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Je me souviens [microforme]

Le fier Américain des Etats-Unis devrait souvent, en justice, invoquer la devise de notre chère province, et dire avec reconnaissance : « Je me souviens. » En effet, le nom des fiis de la Nouvelle-France est écrit en lettres d’or sur mainte page des annales de son pays. C’est À leur vaillance et à leur zèle qu’il doit quelques-uns des plus riches joyaux de son héritage national.

Généreux missionnaires, explorateurs intelligents, intrépides voyageurs, les Français du Canada ont tracé une voie au christianisme et À la civilisation, depuis le pays des grands lacs découvert par deux Récollets et exploré par l’immortel Champlain, jusqu’au golfe du Mexique, depuis l'Océan Atlantique jusqu'aux Montagnes Rocheuses,

Cavelier de la Salle découvrant la rivière Ohio, et plus tard, les bouches du Mississipi ; le jésuite Marquette et son compagnon Jolliet, sillonnant, les premiers, le « père des eaux » jusqu’à sa rencontre avec l’Arkansas, dotent la France très chrétienne de immense bassin baigné par le plus long fleuve de l’univers.

Si la France a pu céder, et si les Etate-Unis, doublant lev domaine, ont pu acheter, en 1803, ce bassin qui comprend l Louisiane, l'Arkansas, le Missouri, le Kansas, l’Iowa, rangés parmi les plus fertiles Etats de l’Union, sans compter presque tout le Minnesota, une portion notable du Colorado et du Wyoming, tout le Montana, le Dakota Nord et Sud, l’Oklohama et le Territoire Iudien, À qui en revient le mérite, sinon à l’humble missionnaire mort victime de son zèle, et enterré sur la rive d’un lac solitaire, et À ses successeurs dans la carrière apostolique ? A qui encore, sinon aux vaillants pionniers, compagnohs, de leurs courses, et ambitieux d’agraudir les domaines de leur roi ?

Et les territoires baignés Par le Grand Océan, qui les ouvrit à l'Evangile ? Qui fonda les églises de 1 côte nord-ouest du Paci. fique, sinon des missionnaires Partis de Québec ? Au reste, sauf a Californie, le Nouveau-Mexique et la Floride, théâtres de l'apostolat des fils de saint François d'Assise, qui ACCOmpagnèrent les

écouvreurs espagnols, tous leg diocèses de l'Union américaine, Comme tous ceux du Dominion du Canada, sont des rejetons du tronc vigoureux de l'Eglise de Québec, qu’on Pourrait, dans un certain sens, appeler Ja « mère et Ja Maîtresse » de toutes celles de l'Amérique du Nord.

Si, pendant longtemps, la fièvre de l'industrie et du commerce

NI8,» qui, depuis bon nombre d années, prend un vif intérêt à

souvent héroïques, Le Wisconsin, plus peutêtre que les autres Etats de cette région, a noblement fait son devoir en érigeant des statues À la mémoire du Père Marquette, et en Puübliant, en

Qui les ouvrit à d-ouest du Paci- Au reste, sauf éâtres de l'apos- 'Mpagnèrent les on américaine, les rejetons du irrait, dans un e toutes celles

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ses compatriotes, aussi bien qu’à l'instruction des Anglo-Saxons de la Grande-Bretagne, était fils d’une mère canadiennc française.

Il en est ainsi pourtant, et nous sommes heureux d’en faire la preuve aux lecteurs de La Nouvelle. France,

Voici d’abord, en raccourci, la biographie du célèbre latiniste et helléniste, Charles Anthon, qui, né à New-York, le 19 novembre 1791, y mourut le 5 janvier 1867.

Après avoir étudié les hbamanités au Collège Columbia (Yale), il y prit ses grades avec honneur et se livra d’abord à l’étude du droit. Mais il était né professeur, et son attrait naturel Je portait vers l’enseignement des classiques grecs et latins. C’est durant les premières années de son stage qu’il prépara sa grande édition d’Horace, qui, pendant longtemps, fut le vade mecum des étudiants des Etats-Unis et de l'Angleterre,

Maître savant et expérimenté, il savait aussi capter ses élèves par l’urbanité de ses manières, par son zèle pour leur avancement, par le désintéressement avec lequel il poussait les plus retardataires dans la voie royale du savoir.

On se demande avec étonnement comment Charles Anthon a pu mener de front tant d'œuvres diverses, car ses fonctions de professeur et de directeur d’un lycée (grammar school) sufisaient pour absorber tout son temps, Comment at-il réussi À publier tant de livres, en tout une cinquantaine de volumes ?

D'abord, il n'avait pas à compter sur les soucis et les distractions inséparables de la vie domestique, car à l'instar des fellows 1 des universités anglaises d’Oxfori! at Cambridge, il était bachelier dans la double acception du titre. Puis, sa journée était réglée d’une façon tellement méthodique qu’il pouvait en utiliser tous les moments libres.

