‹ Je m'accuse ... Vignettes et culs-de-lampe de Leon BloyChapitre 3 sur 14 · EXTRAIT D UNE LETTRE A UN SOLDAT · texte numérisé non relu

EXTRAIT D UNE LETTRE A UN SOLDAT

25 avril 1899.

«... Vous m'écrivez que votre qualité d'officier vous rend, à mes yeux, frivole... Mais c'est complètement fou, cela, mon ami ! Suis-je un rédacteur de VAtiroi^ef Gomment pourriez-vous ignorer, m'ayant lu, qu'à la réserve du Sacerdoce, /e mets toujours le militaire au-dessus de tout? Mais il faut s'entendre...

« Pour en finir avec cette sale affaire Drey-^ fus, je suis bien forcé, malgré l'infamie extraordinaire de la plupart de ses amis, de re-

garder comme fort probable que le raalheu-

! reux homme expie à l'île du Diable le crime

i d'un autre ou de plusieurs autres, et que le

\ commandement supérieur de notre armée

est confié, depuis longtemps, à de bien jolis

garçons. C'est une risée et une honte par le

monde entier.

« Dreyfus aurait donc été victime d'une iniquité affreuse. Eh ! bien, après? Il y en a comme ça un million ou deux, par chaque génération, et personne n'en parle. L'intéressant pour moi serait de savoir, au juste, CE qu'expie, là-bas, ce forçat. Car Dieu est infiniment équitable et chaque homme, en ce monde comme en l'autre, a toujours ce qu'il mérite.

« Celui-là était riche. Quelle était l'origine de sa richesse et quel usage en faisait-il? De même qu'il paie pour d'autres, dans son bagne, qui sait si quelqu'un ne paie pas pour lui, d'une manière encore plus épouvantable, au fond de quelque caverne ? Auprès de cela, que sont les autres considérations?

« En dehors du monde militaire, voyez la

légion (le scélérats qui s'agitent autour de j celte affaire, jooi^r ou contre, depuis Hano-^ taux et Drumont, pour ne rien dire de l'imbécile Rochefort, jusqu'à l'immonde Crétin Emile Zola et toute sa clique.

« Mais, encore une fois, Dieu sait ce qu'il fait. Vous verrez dans quelle fosse va tomber la France...

« LÉON Bloy »

L i'TTX^lo

L'Eglise voit les âmes.

Monsieur Emile voitdes étalons.

Certains événements qui n'intéresseraient personne rn'ayant forcé de quitter la France, l'hiver dernier, pour un nombre indéterminé de mois ou de siècles, un ami, curieux de me plaire, m'avantagea d'un abonnement à V Aurore.

Cette feuille estimable semblait, en effet, idoine, plus qu'aucune autre, à mon édification.

Bien qu'habitant un trou à protestants de la Chersonnèse cimbrique, je pus donc jouir,

autant qu'à Paris, de la prose ineffable du nouveau roman de Zola.

Incapable d'ajourner mes transports, j'eus la bienfaisante idée de me soulager, chaque soir, après la lecture de ce feuilleton.

Les pages qui suivent — extraits plus ou moins copieux d'un « Journal » que je publierai plus tard — sont le résultat de cette pratique.

Kolding, ce 9 octobre 1899, fête de aaint Denys.

17 Mai. — Lu dans V Aurore du lo, le premier feuilleton de « Fécondité », nouvelle œuvre du Crétin. C'en est fait. Le cochon n'écrit absolument plus.

18. — Je voudrais, chaque jour, après lecture du feuilleton du Crétin, consigner ici, au profit de la postérité la plus lointaine, quelques remarques ou observations critiques sur celte œuvre. Malheureusement Zola est le premier homme du monde pour ne rien dire en des milliers de lignes, exactement rieîî. En fait de jugements ou d'opi-

nions, son étage intellectuel est si bas que les analystes les plus crottés n'osent y descendre... Quant à sa forme littéraire, elle est juste au niveau de son cœur, c'est-à-dire audessous de tout.

