‹ Je m'accuse ... Vignettes et culs-de-lampe de Leon BloyChapitre 1 sur 14 · JUSTIFICATION DU TIRAGE · texte numérisé non relu

JUSTIFICATION DU TIRAGE

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Déclaration préliminaire

Cloacam maximam, receptaculum omnium purgamentorum urbis (id est Zola), ...dicebat Patavinus.

Ce Iwre aurait dû 'paraître avant la fin de l'année dernière. Aucun éditeur^ jusqu'à ce jour, n'a osé la publier. Ce simple fait dit éloquemment notre misère.

Donc, il y eut une seule voix en France pour protester contre V avilissement universel et cette voix n'eut pas le moyen de se faire entendre. Soit, il valait mieux, sans doute, ne gueuler qiù' aujourd'hui.

L'Affaire est loin, rudement loin, elle est devenue télescopique. Elle a, par conséquent y

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cessé d'obstruer le peu de raison que la vacherie démocratique nous a laissé.

Quelques furieux de l'été dernier ont vu s'éteindre leur fureur dans le mépris équitable oii se noyèrent indistincteinent tous les mimes de la farce atroce.

Les imbéciles eux-mêmes commencent aujourd'hui à entrevoir la magnificence avec laquelle on s'est payé leurs ficjur es ^ et combien Zola s'est foutu de la Vérité et de la Justice, dont il osa polluer les vocables de sa main merdeuse.

Le drôle, cependant, toujours caroncule au vent et toutes les plumes de sa queue en l'air, ne paraît pas avoir perdu un atome de son importance. '

Y eut-il jamais rien d'aussi inouï, d'aussi inconcevable, d'aussi accablant ?

La nation de Chateaubriand^ de Lamartine, de Victor Llugo, de Balzac, prosternée devant Emile Zola lU Et personne pour vociférer, pour remplir de cris douloureux la terre et le ciel, au spectacle de cette effroyable ignominie \...

J'ai connu un artiste, un vrai, un être exceptionnellement haut et 7ioble, que le seul

DECLARATION PRELIMINAIRE

nom de Zola offensait, révoUait, mettait en fuite, comme aurait pu faire nn excrément.

Eh bien! depuis V Affaire, il est devenu radmirateur, vous avez bien lu, /'ad-mi-ra- TEUR de Zola, le serviteur très-respectueux du titulaire de ce nom de vomissement et d opprobre !

Dégringolé au niveau des bourgeois immondes, il a cru fermement, comme l'aurait cru le plus bas chien du dernier ressemeleur de Bruxelles ou du Grand Montrouge, que le scribe des Rougon-Macquart/?owz)«îï avoir eu un éclair de désintéressemeîit ou de générosité. . . !

I Après cela, comment ne pas songer à Vidiotifianî pouvoir cûtribué à certains démons"^

Pour ce qui est de moi, je déclare qu'on me fera expirer dans les plus horribles tourments avant d obtenir que je sacrifie à une aussi ^i fécale idole, ou même que je consente à la regarder, ne fut-ce qu'une fois et de très loin, sans exprimer, de manière ou d'autre, moti dégoût immense.

Dussé-je rester seul, je vilipenderai et je conspuerai, jusqu'à t extinction de mes forces, le répugnant crétin et l'abominable voyou gâ-

DECLARATION PRELIMINAIRE

teux, adoré pour sa vilenie par les lâches fils de la Reine des nations vaincue.

Si la France est maudite, rejetée de Dieu, gisante sous les pieds des peuples, si c'est bien cela qu'il faut entendre, alors qu'elle crève une bonne fois et que tout finisse et que la planète, privée de son ame, roule, comme une chose morte, dans l'immensité!...

N'importe quoi vaudra mieux que ce vaiitrement dans les déjections d'un tel salaud!

LÉON Bloy

Koldiny, Danemarck, Vendredi Saint, Treize avril, 1900.

A Octave MIRBEAU

Contempteur célèbre des faux artistes

des faux grands hommes

et des faux bonshommes

très-humblement et très-douloureusement, d'avoir, en 1889, le 21 janvier, publié au Gil Blas^ un article sot où je prostituais le nom d'« Antée » à Emile Zola, supposant une grandeur — matérielle seulement, il est vrai, — à cet avorton.

C'était trop, mille fois, je le confesse et mon repentir est sincère.

Sans doute, l'ignominie excessive des dernières œuvres n'avait pas encore éclaté. Mais n'était-ce pas assez des antérieures ordures?

Pour tout dire, je suis d'autant moins excusable que je ménageais ainsi, pour la première et dernière fois, une situation fort précaire au journal immonde qui m'employait.

Que celé soit dit enfin pour que les con-

frères excellents, qui passent leur vie sur le trottoir, sachent à quel point je suis leur semblable.

Le rôle de l'Ane dans Les Animaux malades de la peste me plaît fort et je m'y prête volontiers*

Peut-être aussi obtiendrai-je, par ce moyen, le silence de quelques amis redoutables qui ne laissent échapper aucune occasion de me rappeler, avec de cuisants éloges, cette aventure qui me déshonore.

LÉON Bloy.

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