‹ Jean Balue, cardinal d'Angers (1421?-1491)Chapitre 104 sur 187 · Brosch, op. cit., p · texte numérisé non relu

Brosch, op. cit., p

2. Yolaterrani diarium (Muratori, op. cit., t. XXIII, col. 162-163).

3. Ceci ressort d'une lettre de Balue à Du Bouchage (4 mai 1482), pièce justifie. XXI.

4. Compte rendu sommaire de l'ambassade de M. de Rochechouart et maître Jean Rabot (Bibl. Nat., fs. fr. 15870, pièce 3). On trouve des renseignements au sujet de cette mission aux Archives Nationales, K 1380 (portefeuille Fontanieu, coté: K, 964, liasses 10 et 11). — Gommines mentionne ce fait (t. II. p. 216) : « Et s'en feit absouldre d'ung « bref envoyé par nostre sainct père le Pape a sa requeste. »

Le Pape n'avait d'ailleurs pas attendu jusque-là pour prouver à Balue qu'une faveur nouvelle allait succéder à son infortune. Le 26 février 1482, il le rétablissait dans tous ses droits et toutes ses dignités ^ Nous possédons dès lors une série de lettres émanées de la chancellerie pontificale, qui montrent les soins apportés par Sixte IV à faire renaître les bons rapports entre Louis XI et son ancien favori. « Il se louait, (( écrivait-il le 3 mai, d'avoir auprès de lui un cardinal du « mérite de Balue ; sa fidélité et son amour pour le roi de (( France étaient sans borner, aussi le recommandait-il à la « bienveillance du prince ^ »

En adressant ce bref à Du Bouchage, notre cardinal annonçait qu'il venait d'envoyer l'office de saint Bonaventure, composé par le Souverain Pontife pour le roi, etosait ajouter: Plusieurs fois déjà le Saint-Père a écrit en ma faveur, « il me semble que le roy escrive volontiers au Pape en le « merciant des bons termes qu'il me tient pour l'amour de « luy; je vous prie, tenez y la main^ » Il est difficile d'être plus arrogant. Balue avait déjà bénéficié alors d'une lettre de rémission, malheureusement perdue*.

Au mois d'août, dans les remontrances qu'il adressait à Louis XI, Élie de Bourdeilles "^ parlait des bons termes du Saint- Père et de Balue, et d'une lettre que ce dernier lui avait adressée, protestant de sa fidélité : a 11 veut faire le bon <( plaisir du roy, et le veut faire loyaument à tout son (( povoir ». Il ajoutait qu'il « seroit expédient qu'il y ait pro- (c vision de administrateur à sa vicairie pour exercer la juri- « diction espirituel et cured'ames^ » Et, en efi'et, un schisme

1. Bibl. d'Angers, mss. 577 et 633. Voir plus loin, chap. VII, un court historique de l'évêché d'Angers de 1469 à 1491.

2. Bref de Sixte IV à Louis XI (Bibl. Nat., fs. fr. 2907, fol. 27).

3. Lettre de Balue à Du Bouchage (Bibl. Nat., fs. fr. 2907, fol. 28). Pièce justif. XXI.

4. Une copie de cette lettre se trouvait aux Archives Nationales (JJ 224) ; elle est indiquée à la table, mais il y a une lacune dans ce registre.

5. Ehe de Bourdeille, né vers 1423, évêque de Périgueux en 1447, devint archevêque de Tours en 1468 et cardinal prêtre de Sainte-Lucie le 15 nov. 1483. Il mourutà Artannes, le 5 juillet 1484 (A^'i'e Biographie générale Didot). Cf. également Gallia, t. II, col. 1480-1481 ; t. XIV, p. 130-131.

6. Août 1482. Cité par Quicherat, dans son édition de Th. Basin, t. IV, p. 395. Cf. Maan, Sancta et metropolitana ecclesia Turonensis, p. 180.

108 CIIAP.ITRE VI.

existait dans l'évêché d'Angers : quelques ecclésiastiques regardaient comme leur évêque Auger de Brie, nommé sur l'ordre de Louis XI; d'autres reconnaissaient toujours le cardinal. Le roi écrivit à ce sujet à Sixte IV; le Pape répondit qu'il consentait à la nomination d'un coadjuteur et profita de Toccasion pour témoigner encore du dévouement de Balue à la personne du roi \ Mais les dissensions continuèrent entre les chanoines.