J'imagine que le drôle n'a pas donné son papier, mais qu'il a dû le faire payer assez cher à ses très dignes amis, et que ceux-là, quand ils sont entre eux, doivent peu se gêner pour traiter leur héroïque et vénéré maître de « rosse, de canaille, de salaud, d'horrible inufle, etc. ». Je crois entendre d'ici la voix aristocratique de Vaughan, qualifiant le grand homtne de « vieille vache».

On parle couramment de V « exil ». Il fallait notre époque pour glorifier un individu qui fout le camp à l'heure du danger. U Hégire de Zola. Quel chapitre pour l'histoire de la fin du siècle !

19. — J'ai cherché un mot pour caractériser la sottise de Zola. Elle n'est pas seulement exorbitante. Elle est étrange et sale. C'est une sottise qui aurait servi à rincer quelque chose.

Mais la cause du succès plus que proba-

ble, cette fois encore, c'est le débraillement pornographique entrevu déjà. Ah ! il va pouvoir se donner carrière !

Seulement, pour le suivre, il ne suffît pas d'avoir l'âme impure, il faut encore de l'estomac. Sa polissonnerie est surtout puante et précipiterait plutôt à la vertu. Il paraît que c'est cela qu'il faut à son public.

20. — Suite de l'excrément. Rien à ramasser, fût-ce avec des pinces rouges. L'impuissance du misérable est une chose qui doit faire chuchoter les mauvais Anges. Quant à sa bassesse, je renonce à trouver un mot qui l'exprime.

21. — Toujours au même niveau, le feuilleton. Je me crois chez des concierges pleins de lieux communs et d'intarissable faconde, où il ne serait parlé absolument que de cul et d'argent, vingt-quatre heures par jour. Au fait, quelles autres choses pourraient intéresser le Crétin?

Lu la sublime Vie du Père Damien, le missionnaire des Lépreux de Molokaï, l'une des Sandwich, qui mourut, à la fin, del'hor-

rible mal. Nous autres lépreux^ disait-il — avant d^être contaminé — à ses auditeurs effrayants, dans sa misérable église où l'haleine des fidèles éteignait les cierges... Quel mot quand on vient de lire Zola !

22. — «... Puis, il y avait eu l'extraordinaire histoire de son mariage avec le baron de Lowicz, sa fuite au bras de cet escroc, dune beauté d'archange. »(!!!) C'est la femelle imbécile dont tous les rojnans du Crétin sonl pimentés depuis vingt ans. J'eusse élé bien affligé de ne pas rencontrer cette dame.

« Très riche », naturellement ; qui rit « de ses dents blanches de louve, entre ses lèvres saignantes » ; qui est « vraiment adorable, d'une force de désir irrésistible » ; que dis-je ? « d'un charme de magicienne dont les yeux brûlent, empoisonnent les cœurs » ; qui « garde son air d'invincible amoureuse » et qui pose sur la bouche de ses amants « sa petite main longue et enveloppante ». Celui qui écrit ça est le prince des prosateurs français.

Faut-il que ce prince ait été rebuté et vomi par les plus ouvertes catins, pour qu^à soi-

o4 JE m'accuse...

xanle ans, il ait, à ce point, la gueule sèche à la seule pensée d'une jupe!

Il est à remarquer que tous les personnages, sans exception, c'est-à-dire plusieurs familles, ont concerté de ne parler que de coït et d'avortement, pendant les trois ou quatre mois (1) que V Aurore publiera cette saleté, ce qui est incontestablement généreux. Mais que dire de celte société de décrotteurs et de marchands de pommes de terre frites enrichis que Zola considère comme une aristocratie très haute?

23. — Aui'ore parue avant-hier, dimanche de la Pentecôte. En ce jour du Saint-Esprit, que nous dira le Crétin? Rien qui n'ait été dit auparavant un très-grand nombre de fois, car ce prince des prosateurs a la spécialité de rendre pour réavaler, indéfiniment, et d'offrir trois cents lignes de lieux communs, chaque jour.

