‹ Jean-Baptiste de La SalleChapitre 4 sur 4 · A ROUEN · texte numérisé non relu

A ROUEN

Nous sommes à Rouen. La Seine qui serpente Dans les détours des ponts, des quais et des îlotsr Reflétant vingt clochers dans le pli de ses flots, Au creux de son valloii féerique suit sa pente.

Voici la cathédrale avec sa flèche — un clou Dont la pointe géante accroche les nuées ; Saint-Ouen et ses tours par l’aigle saluées ; Et cet autre poème en pierre, Saint-Maclou !

Passons. Sur ce cheval de bronze qui se cabre,

Quel est cet homme sombre au grand geste d’airain, Qui dresse sur le ciel son torse souverain,

Avec ses cheveux plats et sa figure glabre ?

Cet homme, il est nommé. Caveaux du Panthéon,

— Comme le monde, un jour, ses projets gigantesques, — • Vous fûtes trop étroits pour loger sous vos fresques Le cercueil de celui qui fut Napoléon !

Et cet autre profil dont l’aspect seul réveille,

Calme et majestueux, dans l’esprit du passant,

Des demi-dieux romains le peuple éblouissant,

Quel est-il ? — Chapeaux bas, poètes, c’est Corneille

Le premier, formidable et fatal conquérant,

Des vieux empereurs morts ramassa la couronne ; Et l’Europe, coursier que sa botte éperonne, S’attela d’elle-même à son char fulgurant.

Vingt ans, ce rude athlète a traîné la victoire Comme une esclave au flanc de ses lourds bataillons ; Et la gloire sur lui sema tant de rayons Que leur éclat encor déconcerte l’histoire !

La trace du second suit un autre chemin.

Il fut vainqueur aussi, mais sur une autre arène, Et, dans sa majesté pacifique et sereine,

Passa devant son siècle une palme à la main.

De l’Art, qu’on oubliait, il rouvrit le portique; Il introduit chez nous la langue des Titans ;

Et son puissant génie imprima sur son temps Le cachet mâle et fier de l’épopée antique.

Moderne Ezéchiel, au vice ricaneur Il opposa l’essor de sa pensée austère ;

Et jamais bouche humaine, aux échos de la terre,

N’a fait sonner plus hautjle grand mot de l’honneur!

Saluons le guerrier ! Saluons le poète !...

Mais quel est donc, plus loin, image au galbe pur, Cet autre airain muet qui tranche sur l’azur,

Et dont l’or du soleil nimbe la silhouette ?

Est-ce un caprice d’art ? — Monument gracieux,

Je vois une effigie en soutane vêtue ;

Deux enfants sont groupés autour de la statue :

Un qui feuillette un livre, un qui regarde aux cieux.

Non, là tout est symbole ; aucune fantaisie ! La pensée artistique a vu bien au-delà :

Et l’œuvre de La Salle est tout entière là, Dans sa philosophique et simple poésie.

Colonne du désert faite d’ombre et de feu, Œuvre par qui deux fois le monde s’émancipe, Sachant unir et fondre en un même principe Le droit de la science avec le droit de Dieu.

La Salle y dévoua son âme ; l’humble apôtre Fut de ce double droit l’inflexible soutien ;

Et son esprit civique et son cœur de chrétien, Ont su maintenir l’un et développer l’autre.

Et voilà que, depuis plus de deux siècles, fier De marcher sur tes pas par les monts ou les plaines, L’essaim de ses entants vont jetant à mains pleines Le froment de demain dans la tourbe d’hier.

Ces hommes ont compris, prêtre, ta grande idée ;

Et, semeurs d’avenir trop souvent méconnus,

Dans mainte lande aride et dans maints sillons nus,

Ils ont fait reverdir la glèbe- fécondée.

Leur devise ? dpux mots ; — Dévouement et Devoir! Le prix de leurs efforts c’est d’en haut qu’ils l’attendent. Ils ne demandent rien lorsque leurs mains se tendent, C’est toujours pour donner, jamais pour recevoir !

La Salle, — que les sots ou les ingrats sourient ! — Quel est l’homme de cœur, de progrès et de foi Qui ne te bénirait en voyant, grâce à toi,

Quatre cent mille enfants qui lisent et qui prient ?

Et, cependant, que sont tous ces bienfaits présents ? Dans notre monde en proie aux folles aventures, Ceux qui te béniront sont les races futures,

Ce seront nos neveux, dajis. deux ou trois cents ans !

Car ce sera ta gloire incomparable, ô juste,

De voir grandir sans fin le fruit de tes travaux... Ne vas rien envier à tes deux grands rivaux :

Leurs noms sont éclatants, mais le tien est auguste !

Tu fis l’humanité meilleure ! Et c’est pourquoi, Devant leurs piédestaux dont le faste émerveille, J’ai salué du front Bonaparte et Corneille...

Et plié le genou devant ton bronze, à toi !

Dédicace . .

A Reims..

La Vision

Dix-neuvième siècle

A Rouen

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Fréchette, Louis [Honoré] Jean-Baptiste de la Salle.

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