Il ne dormait que six heures, se couchant à dix heures, et se

1 — Le règlement traditionnel imposant le célibat aux fellows a été abrogé depuis quelques années,

levant à quatre, Ce

cures de la journée, houres de fraîchour et de lucidité gi i

intellectuel, Qu'il consacrait à la com

Pendant Anthon furent

eignement secondaire et 8

du Haut-Canada, et firent autorité mê

me dans les écoles du inguistique et de Us savants et mieux documentés sont 8 classiques Somentés du Docteur Anthon rendu un service signalé à Ja Jeunesse étu-

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Jamais l’axiome bien connu , lo style, c’est l’homme, ne trouva plus que chez lui une heureuse et exacte application, Le

vraiment l’ami de l'étudiant, dans ses livres, Chaire 'et dans son Cubinet d'étude. Expli.

Mmentaires Incides des Passages obscurs et difficiles

» Notes historiques et archéologiques Aussi intéreseantes qu'instructives, illustrées de fac-similés, d’inseripti

de gravures appropriées au sujet : voilA autant de moyens de faciliter la tâche de l’étudi

ligents et Certainemen

connaître et approfondir les auteurs clasei

e de leurs œuvres !

Part, nous

rrière le fauteuil de et quelle reconnaissance 8 aVoir jamais confiy UX Commentaires et

e ne devons-nous pas à qué le précieux bouquin !

aux gravures de ce com-

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plaisant manuel, nous n’étions jamais pris au dépourvu quand le moment était venu de traduire, À première vue, un passage quelconque de l’Enéïde,

es de Charlès la plupart dos les Etats-Unis, les écoles du ‘uistique et de umentés sont teur Anthon Cunesse étu-

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Maïs nous voici loin de notre thèse, Ex quoi donc le Canada français peut-il réclamer une part de la gloire littéraire du D' Anthon ?

En ce que la mère de celui-ci, Geneviève Jadot, était canadiennefrançaise, née À Sandwich ; que sa grand’mère maternelle, Marguerite-A mable Baudry de Saint-Martin, était née À Québec, où l’acte de son baptême se lit dan le registre paroissial de l’église cathédrale ; que par ses ancêtres du côté de sa mère, il remonte jusqu'à Louis Hébert, «le patriarche de la Nouvelle-France, » et à Guillaume Couillard, qui, lui aussi, assista aux origines de cette colonie, et qui embrasse dans lu lignée de ses descendants directs ou indirects les familles Jolliet, de Léry, de Ramezay, d’Youville, Deschambault, Taschereau, Bégin, Taché, Boucher, en un mot tout ce que la Nouvelle-France compte de plus illustre par la naissance, la dignité, la vaillance et la vertu.

Mais cette gloire n’a-t-elle pas été amoindrie par la mésalliance religieuse de sa mère et son infidélité conséquente aux traditions de sa nationalité et de sa foi ? C’est là, il faut l’avouer, un de ces faits lamentables qu’on ne saurait assez déplorer, et qu’il faut, dans l’occasion, savoir éviter au prix de n'importe quels sacrifices. Il est, toutefois, consolant de songer que, dans ie cas présent, il n’y eut pas, de la part de Geneviève Jadot, de renonciation formelle de sa foi.

Fille unique de Louis Jadot, colonel dans l’armée française sous les ordres de M. de Muy, et dont le père était maire de Rocroy en Champagne, et de Marguerite Baudry Saint-Martin, elle fut baptisée, le 20 mai 1763, dans la chapelle des Hurons, par le missionnaire jésuite Pierre Potier. Elle perdit sa mère l’année

suivante, et son père fut tué peu de temps après, à Miami (Fort Wayne), où il avait été député Pour porter des présents aux sauvages.

Devenue la pupille du D° George Anthon, chirurgien de l’armée

nel Jacques Saint-Martin, Geneviève fut de NOUVeau, par la mort de sa tante, privée d’une gardienne de sa foi. Elle n'avait alors que six ans, et quand, plus tard, son tuteur, alors âgé de qua-

rante-quatre ans, la demanda en mariage, elle n’en avait que quinze,

fait construire pour le chef des Hurons. En 1740, lors de Ia translation des Hurons À l’île au Bois Blanc (aujourd’hui île de

à New-York.

L’atmosphère mondaine du Détroit, Occupé depuis la cession du Canada par une garnison anglaise, n’était guère propre À entretenir la ferveur religieuse, Le changement d’allégeance, et les

au reste, à cette période lamentable de l’histoire qu’on a Justement appelée l’époque « de Ja disette,» disette spirituelle Cue à la

des ordres religieux d’hommes, décrétée par les nouveaux maî. tres du pays. Un des derniers survivants de la Compagnie de

rès, à Miami (Fort 8 présents aux sau-

rurgien de l’armée AUX soins de Me e son oncle mater- Aveau, par la mort

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Jésus, le Père Potier, desservait seul les fidèles du Détroit et des environs, ministère auquel, vu son âge et son isolement, il ne

pouvait suffire 1.

L’ignorance et la bonne foi expliquent l'attitude de Geneviève Jadot ; elles atténuent sa faute, si toutefois il y eut de sa part, vu les conditions où elle se trouva, faute consciente et formelle, On éprouve, tout de même, un serrement de cœur en voyant ainsi s'éloigner du giron de la sainte Eglise, et fonder une famille étrangère à la foi catholique, l’héritière du sang le plus pur et le plus fidèle de la Nouvelle-France.