« Sa gaie figure ronde, aux bandeaux noirs, avait une délicatesse de fleur ». Ça,

(1) Cinq mois. Cette publication a duré cinq mois!!!

c'est un vieux portrait déjeune fille, souvent épousseté ! Remarqué aussi une petite dévote « en marche déjà pour toutes les folies, communiant encore, mais professant le péché, se familiarisant, chaque jour, avec l'idée de la faute ». Courage, cochonne ! Emile te regarde.

24. — Bonne page du Crétin. «Cherchez donc dans le Nouveau Testament le « Croissez et multipliez et remplissez la terre » de la Genèse? Jésus n'a ni patrie; ni propriété, ni profession[\\\\\), ni famille, ni femme, ni

.enfant. // est V infécondité même. » Voilà \ldonc où il voulait en venir, l'infécondité de J JÉSUS ! Idiote crapule.

25. — Le Crétin nous explique enfin, enfin ! sa personnelle infécondité. Cela commençait à devenir un peu rigolo, si j'ose le dire, l'obstination de ce romancier hongre à pétarder contre l'infertilité contemporaine des reins et des utérus.

Voici : « Vous ne pouvez nier, mon cher monsieur, que les plus forts, les plus intelligents, sont les moins féconds. Dès que le cer-

\ I veau et un homme s'élargit, sa faculté gêné- I tatrice s'affaiblit ». En d'autres termeSj Emile Zola a tpop d'esprit pour faire des enfants. Cette idée ïovVq Qi féconde me fut, autrefois, \j dévoilée par Tïuysmans. C'est bien assez 'pour un jour, n'est-ce pas? et tout le reste paraîtrait fade.

Que servirait, par exemple, de noter « le \j péril jaune », c'est-à-dire l'invasion chinoise en Europe, idée pas banale du tout, cependant, comme vous voyez, qu'Emile croit, sans aucun doute, engendrée de lui, sortie, comme une relavure à empoisonner des congrès, do l'éponge rince-bidet qui est son cerveau — élargi?

26. — Surmontant une nausée furieuse, je reprends ma lecture. Le facteur m'ayant apporté deux numéros à la fois, je les ai avalés coup sur coup, au risque d'en crever.

La joie des clients doit être grande, car c'est cochon à ravir, il n'y a pas moyen de le nier, et ou peut prévoir que cela deviendra plus cochon encore. Dans cet ultra-cocasse , roman, tout le monde semble avoir le nez p

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dans le derrière de tout le monde. Il n'y a pas un personnage, mâle ou femelle, qui pense à autre chose qu'à la friction plus ou moins savante, plus ou moins raffinée des viandes... Ah! le déchaînement erotique du

/Crétin est un spectacle !

Mais on est un penseur tout de même, il ne faut jamais l'oublier. Exemple : « Des nations disparaîtront encore. D'autres les remplaceront, et combien de mille ans faudra-t-il pour arriver à la pondération dernière, faite

I de la vérité et de la paix, enfin conquises?... » Voilà comment on enfonce Bossuet. Emile nous avait servi ça déjà, dans sa grande cacade sur Rome. Je n'ai plus le texte sous les yeux, bien entendu. II y a beau temps qu'il a disparu dans un gouffre, mais je me rappelle que le globe y était comparé à une bobine autour de laquelle s'enroulaient, se dévidaient successivement et indéfiniment les civilisations... Quand l'Occident sera devenu tout à fait gâteux, comme l'auteur, l'Orient redeviendra jeune, et vice versa, in œternum. Pour ce qui est du style, ça ne bouge pas, c'est toujours la même chose, les mêmes cli-

chés inusables et indéfectibles, depuis trente ans. Quand on vient de lire un poète et qu'on

I essaie de lire Zola, on croit tomber dans les

j lieux.

