‹ Je dîne chez ma mère, comédie en 1 acte, mêlée de coupletsChapitre 17 sur 56 · SOPHIE, DIDIER · texte numérisé non relu

SOPHIE, DIDIER

DIDIER, entrant de la droite, et s'anuonçant lui-méme.

Monsieur Didier, peintre, entrez! — Bonjour Sophie, je te rapporte ton médaillon réparé et restauré par le pinceau de l'amitié, (u l’accroche à la cheminée.) Nà ! vous a-t-elle une bonne figure de bonne vieille, avec son bonnet de paysanne I ça devait être Une brave femme!... à propos! (Tirant une orange de sa poche.) Conformons-nous aux usages. Mademoiselle, je vous la souhaite bonne et heureuse. * C’est une phrase saugrenue, mais ayant cours. Maintenant, permets-moi de déposer ma carte de visite sur tes deux joues, (s.phio ne répond paj.) Eh! bien!... Ah! mon Dieu! tu pleures?...

* Il dépose deux oranges sur la console, à gauche.

Didier, Sophie.

SCÈS£ VIL

SOPHIE

Moi, non ?

DIDIER

A ta place, je dirais : Au contraire ! Tu sais , c’est aussi une phrase reçue, quand quelqu’un vous marche sur le pied et vous demande s’il ne vous a pas tait de mal. Voyons, qu’estce que tu as?

SOPHIE

Rien, je n’ai rien.

DipiEK, l’imiUul.

Rien.... je n’ai rien. Mais si tu, as quelque chose. Allons , conte-moi ça bien vite!... (u a'auitd mr le »ofa.)

SOPHIE

Mais je vous assure que...

DIDIER

Vous? Oh! ohl ça se gâte!... Sophie, te souviens-tu d’une vieille maison, rue Saint-Germain-l’Auxerrois, au premier... en venant du ciel?... une espèce de pigeonnier?... Te rappelles-tu deux mansardes, très-étroites, mais... très-de)abrées?dans l’une roucoulait une jeune fille, devant un clavecin, auquel il manquait des dents; dans l’autre s’épanouissait un grand garçon, dont le mobiler se composait d’un chevalet vermoulu. Les deux voisins devinrent amis, une bonne et franche amitié, rien de plus ! on ne se chauffait pas tous lës jours ; on ne dînait pas... très- régulièrement ; on ne se faisait pas de cadeaux, et pour cause ; mais on se comblait de conseils réciproques. La chanteuse disait au peintre : Je crois que ce ciel est trop bas ! et le peintre disait à là chanteuse : Je crois que ce sol est trop haut!... Ah! ton ciel est bien bas! ah! ton sol est bien haut! làdessus on se disputait, on se chamaillait!... Puis, la chanteuse baissait son sol, le peintre haussait son ciel; et l’on allait se coucher, chacun cliez soi, c’est-à-dire rêver gloire , bravos et fortune! La jeune fille, c’était toi, Sophie; le peintre, c’était moi. La vieille maison est toujours debout, est-ce que notre amitié se serait écroulée?

SOPHIE

Mon ami !

Didier.

Am : C’est un lanla.

Alors, un peu de courage !

A raconter son ennui.

Bien souvent on le soulage ;

Fais-en l’épreuve aujourd’hui ;

Dis tes peines à ton frère,

Et tu vas leR oublier,

Comme aux jours de la misère,

Comme au bon temps du pigeonnier !

SOPHIE

Mon Dieu 1 mon ami, je no demande pas mieux, mais je n’ose pas ; car, en vérité, c’est bète comme tout !

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