‹ Je marie Victoire vaudeville en un acte (volume 2)Chapitre 2 sur 34 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

MULOT, puis GAILLARD.

MULOT, seul, assis près de la table et plumant un dindon.

Cnsti !.. je crois qu’il sera dur celui-là!... Ah! Dieu! il me tarde que cett’ noce soye fînite. Depuis ce matin je n’arrète pas. C est comme le bourgeois, M. Gaillard, il a l’air d’un ahuri... il va... il vient, répondant à tout le monde : Je marie Victoire. 11 n a que ce mot-là à la bouche.

^ GAILLARD, en dehors#

C est bon... revenez demain... je n’ai pas le temps de vous écouter... je marie Victoire!

MULOT

La... qu’est-ce que je disais!

GAILLARD, entrant par le fond à droite, en veste du matin et en bonnet de coton*.

Parler, d affaires !.. Ah! ben oui! un jour comme celui-ci I... Ah. te v la, Mulot. Eh bienl ça avance-t-il?

MULOT

Dame! not maître, vous voyez, j’épluche les dindons.

m. . , gaillard.

Mes habits?

mulot.

GAILLARD

MULOT

Sont escoués.

Le perruquier?

lia ben des pratiques aujourd’hui; mais il m’a dit comme ça de vous dire qu il ferait son possible pour venir.

* Mul. Gai],

GAILLARD. -

Maintenant que ma bonne va se marier, ce n'est plus elle qut peut me raser. Ah! ça sera une perte... car elle s y entendait joliment.

MULOT, se levant, son dindon à 1a main.

Bah!... not’ maître, je la remplacerai.

GAILLARD

Toi!... tu sais raser?

MULOT, montrant son menton.

Regardez-moi ce satin-là.

GAILLARD

A propos de ma barbe, as-tu étrillé les chevaux ?

MULOT

Pas encore ; j’ peux pas tout faire à la fois.

Faudra les préparer pour la voiture d’onze heures.

MULOT

Oui, not’ maître.

GAILLARD

Et fais-les beaux ! Desfleursauxoreillères... c'est un jour de fête, et je veux que tout le monde s’en ressente. Que tout le monde soit paré, heureux... même les bêtes. Tu mettras benqueque chose aussi, toi...

MULOT, montrant les dindons.

Dites donc, not’ maître, en v’ià qui ne 1’ sont guere, hureux.

GAILLARD

Ah! dame... c’est leur métier.

Ml’LOT.

Air : Jadis et aujourd'hui.

C’est pas trop gai pour les pauv’ bêtes.

GAILLARD

On les engraisse tout exprès;

Et, d’puis 1’ déluge, il n’est pas d’ fêtes, Sans qu' quéqu’ victime en fass' les frais.

Quand les humains se donn’nt des bosses Toujours par les bèt’s c’est payé ;

Y a des dindons dans tout’s les noces... Sans compter quéqu’fois le marié.

ENSEMBLE, gaiement.

Y a des dindons dans toul’s les noces.

Sans compter quéqu’ fois le marié !

GAILLARD, riant.

Ah!., ah!., ah!..

mulot. , - t

Mais comme vous v’ià jovial à c’ matin, not’ maître.

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