Ce fut une de ses ancêtres, une arrière-cousine, Marie-Madeleine de Repentigny, qui, au vieux mor. ‘ère des Ursulines de Québec, alluma devant la statue de la Mauone du Grand Pouvoir (la lampe qui ne s'éteint jamais. »

Poètes et romanciers, usant de leur privilège, ont brodé à l’envi sur ce fait historique. Ils ont écrit à ce sujet les choses les plus pittoresques comme les plus invraisemblables. Maïs, imagination à part, n’y peut-on voir un symbolisme mystérieux et touchant ?

La lampe votive, n’est-ce pas la prière ardente de l’âme qui, vouant à Dieu sa virginité, se consume pour lui seul et pour les âmes qu’il a créées ct rachetées ?

Elle brille, cette lampe fidèle, dans la « chapelle des saints, » depuis bientôt deux cents ans; et l'âme bienheureuse de Madeleine de Repentigny de Sainte-Agathe, elle aussi, se consume comme un séraphin devant le trône de Dieu et intercède pour le salut des siens. Et sa prière est depuis longtemps exaucée. Car ils sont innombrables les héros, les saints, les pontifes, les vierges, qui, issus comme elle du premier colon de la N ouvelle-France, ont illustré et illustrent encore l'Eglise et la patrie. Et voici que le rameau que l’erreur a détaché du tronc vénérable vient de s’y greffer encore et promet une nouvelle floraison.

1— Le P, Potier mourut en 1781, la troisième année du mariage de Madame Anthon, six ans avant le départ de celle-ci pour New-York.

Une âme d'élite, a Cain, est entrée naguère au bercail de l'Eglise, renouant ainsi la La

âmes sœurs une fascination salutaire. L’humilité de la foi, l’ar-

deur de la Prière, la douceur de la grâce, la bonne odeur de

plus immédiate, à celle de son autre Parente, consacrée A Dieu dans

l’ordre de Sainte-Ursulc. Elle s'appelle Marie-Madelcine-Gene. viève,

Notre-Dame de Québec, dont Son aïeul, Guillaume Couillard, avait donné le terrain ; puis, suivant Jésus-Hostie dans sa marche triomphale Par les rues de Québec, dont plusieurs portent les noms de ses illustres ancêtres, elle le remerciait de l’avoir choisie entre mille et entre dix mille Pour recouvrer et posséder sans Mélange le don inappréciable de la foi.

l'emplacement de la maison où les Pères Lejeune et de Npüe Célébrèrent le saint sacrifice de la messe Pour la première fois après la recouvrance de la Nouvelle-France naguère tombée au

En priant dans la vielle chapelle des Ursulines, elle vit, À travers les grilles du cloître, scintiller la flamme de «la lampe votive, »

en ent fm et À onde bd fon boot

nd linguiste améri.

e, renouant ainsi la famille. Son retour poir bien fondé—le ane Âme gagnée à vine exerce sur les 1ilité de la foi, l’arà bonne odeur de uême par les liens nfluence.

enir, a voulu unir ienne-française la sacrée à Dieu dans -Madelcine-Gene-

eau de sa famille, de Connaissance.

à merveille À son ssion de la Fêtele cathédrale de aume Couillard, dans sa marche eurs portent les e l’avoir choisie & posséder sans

> dans le jardin uis Hébert, et 18 et de Npüe * première fois re tombée au

elle vit, À tra.

ampe voti ve, »

et, exhalant son désir de voir les siens partager son bonheur, elle put répéter doucement, avec le plus illustre des néophytes du dernier siècle : Lead, kindly light 1,

L'abbé L. Linpsay.

1—En reconnaissance du don de la vraie foi, eten souvenir de’ sa pieuse arrière-cousine, Mie Anthon a voulu signaler la restauration de la chapelle du monastère des Ursulines de Québec par un ex-voto digne de son illustre origine. Outre la belle verrière en rosace qui orne la façade de la chapelle publique, elle a remplacé la vieille lampe votive de la madone du Grand Pouvoir par une autre qui est une véritable œuvre d'art, exécutée spécialement pour cette fin par la célèbre maison d'orfèvrerie religieuse d’Armand Calliat, de Lyon.

Cette lampe, qui est entièrement d'argent 1er titre, avec dorure ors et couleurs, et émaux au feu, aussi bien que les chaines et le pavillon, pèse 1398 grammes. En voici le poëme dans les détails: Un large bandeau, ciselé en relief, supporte quinze roses émaillées, cinq blanches, cinq rouges eb cinq jaunes, couleurs emblématiques des mystères du Rosaire. Trois volutes auxquelles les chaînes sont attachées supportent cette lampe qui se termine par un pendentif ciselé en relief et par une croix émaillée, Trois chapelets aux grains de lapis bleu du Tyrol sont suspendus au-dessus du bandeau de la lampe. Des lys au naturel timbrent le bandeau du pavillon et s’accrochent aux volutes.

Sous la lampe a été gravée une inscription commémorative.

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