27. — Ah ! mais ça devient tout à fait abrutissant, le roman du Crétin. Est-ce que je vais être forcé de renoncer à mes notes quotidiennes? Il est évidemment trop facile de prévoir comment finira cette idiote et puante histoire. Question, d'ailleurs, sans intérêt. Mais voici douze feuilletons, douze fois trois cents lignes, exclusivement remplis par des conversations de gens appartenant à diverses classes et qui ne s'intéressent qu'aux moyens N à employer pour ne pas faire d'enfants. Tout 'autre thème est exclu. Il n'est parlé que de I fraudes, de désirs à satisfaire sans inconvéj nients, d'individus à gros appétits charnels, ; de femmes amusantes au lit ou pas amu- \ santés, etc.

, Le curieux est que ce porc atteint de pria-

pisme, en attendant la paralysie générale,

Vmais qui — avec une obstination de gaga —

I veut tout de même être un Moraliste, n'a pas

I l'audace de l'obscénité. A chaque minute, on

sent qu'il crève du désir de préciser une sa- ) leté, mais qu'il n'ose pas.

29. — Clemenceau, dont les attaques de mé- j diocrité semblent devenir plus fréquentes au T contact du Crétin, et qui nous sert volontiers ' « la Snint-Barthélemy, la Révocation de l'Edit de Nantes, la Terreur blanche, etc. » ; Clemenceau, dis-je, s'élève avec autorité contre l'obéissance, contre l'esprit d'obéissance qui « dégrade » l'homme et qu'il croit être la « servitude ». On dirait du Gohier. Pas du Zola. Le Crétin est beaucoup plus bas, et il lui faudrait le char de feu du Prophète! pour s'élever jusqu'à ces âneries.

Faut-il que Clém.enceau qui n'est pourtant pas une brute, comme son confrère Urbain et quelques autres — qu'on peut même ap'peler un écrivain — soit mangé d'ambition pour endosser cet uniforme de lieux communs, cette casaque vile de franc-maçon subalterne, fraîchement racolé à une table d'hôte de commis-voyageurs ou derrière un établi de savetier ! C'est, d'ailleurs, une sensation étrange de songera l'épouvantable tyran que serait tout de suite un domestique

aussi volontaire, s'il devenait inopinément un maître !

Lisant le treizième feuilleton du Crétin, j je pense tout à coup à Huysmans et je me de- ! mande, si celui-là n'est pas pour quelque chose dans le mouvement chaleureux qui a fait I éclore « Fécondité », et si Zola, en mainte ; page, d'ailleurs vomitive, Dieu le sait! n'a pas eu le dessein de confondre un ancien disciple dont le catholicisme récent doit l'indigner. Car l'auteur de « Lourdes » est certainement incapable de douter du catholicisme de l'auteur de « la cathédrale ». Ils \i sont, à coup sûr, aussi clairvoyants l'un que I l'autre.

Or je me rappelle que le second m'a exprimé — combien de fois ! — son horreur pour les enfants, ne craignant pas d'aller jusqu'à des théories formelles d'avortement, se vantant même de les avoir personnellement mises en pratique. Devenu catholique, — le catholique de ses trois dernières manigances — Joris-Karl est-il toujours dans ces pensées? (1).

(1) On me dit que Huysmans vient de prendre, non

Mais le cas du Crétin est tout autre, et, sans (Joule, je lui suppose bien gratuitement des intentions. Il n'a pas besoin, lui, de théories, ni de pensées, ni même de l'embryon le moins défini du concept le plus inférieur. Qu'en forait-il ? Il est tout cul, si j'ose risquer ce trope qui, seul, rend ma pensée, et les fraudes, les étreintes vaines, les accouplements stériles, la semence jetée au hasard et qui « se dessèche », « les seaux de toilette, pleins de vie souillée, gâchée qu'on vide au cloaque », tout ce torrent de cochonneries, qu'est-ce autre chose que l'occasion, espérée vingt ans, d'un gâtisme assez obtenu pour que le mandrille, érigé moraliste transcen-

pas le voile, mais l'habil bénédictin à Ligugé. Je ne suis pas pressé du besoin de féliciter la famille de saint Benoît. J'ai travaillé, plus de quatre ans, à ensemencer de christianisme ce romancier sorti de Médan. Terre ingrate et rude labeur !

