‹ Je fais mes farcesChapitre 23 sur 24 · SCENE XXI ET DERNIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE XXI ET DERNIÈRE

Les Précédens, LE LIEVRE.

LE LIÈVRE

Ah çàî monsieur, votre société arrivera-t-elle aujourd'hui ?

PINSON

Je n'y conçois rien; il faut qu'il leur soit arrivé quelque chose en route, (àpart) C'est quand je vais lui lâcher le grand mot que nous allons rire.

LE LIEVRE

C'est que mon dîner ne demande qu'à être servi.

pinson.

Hé bien ! servez.

LE LIFVRE.

Servez-le. . . servez-le. . . dans un quart-drheure il n'y aura plus personne a Sceaux.

pinson , et part.

Voilà le moment, (haut) A Sceaux.

LB LIEVRE

Et sûrement à Sceaux.

pinson , feignant la surprise.

Comment ! c'est ici Sceaux ?

LE COMMISSAIRE

Hé oui , Sceaux. Où serait-il donc , s'il n'était pas ici , puisque les autres endroits sont pris j il ne serait donc nulle part ? il n'y aurait plus de Sceaux ?

pinson, de même.

Par exemple (à Le Lièvre ) Je vous demande bien pardon , mon cher Le Lièvre; mais c'est à Mousscaux qu'on dîne.

LE LIEVRE

A Mousseaux !

Hé mon dieu 1 oui.

LE LïEVP.E.

Ah ça, monsieur, pas de mauvaise plaisanterie.

PINSON

Je ne plaisante pas , j'ai pris l'un pour l'autre.

LE LIEVRE

Cela m'est fort égal ; mais le dîner a été commandé par vou3, pour vous , et vous le paierez.

PINSON

Laissez donc.

LE LIEVRE

Il ne sera pas dit que j'ausai fait pour rien douze entremets, trois rôtis, six entrées.

PINSON

Hé mon dieu! pour quelques entrées, vous faites-là une sortie. . . tout-à-fait hors d'œuvre.

LE LIÈVRE

Ta , ta , ta , ta ; monsieur le commissaire saura bien vous mettre à la raison.

LE COMMISSAIRE

Silence ! à combien comptez-vous le dîner ?

LE LIÈVT.E.

Cent vingt francs.

Cent vingt !

LE LIÈVRE

Non, le vin compris.

LE COMMISSAIRE

Ordonnons au susdit Pinson, de payer au sieur Le Lièvre la

tomme de cent vingt francs , que nous reconnaissons lui eue légitimement due, et le tout au comptant.

; PINSON

Oh ! je dis content.

LE COMMISSAlKE.

Comptant, ou en prison.

TOUS

Oui ? en prison , en prison.

PINSON

En prison ! vous n'avez que ce moi-là dans la bouche. Allons, puisqu'il faut en passer par-là. . . moi , çà m'est égal de payer, pourvu que je m'amuse. Mais le dîner est à moi, et je puis le faire manger par qui je veux , et je vous prie de me faire l'honneur d'en venir prendre votre part.

LE COMMISSAIRE

Monsieur ? ceTt.unement.

ROSSIGNOLETTE.

Et moi aussi.

Sans doute. . . ainsi que M. le Turc , votre mari.

MUSTAPHA

Moi , son mari !

ROSSIGNOLETTE.

Mon mari n'est pas un Turc, {montrant Pantin ) Le voici.

pinson , a Pantin.

Comment, madame est votre femme?

PANTIN

Si vous voulez bien le permettre.

pinson.

Par exemple, s'il y a la moindre ressemblance.

LE COMMISSAIRE

Allons, qu'il ne soit plus question de rien; la grâce avec laquelle monsieur s'est soumis aux amendes que je lui ai infli:;ées , ne nous5 permet pas de refuser l'aimable dîner qu'il nous offre. Qui m'aime me suive. ( Il fait quelques pas vers la maison ; personne ne le suit.) Hé bien, personne ne bouge. {Ici Pinson regarde en l'air. Tout le monde en fait autant; et quand on lui demande ce qu'il voit, il répond : ) PINSON.

Rien, rien; c'était une farce. . . Nous sommes à vous. . . allons, allons nous mettre à table et chanter les plaisirs du dimanche.

ROSSIGNOLETTE.

Oui. . . mais ce dimanche-là vous coûte cher.

Qu'est-ce que çà fait, j'ai fait mes farces. . . et puis, d'aileurs;que personne ne regrette son argent plus que moi, et je dirai voilà encore une tonne journée.

Page 1