porte... et si sa respiration est caltuc, si son sommeil est tranquille, j'entre, je m'agenouille auprès de son Ut, je le regarde, et je me crois heureuse— mais, au moindre mouvement qu'il fait , je suis obligée de me sauver... plus d'une fois U a vu disparaître le pan de ma robe ou le bout de mon écharpe, et alors il dit que c'est l'ombre de ma mère qui est venue visiter ses songes!..
VAN CLAER.
Que je vous plains !
CORDELIA
Ah ! Monsieur, quel bienfait vous ajouteriez à vos bontés s’il vous était possible de me donner une chambre , près de celle qu’il occupera! par une contradiction étrange , si ma vue l'irrite , ma voix le calme ; el souvent à Lille , où nous étions, connue nos deux chambres n'étaient séparées que par une cloison légère , j'ai éclairci ses acrès de sombre rêverie en chantant qtielquesuns des airs qu’il aimait à entendre avant d’avoir perdu la raison.
VAN CLAER.
Et savait-il que celait vous qui chantiez?
CORDELIA
Non Monsieur, on lui disait que c'était la nièce de notre hôte , et il se contentait de cette explication. Mais, sans doute, je ne trouverai pas chez vous uu appartement aussi favorable.
van CHER.
Il est tout trouvé , Mademoiselle; vous prendrez celui-ci , cette chambre servira de parloir; celleci , (Il étend la main A gauche.) sera la chambre à coucher de votre père. (11 étend la main à droite. ) Celle-là , la vôtre.
Oh! merci.
VAN CLAER.
Vous êtes une noble hile, et Dieu vous rendra votre père. (Il son.)