On travaillait en même temps à faire rendre à notre cardinal ses bénéfices et ses biens confisqués. Le cardinal de Séville, entre autres, s'employait auprès de Louis pour obtenir cette restitution "^ Au mois de novembre, il n'avait encore rien obtenu ; le Souverain Pontife, en le félicitant de ses efforts, l'engage à ne pas se décourager et à poursuivre avec zèle ses démarches, au profit d'un cardinal très agréable aux yeux du Pape et très cher au Sacré Collège.

Tant de constance ne fut pas vaine. Une fois de plus, Louis XI accorda en partie seulement ce qui lui était demandé ; le 6 décembre 1482, il édictait des lettres patentes, autorisant le cardinal d'Angers à jouir du revenu de ses bénéfices ^ ; quant à ses autres biens, il ne devait les recouvrer que deux ans après, sous le règne de Charles VIII.

Dès lors, Robert Duval, chanoine de Chartres, put adresser à Balue sa lettre de félicitation. Il compare notre évêque à Hécube, à Crésus et à tant d'autres victimes des coups de la fortune; ce sont ses mérites, lui dit-il, qui ont causé sa chute, car ils ont fait naître l'envie et la jalousie ; en cela, il est un nouveau Scipion l'Africain ! « Rares tamen invenies prisées, (( fortes ac praestantesviros quosinvidia, doli non laeserint », et c'est Dieu qui a causé cet abaissement pour en faire sortir Balue « plus brillant que jamais ». « Tu voulais lire et étudier, ajoute-t-il, « et dans cette intention tu m'avais fait « réunir de nombreux livres, mais les affaires politiques ne

1. Bref de Sixte IV du 9 nov. 1482, déjà cité. Nous racontons au chapitre suivant les événements relatifs à l'évêché d'Angers.

2. Le 9 nov. 1382, le Pape l'en remercie (Arch. Secr. Vatic, Sixti IV brevia, arm. XXXIX, tome XV, fol. 192 v"; pièce justif. XXII.)

3. Nous n'avons malheureusement pu retrouver cet acte. Il est indiqué au catalogue sur fiches de la Bibl. Nat., comme se trouvant dans le fs. Harlay, vol. 172 (fs. fr. 15707) ; cette cote est fausse.

t'en laissaient guère le temps. Le grand maître de toutes choses a voulu alors, dans sa Providence, t'éloigner de la cour, te donner de la tranquillité et des loisirs. Sans ta disgrâce, tu n'eusses jamais lu et relu la Bible, jamais le Décret de Gratien ne te fût devenu familier, jamais tu n'eusses pu étudier pendant près de dix ans, et neuf heures par jour. On te croyait abattu et tu te montrais plein de grandeur. Maintenant, sur un signe de Dieu, le jugement du Saint-Siège et le consentement du roi, te voilà rétabli dans ton ancienne dignité ; tu as retrouvé tes bénéfices, tes hôtels, ta fortune ; tu es le vrai Job d'Occident ! Dieu a voulu par là t'élever plus haut, selon la parole de David : ûominus paiiperem facit, ut ditet, humiliât ut sublevet^ ut sedeat cum principihus et solium glorise teneat. Va, on attend tout de toi en France et en Italie ; « respuhlica ecclesiastica languens te vocat, debilitatus per orbem terraruin te clamât christianus populus\ »

Sans doute, c'est là un véritable dithyrambe et l'auteur exagère évidemment beaucoup le crédit dont Balue jouissait alors en France. Celui-ci sut d'ailleurs, une fois de plus, s'attirer la bienveillance de son nouveau maître, Sixte IV ; il fut assez habile pour ne se rétablir qu'avec une sage lenteur dans la position qu'il occupait auparavant. Pendant ces deux années (1482-1483) il joue un rôle assez effacé ; il conquiert les bonnes grâces du Pape, le fait agir à son profit et c'est seulement quand il est sur de la victoire qu'il s'avance lui-même et proteste de son dévouement au roi de France. Aussi avonsnous conservé peu de documents relatifs à cette période de sa vie ; ce sont par exemple une visite du Saint-Père à l'église Sainte-Suzanne ; la mention d'un discours que le cardinal prononça à l'occasion de la fête de l'Ascension ; la célébration du Saint Sacrifice à la Basilique de Saint-Pierre et dans la chapelle du Pape ; en un mot, des détails sans intérêt et qui le montrent agissant simplement comme ecclésiastique '\ Le seul événement important est sa nomination à l'évêché

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