D'autres ont moissonné. Grande joie leur fasse! Je ne la leur envie pas et j'attendrai, pour modifier mes sentiments ou mes vues, qu'il me soit prouvé que cette < oblalure » est autre chose qu'un geste littéraire.

Kolding, avril 1900.

dant, osât enfin se déculotter et se polluer devant les garnos?

30. — Une chose que je ne me lasse pas d'admirer dans le feuilleton du Crétin, c'est l'impuissance, V infécondité àQ l'auteur. C'est consternant et même un peu diabolique de lire ce bavardage monstrueux, infini, ce déluge de mots, pendant des pages, pour ne jamais aboutir, pour ressasser indéfiniment un lieu commun misérable, sans espoir de rencontrer, je ne dis pas une idée, mais une image, un semblant d'image qui n'ait pas servi un million de fois! Cela fait penser à la masturbation d'un cadavre.

«... Et il songeait encore aux lits des casernes où dorment solitaires, improductifs, quatre cent mille jeunes hommes, etc. » Ne croirait-on pas entendre les lamentations d'un tenancier de lupanar menacé dans son négoce? Le digne homme voudrait donner des femelles à tous ces mâles.

A cet endroit, il n'est question que de semence, de laitance, d'œufs de poisson, « d'œufs qui coulent {sic) dans les veines du monde, etc. » Et telle est, durant cinq cents

lignes, la méditation exclusive d'un jeune père de famille qui va prendre un train, au chemin de fer du Nord, pour coucher gentiment avec sa femme, mais qui, ayant touché son mois, aurait bien envie de faire la noce, si M. Emile était assez bon pour le lui permettre.

On devine comment cela finira. Le voici déjà qui redescend sur les boulevards, décidé à rater son train. C'était à prévoir. Les combinaisons du Crétin ne sont pas des énig[nes compliquées et on ne peut pas dire qu'il soit doué d'une imagination à surprises. A demain donc, sans doute, et aux jours suivants, le récit crouslilleux de cette nuitée d'amour. Avec la forme svelte et rapide qu*on sait, il y a lieu de présumer que cet épisode ne dépassera pas trois mille lignes.

31. — Déception et humiliation. Le héros de Fécondilé ne fera pas la noce, cette nuit du moins. M. Emile ne l'a pas permis.

Il s'élance dans le train et vient retrouver sa femme qui l'attend « sous les étoiles, avec } sa gorge menue et ferme, ses joues de fruit ' savoureux, et sa peau d'une blancheur de ^

lait qu'accentuent encore ses admirables cheveux noirs... » Hé! zut!

l®"" Juin. Continuation des coïonnades idylliques. Combien le vice paraît aimable comparé à la vertu offerte par Emile Zola!

3. — Feuilletons d'hier et d'aujourd'hui. Suite de la vertu. Le faiseur d'enfants, aux trois quarts séduit par l'éloquence malthusienne des clients de M. Emile, essaie de persuader à sa femme d'en rester là. Ça n'a pas l'air de mordre. Ennui à peu près insupportable. Impossible d'extraire, de défalquer, d'isoler quoi que ce soit. Pas même une ânerieun peu plus carabinée que les autres. C'est un bloc de sottise dense et morne. Je ne peux pourtant pas citer les petits enfants endormis « pareils à des petits Jésus et riant aux anges » ou d'autres trouvailles de celte force. Une chose revient sans cesse. Il paraît qu'on en est fier. « Bien vivre, c'est aimer la vie ». Au diable le gâteux! Je crois, décidément, que j'ai entrepris une sale besogne.

