ACTE DKCXÎÈME
querellais tout. Oli! maintenant, je ne suis plus ce furieux-là; je n'ai plus le délire; la médecine est une grande chose, vous avez raison. J'ai envie de guérir tous les malades! D'où vient ce changement, je vais vous le dire. Mais pour cela il faut que vous ne soyez plus riche. Moi, je n'ai que mon travail; je ne suis rien, je suis un enfant qui a sa vie à faire, le commencement d'un médecin. Si votre sort n'a pas changé, comment voulez-vous que je vous parle? Je m'en irai, et vous ne me reverrez plus jamais. Mais non, monsieur Baudry n'a pas pu me tromper. Vous n'êtes plus riche. Je n'ose pas vous demander d'être tout à fait pauvre. Tâchez au moins de n'avoir pas l'aisance. Maintenant, répondez-moi. Ne l'avez-vous plus vraiment, cette richesse terrible?
Pauvre garçon!
OLIVIER
Ah! — Monsieur Baudry m'a donc menti?
ANDRÉE
Il vous a dit vrai.
OLIVIER
Eh bien! alors?
ANDRÉE
Je ne suis plus riche, et je ne suis plus pauvre.
OLIVIER
Gomment?
ANDRÉE
Voici en un mot. Mon père était perdu faute d({ trois cent mille francs, quand un ami les lui a offerts.
OLIVIER
Les riches sont heureux! Excusez-moi de vous avoir importunée; mais je ne recommencerai pas. Je vous promets que vous ne me reverrez jamais.
ANDRÉE
Soyez heureux!
Merci, (u va jusqu'à la porte. Se retournant.) Cc qUC j'ad-
mire, c'est la profondeur de votre dédain pour moi.
ANDRÉE
Mon dédain?
OLIVIER
Vous me voyez accourir bouleversé de joie et de crainte, plein de vous; vous me voyez triomphant tout à rheure et maintenant écrasé : que vous n'en soyez pas émue, je le conçois; que vous n'ayez pas pitié d'une souffrance dont vous sentez bien que vous êtes la cause, je m'y attendais ; mais je n'avais pas prévu que vous me renverriez sans même me demander ce que je venais vous dire et que mon désespoir n'obtiendrait même pas votre curiosité !
ANDRÉE
Je n'ai pas le droit d'en savDir davantage.