SCENE I
MESUREY, MADAME MESUREY
MESUREY, lisant
Oh! oh! mais voilà qui est de la plus haute importance : (il lit à haute voix) La Fraternelle des désœuvrés du dimanche doit apporter demain une modification de trois virgules au cinquième alinéa de l'article 11 de ses statuts. Présence de tous les memhres indispensable. (A Madame Mesurey.) Demain, ma chère amie, tu
me prépareras le costume gris, la cravate verte, et les souliers jaunes. Il faut absolument que je me rende à cette réunion dans laquelle j'espère pouvoir enfin placer mon discours sur les douzièmes provisoires. (Mme Mesurey soupire, hausse les épaules et regarde le plafond.) Quoi? qu'y a-t-il? Tu n'es encore pas contente? (jVfme Mesurey tape du pied en signe d'impatience.) Oui, je sais. Tu ne veux pas comprendre la beauté des discours? Tu nies l'efficacité de la parole? Tu ne veux pas admettre que si nous avons fait quelque progrès, c'est grâce au régime parlementaire? Si le budget n'est jamais voté en temps voulu, c'est à cause des longs discours et... (M'"e Mesurey lui tourne le dos.) Je n'insiste pas (avec amertume) ce serait du temps perdu. (Au public) Madame est furieuse parce que, comme doit faire tout bon citoyen, j'appartiens en qualité de secrétaire, de trésorier, d'archiviste ou de président à une douzaine de sociétés plus fraternelles les unes que les autres. Mais que veux-tu que je fasse de mon temps alors?
(Madame Mesurey vient à lui comme pour lui parler, mais au moment d'ouvrir la bouche, elle paraît se raviser. Elle va s'asseoir à la table et se verse une tasse de café.)
MESURE
Tu n'attends même pas les enfants? (Madame Mesurey répond négativement d'un mouvement de tête.) Voyons, il n'est pourtant pas bien tard. (Il tire sa montre et la consulte.) Huit heures. Le dîner n'est certainement pas encore fini. (Madame Mesurey sucre sa tasse.) Il n'y a pas à dire, ma chère amie, il n'y a pas à dire, tu deviens tout à fait intraitable.
(Madame Mesurey, les yeux au plafond, semble prendre le Ciel à témoin que le plus intraitable des deux n'est pas celui qu'on pense.)