4. — Notre Crétin arrive, aujourd'hui, à la fin du « livre premier », une centaine de

pages, au moins, dans lesquelles il n'a été parlé que des choses du cul, par le prodige tout spécial à Zola d'une réitération acharnée, enragée, indécourageable, des mêmes objets, au moyen des mêmes formules, des mêmes expressions clichées et cela dans un

j vocabulaire granitique de camelot, d'agentvoyer ou de secrétaire de commissariat toqué de littérature. On ne connaît pas un romancier populaire qui ait pu compter, autant que lui, sur la stupidité ou la vacherie de ses lecteurs. Et nous ne sommes qu'à l'aurore des saletés, puisque ce n'est encore que le premier livre.

Toutefois, avant de poser — pourbien peu de temps — sa plume légère, il a tenu à promulguer, derechef, que « les plus intelh'gents ^sont les moins féconds ». On a lu déjà {2o mai) cette haute maxime, avec son application immédiate. Aujourd'hui, il ajoute, en façon de corollaire, que «les enfants ne J poussent jamais en si grand nombre que sur

I le fumier de la misère », — ce qui revient à cette autre altière sentence que la supériorit^é de l'esprit consiste à gagner de l'argent, —

histoire d'êlre agréable à MM. les Mufles et de se recommander à leur bienveillance (1).

Enfin, allégé de ce témoignage, il permet qu'on fasse un enfant déplus dans la maison des « petits Jésus ».

« Et ils eurent la superbe, la divine imprévoijance. Ah îles délices de cela!... Ce fut leur acte de foi en la vie, un cantique à la fécondité, créatrice généreuse, inépuisable, des mondes ».

Ah ! oui, les déli-ces de cela! « l'ivresse délicieuse » de ces phrases régulièrement servies tous les ans, dans la même belle ordonnance, depuis la libération du territoire! Mais qui donc a dit que Zola est un homme sans religion ?

(1) Syllogisme du parfait Mufle démocratique.

Majeure. Les plus inlelligents sont les moins féconds.

Mineure. Or les enfants ne poussent jamais en aussi grand nombre que sur le fumier de la misère qui est, par conséquent, celui de la bêtise.

Conclusion. Donc la supériorité intellectuelle consiste à gagner de l'argent par le moyen rudimentaire des enfants des pauvres.

Monsieur Emile.

5. — (dans l'Octave du Saint-Sacrement). Sanctification du dimanche. Office divin. «... Une vénération Tenvahit, il l'adora (la bonne déesse aux chairs éclatantes, la dame du monsieur, bien entendu), comme un dévot mis en présence de son Dieu, au seuil du mystère...// découvrit le ventre, d'un geste religieux. Il le contempla si blanc, d'une soie si fine... Il se pencha, le baisa sainte-i meîit, en mettant dans ce baiser toule sa tendresse, toute sa foi, toute son espérance (on n'est pas plus théologal). Puis il resta un instant, ainsi qu'un fidèle en prière, posant sa bouche avec légèreté... » Il ne reste plus qu'à se retirer sur la pointe du pied, après avoir lancé un dernier regard plein de respect dans la direction du « seau de toilette ».

Le célèbre gaga n'oublie pas de nous dire que cette cérémonie pieuse a lieu le dimanche. C'est comme cela qu'il entend que le Jour du Seigneur soit sanctifié. Quand les grands hommes déliquescents ou non encore déliquescents entreprennent de remplacer Dieu, c'est cela qu'ils trouvent.

7. — Berquinade familiale de six cents lignes, depuis deux jours. Allons! les petits enfants, venez faire risette à votre oncle M. Emile qui vous aime tant. Da, da, da, da, da — Ga, ga, ga, ga, ga.

Ce personnage illustre et sympathique est, d'ailleurs, sur le point de rentrer en France, si, toutefois, il en est sorti — ce qui est une question.

