‹ Jean BaudryChapitre 26 sur 72 · CAGNEUX · texte numérisé non relu

CAGNEUX

Si vous croyez que votre présence me gênera, je vous préviens qu'il n'y a ni fille ni femme qui puisse m'empêclier de dire ce que j'ai sur le cœur.

ANDRÉE

Dites.

GAGNEDX.

D'abord, du calme. Monsieur, je vous ai confié dix mille francs. C'est aujourd'hui notre terme. Je viens les chercher.

BRUEL

Mon cher Gagneux, vous savez sans doute le malheur que j'ai éprouvé; un navire...

GAGNEUX.

Je ne vous demande pas le récit de vos malheurs, je vous demande mes dix mille francs.

BRUEL

Je ne les ai pas.

GAGNEUX.

Ah ! vous ne les avez pas? Eh bien ! il me les faut.

BRUEL

Vous les aurez ; mais donnez-moi un peu de temps. Je comptais sur ce navire ; s'il était arrivé, ou si seulement il avait été assuré à temps, j'étais tranquille. J'expie cruellement la négligence d'un commis.

GAGNEUX.

Il fallait faire vos affaires vous-même. Tout ça ne

me regarde pas. Vous me devez de l'argent. Oui ou non, voulez-vous me payer?

BRUEL

Je ne peux pas.

GAGNEUX.

Eh bien ! moi, je peux vous faire mettre en faillite.

BRUEL

Ah!

ANDRÉE, à part.

Pauvre père !

GAGNEUX.

En faillite ! Oui, vous y serez î Je vous apprendrai si on emprunte pour ne pas rendre, et si on abuse de la confiance d'un honnête homme pour lui prendre dix mille francs dans sa bourse. Je me vengerai ! La perte sera pour moi, mais le déshonneur sera pour vous!

BRUEL

Monsieur, il y a des faillites honnêtes.

GAGNEUX.

Allez dire ça à d'autres! Est-ce que vous vous imaginez que je crois à votre commis? Il y a quelque chose là-dessous; comme c'est naturel qu'un commis oublie de faire assurer un navire ! Vous vous êtes peutêtre entendu avec la compagnie, je ne sais pas, moi.

ANDRÉE

Mon père aura deux répondants.

Page 1