Article de quatre colonnes et de trente mille caractères pour nous apprendre qu'il désire rentrer en silence. A peine quelques mots de Dreyfus. Il parle avant tout, surtout de lui-même et des « tortures » de son exil (1). Elles ont pu être atténuées, j'imagine, par quelques douceurs. Les souffrances d'exil d'un romancier qui gagne deux ou trois cent mille francs par an avec un unique bou-

(1) Les tortures de l'exil de M. Zola qui fout le camp, après avoir raflé à ses amis une cinquantaine de mille francs, j'aime à le croire, car tel est le juste prix d'un roman-feuilleton de ce crétin désintéressé! Voilà qui nous met furieusement loin de l'île du Diable où on s'amuse joliment, comme chacun sait !

Démasque-loi donc tout à fait, égoïste et lâche cafard !

quin salopé, ne paraissent pas devoir être l'occasion d'un deuil national.

N'avait-il pas, d'ailleurs, la consolation d'écrire « Fécondité », et la consolation plus sublime de savoir — lui seul — qu'il « n'avait jamais eu qu'une passion, celle de la vérité... que, depuis quarante ans, il avait serm son pays par la plume et chanté la France par plus de quarante œuvres déjà?... » Enfin, ne pouvait-il pas se rendre à lui-même le témoignage si réconfortant « d'avoir porté la petite lampe sacrée, qui éclairerait le monde si les puissances mauvaises venaient à éteindre le soleil !!!?etc. ».

Qu'il ne soit donc pas parlé de récompense. Le cher homme n'a eu aucun mérite. « Je veux bien qu'on dise de moi que je n'ai été ni une bête ni un méchant ». C'est tout ce qu'il demande. Pour ce qui est des âmes basses et sottes, qui le calomnient, qui l'abreuvent d'outrages, non seulement aujourd'hui, mais depuis qu'il, a commencé d'écrire, il les protège de son « indulgence àe poète, pleinement satisfait du triomphe de l'idéal ».

Au fond, malgré la « sérénité de son âme », il a une peur verte qu'on ne lui reproche d'avoir filé pour échapper aux gendarmes, et une autre peur, très imprécise, mais plus glaçante, de recevoir enfin le salaire de ses travaux. Qui sait? la conscience de cette canaille n'est peut-être pas tout à fait défunte.

8. — « Reine (une petite fille de 13 ans) se mit à rire, savante déjà, sans doute, lorsqu'Ambroise vint crier à sa mère qu'elle était sa petite femme et que Rose était leur bébé ». Est-ce assez pur, assez virginalement symbolique, cette fleur de lys dans un pot de chambre sur la table de travail de M. Emile!

Il paraît, d'ailleurs, que cette saleté-là — ou n'importe quelle autre ordure, bien entendu — est a plus haute et plus vraie que le culte de la Vierge ». Quelle ressource tout de même, que le gâtisme, et comme cela vous campe un écrivain !

9. — L'ignominie conjugale nommée fraude et qui revient sans cesse dans ce livre immonde, est jugée, cette fois, et qualifiée de

pratique coupable. Voyons ! Emile, c'est trop bête, à la fin. S'il n'y a pas de Dieu, comme lu l'affirmes sans cesse, après lanL de cordonniers, où prends-lu la culpabilité de n'importe qupi ou de n'importe qui? Gomment! je serai demain un amas de pourriture, rien de plus, et je me priverais de rigoler, aujourd'hui, comme il me plaît. S obéirais au catéchisme^ sans y croire ! jMerdre, alors!

« ... Elle parla du docteur Boutan, voulant qu'on lui redise^ etc. » Le crétin a définitivement perdu l'imparfait du subjonctif.

Tiens ! Tiens ! Voici que notre glorieux rapatrié écope dans la maison même. L'outrecuidance inouïe de son article d'avant-hier a ; indigné Bernard Lazare qui fut, en réalité, le '^\ premier, le seul, il y a au moins quatre ans, à s'occuper de Dreyfus, qui a vu Zola surgir soudain d'entre ses pattes, — lorsque Vaffaii'e était mûre^ bonne à cueillir, — et qui, après la victoire, n'obtient pas même une mention.

Bernard Lazare, écrivain de bonne tenue et ne parlant pas du tout de « la petite lampe sacrée », proteste, en fort bons termes,

conlre cet ignoble silence. Il ne nomme pas le drôle, mais on voit si bien qu'il y pense, quand il parle, par exemple, des ouvriers de la « onzième heure ».

— C'est moi qui ai tout fait ! gueule Zola, moi l'Apôtre ! moi le Martyr I moi le Citoyen 1 moi/ MOI \ MOI! Il est temps que ce paquet lui arrive sur la trogne. J'imagine que les bons compères de l'endroit Vaughan n'en sont pas autrement fâchés.

10. — Bavardage sénile à propos de nourrices. On ne demande pas des idées, oh î non, mais un mot, rien qu'un tout petit mot d'écrivain, qui ne vient jamais. Littérature

|de marchand de vaches !

11. — Toute ma récolte : « Quant à Santerre (Paul Bourget), ce n'était que le bon ami qu'il avait voulu, un jour, faire entrer chez sa femme, pendant qu'elle était au bain, pour lui montrer comment elle était drôle dans l'eau ». Ça ne se passe pas autrement, il faut croire, dans les maisons où fréquente monsieur Emile.

A un ami :

« ... J'espère, cependant, que quelques-uns me rendront justice, lorsque la surprenante infannie de Zola sera vue dans son plein, lorsque les amis ou admirateurs prétendus de l'heure actuelle seront forcés de le repousser dans les latrines profondes d'où il est sorti, j — ce qui doit certainement arriver beaucoup plus tôt qu'on ne pense.

« Déjà le misérable s'est à moitié trahi dans la lettre, monstrueuse d'outrecuidance, intitulée Justice, où ce triple sot, gavé comme une volaille depuis trente ans, parle des « tortures de son exil » — à lui ! — et des amertumes, dont sa vie littéraire fut « abreuvée ». Quel répugnant et hideux tartufe ! Vous verrez la suite. Alors, peut-être, — mais non pas sans honte et sans horreur — vous souviendrez-vous de Léon Bloy dont vous aurez méprisé les avertissements.

« Vous êtes hypnotisé au point de m'écrire que l'affaire Dreyfus est « le plus grand drame historique du siècle »! ! ! égalant au moins, par conséquent, ce remuement de merde à l'Epopée Napoléonienne ; à la guerre franco allemande ; à ce torrent de sang noir qui est l'histoire si mystérieuse et si peu connue de Naundorff, etc. C'est du délire.

« Vous trouvez la preuve d'une vraie « grandeur » dans JT accuse. Alors je ne comprends plus du tout pourquoi vous me lisez et pourquoi vous dites m'admirer. Vous n'en avez pas le droit, a Qu'importe,

ajoutez-vous, à côté d'un si grand rôle, et lorsqu'on a un si puissant levier (!), l'imbécile roman Fécondité? » Oui, n'est-ce pas? qu'importe qu'un soi-disant écrivain ait pourri des milliers de cœurs, avu,i la langue française et l'esprit français ; qu'importe qu'en ce moment même, il outrage Dieu chaque jour, en trois cents lignes, s'il a gueulé ou paru gueuler pour Dreyfus ? Soif, mais, alors, que pouvez-vous penser de l'auteur du Salut par les Juifs qui a tout sacrifié pour des choses de si peu d'importance, sinon qu'il est un idiot ou un vil phraseur?

« Léon Bloy. »

12. — C'est Vaughan qui ne doit pas rire 1 Il doit même y avoir de belles imprécations, chaque soir, à la rédaction, quand il faut faire de la place à ce feuilleton en enfance dont l'effrayant, l'homicide ennui est, de jour en jour, plus intolérable. La turpitude même s'y raréfie. Cela devient un très bas potin monotone, perpétuel et sans issue, dans un monde platement abject où la stupidité morne et le gonjatisme comateux sonti équilibrés par Vinexistence de tous les per-J sonnagessans exception.

Prenez garde ! gens de V Aurore. Vous allez embêter le peuple !

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